Témoignage déposé le 29/05/2026
En 2021, je tombe enceinte pour la première fois. Très rapidement, je commence à vomir. Puis je ne parviens même plus à garder l’eau. On me prescrit des médicaments qui améliorent un peu les choses : je ne vomis plus « que » une fois par jour. Cela peut sembler peu, mais je vomirai jusqu’à la fin de ma grossesse. Le jour de mon accouchement, après avoir perdu les eaux, je me suis même retournée une dernière fois vers les toilettes pour vomir.
Avec le temps, j’ai un peu oublié cette partie de ma grossesse. Comme beaucoup de femmes, j’ai retenu l’essentiel : mon enfant était là.
En 2025, je tombe enceinte une seconde fois. La joie est immense. Mais elle s’efface très vite. Les vomissements reviennent, accompagnés de nausées extrêmement intenses. On me prescrit les mêmes médicaments que lors de ma première grossesse, mais cette fois-ci je les vomis systématiquement. Mon état se dégrade rapidement. Je vomis plus de dix fois par jour, y compris la nuit. J’ai une hypersalivation importante, je suis épuisée, faible, incapable de fonctionner normalement.
Je suis hospitalisée une première fois. Les perfusions me permettent de reprendre quelques forces. C’est à ce moment-là qu’on me parle pour la première fois d’hyperémèse gravidique. Enfin, un mot est posé sur ce que je vis.
On me prescrit un autre traitement, mais je le vomis lui aussi à chaque tentative.
À la maison, je ne peux plus rien faire. Je culpabilise énormément. J’ai une fille qui a besoin de sa maman et je ne suis plus capable de m’occuper d’elle comme je le voudrais. Mon conjoint prend tout en charge : la maison, les repas, notre fille, le quotidien. Sans lui, je ne sais pas comment nous aurions traversé cette période.
À mesure que les semaines passent, je sombre. J’ai des idées très noires. J’ai peur de ne pas aimer ce bébé. J’ai envie que tout s’arrête. Je n’arrive plus à boire correctement. Je suis hospitalisée une deuxième fois.
Je dois arrêter de travailler. Là encore, la culpabilité est immense. Je culpabilise vis-à-vis de mes collègues, de mes élèves, de ma famille. Je ne supporte toujours aucun traitement par voie orale. Finalement, des infirmières viennent à domicile pour me faire, trois fois par jour, des injections intramusculaires du même médicament que celui administré à l’hôpital. Petit à petit, je reprends quelques forces. Mais je reste enfermée chez moi, loin de la vie que je menais avant.
Durant cette période, lire les témoignages d’autres femmes m’a fait énormément de bien. Pour la première fois, je me suis sentie comprise. Je me suis sentie moins seule.
J’ai eu des nausées pendant toute ma grossesse. J’ai vomi tous les jours durant les deux premiers trimestres. Au troisième trimestre, les vomissements se sont espacés, mais ils étaient encore présents.
Ce qui m’a le plus blessée, ce sont certaines remarques. J’ai détesté entendre, semaine après semaine, « ça va finir par passer », alors que rien ne passait. J’ai également détesté que certains professionnels de santé se réjouissent presque de ma perte de poids parce que j’étais en surpoids. Peu importe le chiffre sur la balance : perdre du poids parce qu’on est incapable de manger et de boire n’est jamais une bonne nouvelle.
Puis mon fils est né. Et mon cœur a explosé d’amour.
Comme après ma première grossesse, une partie de la souffrance s’est doucement estompée. Mais pas complètement. Aujourd’hui encore, certaines traces sont toujours là. J’ai parfois un instant de panique lorsque je tousse, lorsque je pleure ou lorsque je mange certains aliments. Pendant une fraction de seconde, j’ai peur de vomir. Je subis également encore les conséquences financières des arrêts de travail à répétition.
Si je partage mon histoire aujourd’hui, c’est pour que les femmes qui traversent l’hyperémèse gravidique sachent qu’elles ne sont pas seules. Cette maladie est réelle. Elle est dévastatrice. Elle touche le corps, mais aussi le moral, la vie familiale, professionnelle et sociale. Merci pour votre page Instagram…
