Témoignage déposé le 25/07/2021
La dernière fois que j’étais vraiment bien, c’était le 27 juillet 2020, tout a basculé et empiré immédiatement le 28 juillet 2020.
Le 28 juillet c’est l’anniversaire à mon père, tous les ans malheureusement cette date me restera maintenant à travers la gorge.
Je m’appelle Susan et j’ai la maladie de l’hyperemese gravidique.
La date de ma grossesse a débuté le 1er juillet 2020, le terme était prévu le 31 mars 2021. J’ai fait le test le 16 juillet (directement positif), la prise de sang a été faite le 20 juillet (également positif).
La joie de cette grossesse a donc été de très courte durée.
Un début de grossesse avec la canicule, des nausées et vomissements extrêmes jour et nuit et non uniquement le matin, une déshydratation immédiate, une perte de poids instantanée, une vie sociale foutue en l’air, plus de maquillage, plus d’hygiène, toujours les mêmes habits, toujours la même coupe de cheveux, des cheveux sales, un corps affaibli, un personnel soignant à 5mn de chez nous totalement irrespectueux, malpoli, méchant, sans humanité, mauvais par dessus tout, inexpérimenté et sans cœur.
L’hyperemese sur une année, concernant ma grossesse, en chiffre c’est presque 8 mois de calvaire, soit 34 semaines, soit 235 jours, soit 5640 heures, soit 338 400 minutes d’enfer, 3 hospitalisations en août, 2 hospitalisations en septembre, 1 hospitalisation en octobre, 1 hospitalisation en novembre qui a duré 1 mois, je suis rentrée le 15 décembre, et j’ai tenu jusqu’à la césarienne programmée le 19 mars.
Même avec ces chiffres beaucoup auront encore du mal à comprendre ce que vous avez traversé ou s’en fichent aussi.
J’avais une chute importante de potassium, une baisse de fer, plus aucunes vitamines.
On se demande pendant 338 400 minutes ce qu’on a bien pu faire au bon dieu pour mériter tout ça.
Au bout d’un certain temps, votre vie d’avant est tellement loin derrière vous, vous vous rappelez même plus la vie que vous aviez avant.
Une psychiatre d’une méchanceté pure et mauvaise, a osé me demander si ma grossesse était voulue tellement froide et le regard noir, qui me menaçait de m’enlever la tv et mon téléphone tout ça parce que je lui disais que je ne pouvais pas me lever du lit, j’avais envie de l’envoyer contre le mur.
Je peux être presque abattue, mais dans les pires états je ne me suis pas laissée faire.
Et c’est pas tout le bonheur du monde que je lui souhaite encore aujourd’hui c’est bien le contraire.
Le mois d’août a été un véritable enfer, tous les jours jusqu’au mois de novembre, je mets au défi n’importe qui de supporter de vivre avec des nausées et vomissements extrêmes du matin au soir.
Je ne supportais plus aucun bruit, même plus le bruit d’une clé quand ma mère venait chez moi pour remplacer mon compagnon qui travaillait, le bruit des voitures et des motos sur l’autoroute, des enfants qui jouent dehors un chien qui aboie, le bruit d’une tondeuse, une porte qui claque, un volet qui s’ouvre ou se ferme, une sonnette, le volume de la tv, le calme que j’avais besoin personne ne me comprenait. Mais personne ne comprend encore aujourd’hui. Je ne me suis jamais sentie aussi seule.
Ma mère essayait de me faire manger, mon compagnon travaillait, avec la boule au ventre au lieu d’être heureux de devenir bientôt papa.
Personne vous croit, tout le monde croit que vous êtes dépressive, ou bien pire, folle, on est enceinte on est pas malade, moi aussi comme vous toutes je suis passée par toutes ces injustices.
Ce qui fait du bien bizarrement c’est de savoir enfin qu’on est pas toute seule à avoir cette maladie et que vous êtes là.
Chaque seconde passée, même des acteurs à la télé, même un chien qui se promenait dehors, sans arrêt j’enviais tous ceux qui arrivaient à marcher sans se sentir mal, à manger et à boire sans vomir, à parler, à s’asseoir, à se lever, à conduire, se laver, j’enviais les femmes enceintes dans les télés réalitées qui étaient heureuses, bien habillées et maquillées à montrer leur ventre, heureuses avec leurs copains et moi j’avais pas le droit.
J’étais morte de fatigue, si je fermais les yeux, malheur à moi de vouloir fermer les yeux, j’avais envie de vomir, j’avais pas le droit de dormir. J’avais plus le droit de dormir.
Je ne veux pas détailler le 1e et 2e trimestre que j’ai eu car même avec le temps, je ne pourrai plus vous en parler c’est trop douloureux, le traumatisme est là.
Je ne supportais plus aucune odeur nulle part, je faisais peur, je suis passée de celle qui aime être coquette à un zombie.
Ce que j’apprécie beaucoup ces derniers temps c’est croiser des connaissances au super marché, à la pharmacie, dans la rue etc le voisinage qui m’encouragent pour la suite et sont touchés par cette terrible partie de ma vie.
Mais je pense à toutes celles qui lisent mon témoignage en ce moment et démarrent cette horrible maladie au début du 1er trimestre.
L’année dernière j’enviais celles qui avaient fait un témoignage et qui étaient enfin libre, que ça ne sera jamais mon tour, je vous le dis, ça sera aussi votre tour même si vous n’y croyez plus, un jour ça sera enfin derrière vous comme moi aujourd’hui, un jour votre grossesse sera enfin terminée.
La seule chose que je peux vous dire, croyez en vous, n’écoutez que vous, l’instinct maternel commence maintenant, ne vous forcez pas à vous lever, si vous ne pouvez pas le faire ne le faites pas, si votre entourage ne vous comprend pas, parlez leur de l’association, écrivez aux bénévoles de votre région et insistez de vous faire aider par des praticiens sensibilisés par cette maladie qui vous aideront, pas à éliminer vos symptômes mais à vous soulager au maximum pour mieux supporter ces mois difficiles qui vous attendent. Car oui, pour nous ça ira au-delà du 1er trimestre.
Je sais très bien que c’est difficile de prendre son téléphone et d’écrire quand on a tout le temps envie de vomir.
J’étais entrain de dépérir, tout ça pour donner la vie, la plus belle chose du monde, je n’ai jamais détesté ma fille, c’est ma grossesse que je détestais.
Mais il arrivera un moment où vous aurez quelques minutes de répis, n’hésitez plus une seconde vous avez l’hyperemese gravidique et demandez de l’aide, avant que le pire puisse arriver.
Si vous avez quelques minutes de répis seulement c’est malheureux et horrible ce que je vous dis.
Ne perdez pas votre temps avec des hôpitaux de votre ville qui vont vous dire que vous êtes folle, qui veulent vous transférer en psychiatrie, qui veulent vous isoler dans le noir, ou interdiction de visite de téléphone et de télé, je ne me suis pas laissée faire, ne vous laissez pas faire, partez dans les grandes villes, faites vous soigner par des professeurs qui luttent contre cette maladie.
Tous les trajets en voiture où j’ai dû prendre sur moi dans l’état où j’étais, je me demande encore aujourd’hui comment j’ai fait. Est-ce que c’est l’instinct de survie.
Je n’ai pas eu la chance d’être soignée par le professeur Deruelle tout de suite, car j’avais un barrage de médecin à son étage qui me disait que tout allait bien pour le bébé, que niveau médicale il n’y a rien que je devais rentrer, mais nous les mamans on compte aussi on peut plus laisser faire ça notre santé physique et mentale importe aussi.
Insistez que vous devez être hospitalisée le plus longtemps possible ne vous laissez intimider par personne, personne n’a le droit de vous jeter à la maison dans l’état où vous êtes.
Ne faites pas d’acupuncture n’avalez pas de primperan, vogalene, d’homéopathie, de comprimés pour les transports comme cocculine et compagnie ça ne sert STRICTEMENT à rien, demandez le zophren avec une ordonnance d’exception, le donormyl et le seresta, l’angoisse engendre les nausées, n’acceptez pas d’avaler d’antidépresseurs vous n’êtes pas dépressive ce n’est pas votre faute, évitez les odeurs de viandes crus et l’odeur des cuissons à l’eau, le café, la lessive et éliminez tout ce vous avez en cuir chez vous, vous avez besoin de repos, de calme, votre grossesse ne se passera pas comme les autres si vous devez rester seule et au repos et ne recevoir personne ne culpabilisez pas faites le.
Si une personne vous énerve ça engendre aussi des nausées.
Ne faites pas d’automédication vous portez votre bébé qui a déjà besoin de vous mais n’écoutez pas n’importe quel médecin non plus.
N’écoutez pas la vie des autres qui a avalé quoi qui a eu quoi après son accouchement le plus important à ce moment là c’est vous.
Si vous allez être en manque de calcium toute votre grossesse car vous ne supportez plus le lait, ne vous forcez pas à en boire ne culpabilisez pas votre bébé tiendra le coup, vous êtes une battante et il ou elle aura toujours des réserves.
Je ne peux témoigner sans vous donner des conseils, et tout ceci vient de mon propre vécu.
Le dernier trimestre, ma dernière hospitalisation était du 19 novembre au 15 décembre 2020. Même si on me donnait 1 millions d’euros pour rien au monde je ne retournerai à cette date.
Je me sentais rassurée de voir le professeur Deruelle, qui avait donné l’ordre de ne pas me faire sortir au bout de 4 jours, j’étais tellement traumatisée de rentrer chez moi, personne ne comprenait ce que je vivais, tous les réveils que j’ai eu pendant 8 mois, à me demander tous les soirs à l’heure de dormir, si à 8h du matin j’allais pouvoir manger ma misérable biscotte, boire ma tisane à la verveine, supporter la compote ou avoir de nouveau des nausées entre 10h et midi. Est-ce que je vais me sentir mal à 9h ou déjà à 8h comme hier ou est-ce que je ne vais rien avoir.
À la maison ou à l’hôpital, je me réveillais souvent la nuit, pour apprécier que je me sentais bien et pas mal.
Je regardais l’heure il était que 2h, que 3h ou que 4h, il était presque 5h, presque 6h, une fois 7h une boule au ventre et l’angoisse s’installe d’affronter une nouvelle journée. Et qui dit angoisses dit nausées.
Je devais respecter d’avaler mes médicaments pas plus de 8h30 donc manger avant et ça c’était toujours un enfer pour moi. Une fois que j’avais passé le cap de manger j’attendais mon mal en patience quand j’allais avoir envie de vomir et pour combien de temps.
Quand on était le soir et que c’était le moment de fermer les volets ça allait mieux.
Quand le lendemain il faisait jour à travers les volets, j’étais dégoutée, je voulais déjà qu’on soit de nouveau le soir, je mettais longtemps à essayer de me lever parce que j’avais peur de vomir et c’était souvent le cas.
J’étais traumatisée ne serait-ce qu’un pas hors du lit les nausées arrivaient déjà je ne voulais plus me lever.
Je pleurais à chaudes larmes j’étais dévastée et traumatisée d’aller vomir je ne voulais pas me lever.
Je ne voulais plus me lever.
Je n’avais plus le goût à rien, mon téléphone était vide j’avais tout effacé, plus de fond d’écran, plus de messages, plus d’applications, un écran noir, plus de sonnerie plus de contacts avec personne, pourquoi donner des nouvelles si j’avais tout le temps envie de vomir.
Quel plat vais-je avoir, si je vais vomir ou supporter de le manger, mais supporter de le manger avec des nausées par la suite ou sans nausées, à quelle heure ?
Est-ce que je vais me sentir mal aujourd’hui à 16h car hier je me sentais mal à la même heure.
De 14h jusqu’au lendemain je me sentais bien est-ce que ça va être la même chose aujourd’hui ?
Pendant ce long séjour en décembre sur 1 mois j’ai eu 2 fois 2 jours où j’avais pas de nausées, je ne savais même pu ce que c’était une vie sans, quand les nausées sont revenues c’était un échec à chaque fois, elles n’étaient plus aussi violentes grâce au zophren mais on en a marre d’en avoir.
Je connaissais le programme tv par cœur, je ne supportais plus les films de Noël, qui se finissaient toujours bien et moi dans mon calvaire à l’hôpital toute seule.
J’enviais n’importe qui toute la journée qui avait la chance de boire, manger, marcher, se laver, se maquiller, se laver les dents, sans avoir peur de vomir.
On ose plus bouger, je ne me lavais pas correctement, j’avais peur de me laver les dents, sur 7 jours je les lavais 4 ou 5 fois par semaine, sur 8 mois je me suis lavée 6 fois les cheveux, le 1er et 2e trimestre j’ai pris quelques douches, le dernier trimestre je voulais une douche par semaine tous les samedis à la même heure, et le reste de la semaine lavabo et gant de toilette, et une boule au ventre en prime, quand j’avais réussi sans vomir c’est comme si j’avais gagné au loto, j’étais la plus heureuse du monde.
Je savais que le soir après 18h j’allais bien jusqu’au lendemain, tous les soirs je priais seigneur je me sens bien le soir pourquoi j’ai pas le droit d’être comme ça une journée complète comme avant.
Je ne supportais plus la lessive de mes parents, je devais dire à mon père de s’éloigner quand il venait me voir avec mon copain, j’ai jamais autant pleuré de ma vie que d’être derrière la fenêtre de ma chambre d’hôpital, faire un signe à mon père et mon compagnon avec le flash du téléphone quand les visites étaient fini, jusqu’à ce que je les vois plus, j’étais effondrée, mon copain et mon père aussi, les visites passaient trop vite, un déchirement que personne ne peut comprendre. Mon compagnon qui devait laisser sa femme et sa fille à 1h30 de la maison, combien de jour c’est arrivé pendant 8 mois. Qui peut s’en remettre aussi vite de ça. Personne.
J’enviais tous les passants qui marchaient sur le parking de l’hôpital, sans se sentir mal, libre de tout mouvement, libre de parler, libre de marcher, libre de rire, et moi plus haut qui avait peur d’avoir marché déjà jusqu’à la fenêtre.
Un jour j’ai éclaté en sanglot ça a duré une demi heure je ne pouvais plus m’arrêter un sage femme est venu me calmer tellement on m’entendait dans le couloir, et tout cet état enceinte de ma fille, car ma sœur m’a envoyé une photo de ma nièce entrain de faire des biscuits de Noël, pourquoi j’étais pas avec elle entrain d’en faire.
J’étais malade et je devais rester hospitalisée à 1h30 de chez moi, c’était le 2 décembre, un jour important pour contrôler si tout allait bien pour Lina pendant le 2e trimestre.
Et heureusement tout allait toujours bien, je savais déjà que c’était ma wonder woman qui n’allait pas se laisser faire aussi facilement. Je ressens souvent que c’est grâce à elle que j’ai passé tout ça, elle m’a aidé d’une façon qu’on ne peut pas expliquer.
Je voulais tout simplement rentrer chez moi, supporter toutes les odeurs vivre comme avant, me laver correctement, me maquiller et m’habiller comme je veux, être fière d’être enceinte faire des photos avec mes proches ne jamais être séparée de mon fiancé.
Je rêvais sans cesse de l’après, et soudain le réveil dans le noir dans ma chambre d’hôpital.
Ce n’est même plus de la frustration, c’est une douleur invivable qui vous brise le cœur et vous le transperce sans arrêt, on est dans l’inconnu tous les jours, on ne sait même pas ce qui nous arrive.
J’aurais pu perdre Lina n’importe quand, j’aurais pu y passer aussi, je voulais avorter le 2e mois, je ne l’ai pas fait.
Je pouvais prier comme je voulais, la maladie m’empêchait de vivre comme je le voulais, je trouvais des positions dans le lit toujours les mêmes pour ne pas avoir envie de vomir, prendre sur moi si une odeur me gênait, je respirais par la bouche pour que les nausées ne viennent pas.
Tous les jours mon copain voulait que je rentre, il ne comprenait pas pourquoi j’avais peur de rentrer.
J’avais peur de ne pas supporter l’odeur de chez moi, l’odeur de la lessive qui n’a pas arrêté de changer pendant 8 mois, qu’on me force à me lever, à marcher, à conduire ou aller je ne sais où, à recevoir de la visite car si j’étais entourée de personnes qui parlent fort j’avais subitement des nausées.
Personne ne comprend le silence que vous avez besoin.
Quand j’acceptais des visites et la venue des sages femmes à domicile c’était impérativement sans parfum.
Aller du canapé au frigo à 1m c’était une boule au ventre immédiatement alors que dans la vie de tous les jours ce n’est absolument rien.
Ranger 2-3 paires de chaussettes accrochées c’était plus que difficile puisque j’étais tout le temps allongée et j’avais peur de vomir.
Même pour aller chercher une cuillère dans le tiroir j’avais peur de me lever.
Jusqu’où cette maladie nous a réduit.
Je voulais exactement manger tous les matins ce que je supportais à l’hôpital.
Prendre sur moi si les nausées reviennent, respirer un bon coup sans angoisse ça pouvait partir dans les 10 minutes, ou dans l’heure, ou ça durait pendant 2h, tout ça c’était seulement le dernier trimestre, et c’était aléatoire, alors imaginez l’enfer des deux premiers quand je me sentais mal à mourir.
Je pleurais tous les soirs dans mon plateau seule dans ma chambre d’hôpital devant la tv, encore et toujours à me demander ce que j’ai fait au bon dieu pour mériter ce ciel qui s’effondre sur moi. Sur nous.
C’est ce qu’on ressent à chaque réveil le matin.
Encore et toujours avec peu de lumière car toute ma grossesse je voulais les volets fermés, j’étais devenue un vrai vampire.
Les infirmières tous les matins voulaient ouvrir le volet je leur disais de baisser.
Le professeur venait me voir il m’acceptait comme j’étais il comprenait et même pendant ses heures de travail il était toujours présent par mail si moralement ça n’allait pas.
J’avais peur de rentrer mais j’en avais marre d’être là-bas aussi.
Qui avait une solution à ça, le professeur voulait m’aider jusqu’au bout.
Moralement qui peut vivre et supporter d’avoir une vie comme ca.
Je suis rentrée le 16 décembre avec les encouragements de mon médecin, des sages femmes, de ma psychologue et du professeur du CHU Haute Pierre.
Des ordonnances avec un traitement zophren dornomyl jusqu’à la fin de ma grossesse et un soutien de leur part même à distance si j’avais encore besoin d’eux.
J’ai pris la route avec mon compagnon et ma sœur et j’avais envie de vomir, je priais que le trajet soit bientôt fini j’ai pris sur moi pendant 1h30 et j’avais peur de mon chez-moi que je ne voyais plus du tout de la même façon depuis des mois.
Mais je ne voulais plus être hospitalisée je voulais rester chez moi à attendre la fin de ma grossesse.
Du calme en rentrant chez moi, c’est tout ce que je demandais et aucune visite si je me sentais mal.
Je n’ai pas pu faire un seul magasin avec ma mère même si on était en plein confinement.
J’en ai fait un seul avec ma sœur et je supportais pas l’odeur du neuf dans tout le magasin c’était un enfer.
Chaque rdv médical était difficile.
Ma mère pleurait tout le temps dès qu’elle mangait parce qu’elle se sentait coupable de réussir à manger en pensant que moi je n’arrivais pas.
Je ne touchais pas tout le monde de la même facon, c’est là qu’on voit beaucoup quand les gens ne sont pas à votre place.
On rend malheureux sa famille tout en sachant qu’on y peut rien.
Mon compagnon et moi on se prenait dans les bras tous les soirs en pleurant devant la télé parce qu’on savait la journée que j’allais avoir à mon réveil et qu’on était impuissant face à ça.
Plus les jours passaient plus c’était la fin de ma grossesse, de cet enfer.
J’ai mangé tous les midis des croq monsieur pendant 3 mois, et plats variés le soir, mais des plats que je ne veux plus entendre parler pendant des années et vous vous en doutez bien, c’est la même pour les croq monsieur.
J’étais effondrée quand mon copain a dû reprendre le travail début janvier, parce que j’avais peur que les symptômes reviennent comme au début, et d’être seule sans lui jusqu’à 14h30, pour moi c’était la pire chose de ma vie à ce moment là, aller chez personne mais comment réussir à me faire à manger, j’avais peur de retourner vomir au wc je ne voulais plus vomir j’avais peur j’étais devenue émétophobique je ne pouvais plus supporter ce calvaire.
Pour moi tenir 2 minutes debout en face de la cuisinière c’était un exploit j’avais peur de me sentir mal.
Pendant 8 mois j’ai marché doucement, j’étais tout le temps au lit, je n’avais pas le choix, j’avais perdu du poids, j’étais maigre.
J’ai commencé fin octobre jusqu’au 18 mars à faire écouter à ma fille la même berceuse tous les soirs aux alentours de 21h même avec le moral que j’avais et en tous lieux.
Aujourd’hui elle s’endort avec la même berceuse mais c’est moi qui lui chante, l’application je l’ai effacé immédiatement après sa naissance.
Officiellement je n’ai plus vomis depuis le 19 novembre jusqu’à la fin, y compris le jour de l’accouchement.
Mais ça n’a jamais stoppé les nausées.
Audrey de l’association m’a certifié que ça ne serait plus comme au début si ça doit se reproduire, mon copain a fait son maximum pour être avec moi le plus possible pendant 8 mois même avec toutes les séparations qu’on a subi.
C’est le père de notre future petite fille, une maladie que je ne devais certainement pas affronter seule.
Et ça encore aujourd’hui beaucoup ont du mal à le comprendre.
Mais comme vous je sais que vous aussi on ne vous comprend pas et on ne vous comprendra jamais.
Du 4 janvier jusqu’à fin février je n’avais plus de nausée, mais je faisais toujours attention comment je me levais comment je me couchais, ce que je mange comment je bois, j’étais assoiffée j’avais pas le droit de boire vite, je voulais boire des gorgés de jus d’orange manger des fruits me gaver de gâteaux, de bonnes viandes et de sauce, j’avais pas le droit sinon je courais directe aux toilettes, comment je me tiens au lit devant la tv toute la journée, la position exacte à avoir tout était calculé.
Merci mes séries sur disque dur et Netflix.
Les nausées sont revenues fin février, car depuis le 22 avec mon médecin traitant, j’avais mis en place un sevrage pour dégager déjà 2 médicaments sur 4 avant la naissance de Lina.
C’est à cause de ça que les nausées sont revenues, mais cette fois-ci j’étais une warrior car je savais que c’était la fin, c’était pour notre fille qu’à la naissance elle ne devienne pas dépendante de ces saletés. Car même si ça m’a aidé, oui c’est des saletés.
Les 20 derniers jours paraissaient les plus longues de ma vie.
J’ai décidé d’accoucher à la clinique Saint Nabor de Saint Avold.
Il en était hors de question que j’aille accoucher à la boucherie Marie Madelaine à Forbach.
Le 18 mars, une fois installée en chambre, c’est là qu’on avait du mal à réaliser que d’ici quelques heures le cauchemar allait enfin se terminer, pour moi c’était une hospitalisation comme une autre, à s’installer pour la énième fois, à voir les hôpitaux et des blouses blanches pour la énième fois, à payer pour la télé une énième fois, à se balader avec une perfusion pour la énième fois, à être piquée 15 fois avant de trouver une veine, mais le personnel de Saint Nabor a bien fait son travail.
Le lendemain j’ai eu une équipe formidable, j’ai fait une demande de convenance mi-février accepté par le Dr Porté de la clinique, d’avoir une césarienne programmée pour le 19 mars.
Je ne vous cache pas que la semaine qui a suivi la césarienne était aussi horrible et c’était la première fois de ma vie que j’étais opérée, je n’étais pas sur pied au bout de 2 jours, je suis rentrée au bout d’une semaine.
Tous les matins en mangeant les mêmes biscottes avec la même tisane et les mêmes compotes, j’avais 2 boîtes de rangement pleines de médicaments, je me sentais coupable tous les jours que ma fille les avale avec moi et je regardais en larme toutes ses affaires en carton ou emballé, à me demander si on allait s’en servir, si on allait vraiment avoir notre fille en bonne santé, je regardais tous les matins en larme le transat si un jour on aura la joie de voir notre fille dedans à quoi elle va ressembler ou si c’était trop beau pour être vrai, j’avais peur de ne pas avoir l’instinct maternel, il en était hors de question qu’on attende le terme le 31 mars.
Sa chambre a été terminée fin février, par mon compagnon et mon beau-père avec tout ce qu’on a traversé, et après des mois de travaux et de pause entre à cause de mon état, ma sœur mes deux neveux et ma nièce ont aidé mon compagnon à préparer enfin la chambre, quand je savais que j’allais mieux en fin d’après midi j’ai réussi à peaufiner et décorer comme je l’avais prévu avant d’être enceinte.
J’étais pressée que les fêtes passent car j’étais pas en état, j’étais tellement fatiguée le soir que le 31 décembre à minuit je me suis réveillée une fois à cause des pétards et je me suis rendormie aussitôt, j’en avais rien à cirer, je voulais que l’année 2020 se finisse.
J’étais malheureuse de ne pas fêter Noël, j’ai quand-même deux photos souvenirs avec mon fiancé.
La césarienne s’est passée tellement vite, malheureusement mon compagnon et moi étions séparés, merci le covid, quand je savais que ma fille était bientôt née, j’ai pleuré tout ce que j’avais besoin de pleurer de ces 8 mois au bloc opératoire, l’équipe l’a compris et m’a plus que soutenu, je les ai suppliée que je veux vivre et que ma fille soit vivante aussi, et soudain j’ai arrêté de pleurer, et 10 secondes après j’ai entendu le cri de ma fille à 9h28, un petit paquet d’amour de 2kg730 et 46cm.
Quand le brancardier était venu me chercher à 8h30 tapante, le compte à rebours avait commencé.
Un soulagement, une paix et une sérénité revenaient petit à petit, je respirais de nouveau comme avant, une respiration que je n’avais plus depuis 8 mois, on allait rencontrer notre fille.
A vous toutes, je vous décris ce moment, on m’a livré cette bataille et j’ai gagné, ma fille et moi avons gagné, j’ai mis au monde notre bébé, notre fille va bien, elle est en bonne santé, elle vit et je vis aussi, on est enfin de l’autre côté du tunnel, on est des battantes et vous l’êtes aussi.
Beaucoup qui apprennent cette maladie me demande si tout s’arrête après l’accouchement, heureusement oui mais jusque là on a du mal à le croire.
Je peux de nouveau marcher sans nausée, me laver et me maquiller, manger et boire ce que je veux, respirer ce que je veux et vivre comme je veux, faire le ménage, m’habiller comme je veux non car tous les kilos perdus en 8 mois je les ai vite récupéré en 1 mois qui sont maintenant difficile à perdre.
On dirait que j’avais pas mangé pendant des années.
Mon 1er plat autorisé c’était un bœuf bourguignon, j’ai envoyé une photo à mes parents, je leur ai envoyé une 2e du plateau vide, ils étaient en larme et heureux.
La 1e fois que j’ai ouvert mon frigo sans cette maladie, le cerveau a dû mal, c’est comme si j’avais fait un bon de juillet 2020 à mars 2021, une véritable amnésie comme si tout ça n’était juste qu’un cauchemar.
L’après accouchement, peu en parle, vous allez mettre des mois avant de vous en remettre voir des années, je pleure encore beaucoup aujourd’hui, car après l’euphorie des visites, quand tout se calme, la réalité revient et des flash viennent n’importe quand dans la journée, je m’effondre donc instantanément et j’ai aucun contrôle la dessus, sans parler des hormones, mais soyez entourée de personne bien veillante qui vous aide à le faire, vous épaule, vous soutienne et vous ménage l’esprit, 9 mois c’est presque 1an et ça ne s’oublie pas en un claquement de doigt, laissez les piques de côté, vous avez créé la plus belle chose au monde qu’est-ce qui est au dessus de ça.
Beaucoup pense qu’une fois qu’on a accouché c’est derrière nous, et ils n’ont pas du mal mais plutôt ne veulent pas comprendre le traumatisme à vie que c’est devenu.
Beaucoup ne comprendront pas le lien que vous aurez désormais toute votre vie avec votre enfant, peut être trop protectrice, mais c’est votre enfant, n’oubliez pas la grossesse que vous avez eu, ça encore une fois si ce n’est pas vécu personne ne peut le comprendre.
Pourtant votre parole et votre cri à l’aide devaient suffir à vous croire, ça n’a pas été le cas de tout le monde et c’est ça dans un sens qui nous fait le plus de mal.
Oui c’est une maladie mal connue, personne ne savait tout de suite ce que j’avais, mais je le disais pourtant depuis le mois d’août, je demandais déjà du calme et de l’aide, j’ai répété 1 millions de fois que je me sentais mal et que je ne pouvais pas me lever ni marcher et il serait temps qu’on soit plus écoutée soutenue et comprise, et c’est important de le dire.
Ma fille a déjà 4 mois depuis le 19 juillet, elle est en parfaite santé et que dieu soit toujours avec nous, elle donne tous les jours un sens à notre vie, elle est souriante, elle est très éveillée, elle nous reconnaît elle nous aime, on l’aime tellement comment exprimer ce sentiment, elle comprend déjà plein de chose, elle ne se plaint jamais pour rien, elle a commencé les petits pots, elle est magnifique, on a un regard complice elle aime rire avec nous, elle aura et a déjà une belle éducation, elle chantera et dansera comme moi, elle aimera plein de chose comme papa, quel bonheur de l’avoir rencontrée pour la 1e fois, elle avait la même tête de boudeuse qu’on voyait toujours sur les échos.
On n’arrive plus à s’imaginer notre vie d’avant sans elle.
Après un bilan général et des contrôles supplémentaires par la Cpam, un médecin du CHU de Nancy m’a confirmé la fibromyalgie, c’était sans surprise pour moi.
Je souffre encore aujourd’hui du dos, jusqu’aux cervicales, sans parler de mes genoux, mais je tiens pour ma fille et rien ne m’empêche de bien m’occuper de notre petite fée.
Et plus aucun obstacle de la vie nous séparera comme cette affreuse maladie.
À partir de 33ans que j’aurai en septembre, je serai autorisée médicalement à être opérée pour la ligature des trompes.
Cette décision mûrement réfléchie et non prise à la légère avec mon compagnon n’est pas comprise par tous, qu’on comprenne bien que si j’ai une prochaine grossesse je vais revivre à 80% de chance exactement la même chose, c’est mon corps et ce que j’ai vécu c’est GRAVE.
Je salue encore Anna pour son passage à l’émission la maison des maternelles.
Je suis aujourd’hui fière d’avoir écrit tous ces mots pour vous, beaucoup de larmes ont coulés, je n’étais pas prête à 100% et je ne le suis pas encore aujourd’hui mais je me devais de le faire pour vous toutes le plus rapidement possible.
Mais aussi me libérer moi-même.
Ne gardez absolument rien pour vous pour vous éviter un burnout.
J’étais heureuse avant cette maladie car je ne la connaissais pas, ça nous change à vie je ne redeviendrai plus jamais la personne que j’étais le 27 juillet 2020.
Quand on prend conscience de ça, ça nous fait mal, mais à cette date je n’étais pas encore maman, et aujourd’hui je vis enfin la plus belle chose de ma vie que je croyais impossible quand je voulais avorter. Je ne l’ai pas fait car je savais déjà que ça allait être ma seule grossesse et ma seule et unique chance d’être maman.
Alors cette fin de grossesse m’a rappelé simplement que je suis une personne bien et une battante, fidèle et entière, je connais mes valeurs, j’ai le cœur sur la main, et qui veut m’en faire douter n’a jamais réussi jusqu’à aujourd’hui.
Je soutiens et j’encourage toutes celles qui ont cette maladie en ce moment, on est en 2021, cette maladie doit être reconnue ne vous laissez plus faire.
Merci à l’association de lutte contre l’hyperémèse gravidique d’exister car sans vous je ne serai jamais allée au CHU Haute Pierre de Strasbourg et connaître le professeur Philippe Deruelle.
