Témoignage déposé le 26/03/2024
Je m’appelle Irène, j’ai 34 ans, j’ai 2 enfants (une fille de 4 ans et le dernier bientôt 1 an) et j’ai subi 2 grossesses HG.
1ère grossesse (2019)
Pour ma fille, personne n’a mis de mot sur ce que je vivais, aucun nom de pathologie, j’ai fini par comprendre vers la moitié de ma grossesse que je vivais une HG. J’avais des nausées toute la journée, une envie de vomir constante, de nombreux vomissements quotidiens (essentiellement après le petit déjeuner, avant le déjeuner, et en fin de journée), une hypersalivation constante (obligée de cracher dans un gobelet, même au travail). Contrairement à une gastro ou une intoxication alimentaire, vomir ne soulage pas, les nausées reviennent aussitôt, sans aucun répit. Je sortais des transports en commun en trombe pour vomir, je vomissais régulièrement dans la rue, et les gens changeaient de trottoir, je traversais l’open space en courant pour rejoindre les WC… Quasi aucun médicament ne m’a été prescrit (mis à part les gélules au gingembre), sauf de la Doxylamine ou Métoclopramide, ayant pour résultat de m’endormir en pleine journée sur mon bureau en effet, ou la nuit, mais je me réveillais en titubant pour me rendre aux WC pour vomir… J’ai été arrêtée à presque 2 mois de grossesse, pour 1 semaine, car j’avais une tension très faible et des difficultés à tenir debout. Je venais de démarrer mon nouveau travail depuis 6 mois. J’ai repris le travail quelques jours, puis je suis partie en voyage (organisé depuis plus d’un an) en Egypte, je peinais à sortir de la chambre d’hôtel, ne serait-ce que pour aller à la piscine, ma famille devait me porter. Les odeurs de nourriture me donnaient la nausée, je filais aux WC en entrant dans le restaurant pour aller vomir, avant même d’avoir ingurgité un seul aliment. À mon retour, j’ai de nouveau été arrêtée 1 semaine. De retour au travail, je me suis sentie dans l’obligation d’annoncer ma grossesse à ma hiérarchie, mon état de santé étant difficilement camouflable. Vers le 6ème mois, j’ai visité le marché de Rungis avec ma supérieure. Alors que je n’avais mangé qu’une biscotte (la seule chose que j’envisageais), j’ai vomi dans un sac plastique dans un bus, juste à côté de ma supérieure… Je ris maintenant du fait que j’ai vomi dans tous les modes de transport qui existent : tram,train, bus, voiture, bateau, avion… Cela a duré toute ma grossesse, du 1er à la fin du 7ème mois, ayant accouché prématurément (pré-éclampsie). Aucun lien n’a jamais été fait entre l’HG subie et la pré-éclampsie.
Mon rapport d’accouchement précise les difficultés de grossesse : pré-éclampsie, et d’accouchement, mais jamais l’HG.
J’ai connu l’HG en cherchant sur Internet, j’ai pourtant mis beaucoup de temps à accepter que c’était bien cela, minimisant moi-même ce que je vivais en comparaison des témoignages que je lisais, en écoutant l’entourage « t’es enceinte, pas malade », « c’est psychologique », « repose-toi et ça va passer ». J’ai toujours été persuadée que je serais une femme active pendant la grossesse, qui ferait du sport, des activités… J’en ai voulu à cette ancienne moi, si condescendante…
Mon mari a été un vrai support pendant cette période, et ma hiérarchie (100% féminine) aussi, m’offrant sur la fin de ma grossesse la possibilité de travailler de chez moi. Je mesure cette chance dans ce malheur, d’avoir eu le soutien de mes proches et de mon travail.
2ème grossesse (2022)
Lorsque j’ai appris ma grossesse, elle était surprise, l’enfant était voulu, mais pas sitôt… les émotions ont été multiples, comme pour beaucoup de femmes, mais l’angoisse a je crois, été la plus présente. La peur de revivre la même chose. « Mais non, tu verras, chaque grossesse est unique… ». Dès les premières nausées, j’ai su que je retombais dans l’enfer. Sauf que je ne m’imaginais pas que ce serait pire. Cette fois, les 3 premiers mois, j’ai été incapable de m’alimenter, de boire, de me lever. Les mêmes nausées, les mêmes vomissements, vides, acides, violents. Parfois rien que quelques gorgées d’eau ne passaient pas. On Ingurgite quelques grammes d’aliments solides (féculents la plupart du temps) en les mâchant longuement pour qu’ils soient très fins, « au cas où » il faudrait les ressortir. On évalue chaque aliment selon son potentiel à ressortir sans que cela soit trop douloureux ou trop immonde… Les sons de la vie quotidienne m’étaient insupportables et injustes : comment le monde pouvait-il continuer à tourner normalement, quand moi je ne pouvais même pas prendre une douche ? Les odeurs, même les plus neutres, étaient insupportables : café, pâtes, gel douche de mon entourage, citron… Il est impossible de cuisiner, quand bien même on en aurait l’énergie.
J’ai rencontré un médecin généraliste (nous avons déménagé seulement 1 mois plus tôt), qui ne connaissait pas la pathologie, et ne me proposait ni traitement, ni arrêt de travail.
Mon mari a dû m’accompagner chez un autre médecin, recommandé par une amie. Cette dernière connaissait mal la pathologie, mais grâce au témoignage de mon mari, et à mes larmes, j’ai obtenu un arrêt de travail. J’ai quémandé de la Doxylamine, médicament que j’ai connu via une amie entre mes deux grossesses, mais que le médecin ne connaissait pas, elle a accepté de me le prescrire. Après 1 semaine où je ne faisais que dormir (effets secondaires) – et vomir – j’ai commencé à avoir des moments de « mieux » grâce à ce traitement. (Une boîte de *** comprimés fait 1 semaine, elle coûte en moyenne 40€) où je pouvais passer quelques minutes avec ma fille, sortir à l’extérieur (à proximité de mon domicile). Vu le prix des gélules, je priais intérieurement pour ne pas les vomir.
Mes parents, ma meilleure amie et ma belle-mère nous ont beaucoup aidé, car je peinais déjà à me gérer seule (pour « manger » ou boire un peu, ou même simplement me doucher) mais j’étais dans l’incapacité totale de m’occuper de ma fille qui rentrait en Petite
Section, et mon mari travaillait en journée, avec des déplacements hebdomadaires en région parisienne.
J’ai perdu 6kg, soit10% de mon poids initial. Ma peau, mes lèvres, mes cheveux étaient secs. Mon teint pâle, mes dents jaunies par la bile. Malgré tout l’amour que j’avais pour mon mari, ma fille, et que j’imaginais ce bébé à terme, j’ai pensé tous les jours que je regrettais de l’avoir fait si tôt, de m’être replongée dans cet enfer. J’ai pensé à l’avortement. L’échéance à 9 mois me semblait insurmontable, chaque jour était un jour de passé, mais au ralenti. J’attendais le soir avec impatience, je comptais les jours et célébrais mentalement chaque semaine de passée, me rapprochant de la délivrance.
J’ai commencé à me sentir mieux vers 4 mois, pour ne plus avoir aucun vomissement ni nausée à partir de 5 mois. J’ai donc eu 2 HG complètement différentes : la 1ère, continue sur toute la grossesse, mais « modérée » avec des pics de vomissements et des mieux d’un jour à l’autre, puis de nouveau au plus bas… La 2ème très violente sur 3 mois, puis une lente remontée le 4ème mois.
J’ai décidé d’intégrer l’association de Lutte contre l’HG que je n’ai connue malheureusement qu’à la fin de ma deuxième grossesse. J’apprends encore, 1 an après, à ne plus minimiser mon expérience, bien qu’elle soit moins « impressionnante » que d’autres car je n’ai pas été hospitalisée, mais qui je pense, est finalement et malheureusement assez répandue.
Je veux soutenir les mamans qui se sentent seules, dans leur souffrance, dans la considération de ce qu’elles vivent. Car au-delà d’avoir peu de solutions (et qu’elles soient connues) pour soulager les maux, il y a un réel mépris et une absence de considération.
La plupart des femmes ayant eu des enfants mais n’ayant pas connu l’HG ne comprennent pas, comparent leur expérience à la vôtre, et ne comprennent pas votre « réaction ».
Celles qui n’arrivent pas à en avoir pensent qu’elles préfèreraient subir ce que vous vivez plutôt que de lutter pour être enceinte.
Le corps médical, en manque d’information, au mieux se sent impuissant, au pire vous rabaisse. L’HG exacerbe les problématiques de la gestion de la santé des femmes.
Je souhaite témoigner pour que hommes et femmes puissent un jour se dire « tiens, oui j’en ai déjà entendu parler, et je sais où trouver de l’aide si je connais quelqu’un ou si moi-même j’y suis confronté ».
