Témoignage déposé le 31/03/2026
Je suis tombée enceinte de mon premier enfant dans un contexte compliqué. Le début de grossesse a été catastrophique : je suis tombée enceinte le 6 janvier. Le 26 décembre j’étais aux urgences pour un ulcère, qui était surtout le signe d’un burn out installé depuis plus d’un an (je suis psychologue, le comble !). Le 31 décembre, mon compagnon depuis 6 ans et moi décidons que pour cette nouvelle année on essaiera d’avoir un enfant. Le 6 janvier notre chat décède d’une crise cardiaque devant moi (j’étais à la maison seule car en arrêt pour l’ulcère). Le 19 janvier j’apprends ma grossesse.
J’étais au fond du trou. Très vite je commence à avoir un odorat hyper développé, et des hauts le cœur avec remontées acides dans la gorge. À la fin du premier mois, je commence à vomir tous les jours, plus de 10 fois par jour. Je perds 7 kg très vite. Je ne supporte plus l’odeur de notre appartement, je ne supporte plus l’odeur de mon compagnon, je ne supporte plus certains mots comme le mot chat. Tout me fait vomir.
Tout le monde me dit que c’est psy, le deuil, le burn out, l’ulcère. Que ça passera.
Mais je m’enfonce, je ne peux pas faire deux pas sans vomir. Je rencontre une première sage-femme (je n’avais pas de suivi gynéco), qui me propose de faire de l’acupuncture. Aucun effet. Ma médecin généraliste me dit » la grossesse ce n’est pas une maladie ». Elle ne veut pas prolonger mon arrêt de travail. Je dois insister pour gratter 2 semaines. J’ai des idées noires qui s’installent.
Je prends rdv en visio avec un psychiatre spécialisé dans le burn out qui me met en arrêt pour 3 mois mais qui ne peut pas me suivre. Ça me laisse le temps d’en trouver un autre »en vrai » pour entamer un suivi.
Je déménage chez mes parents car les odeurs de mon domicile me donnent envie de sauter par la fenêtre. Littéralement. J’ai eu peur de le faire. J’ai détesté tant de fois ce bébé qui me faisait vivre un enfer. Je ne voulais plus être enceinte mais je n’aurais jamais eu la force de me déplacer pour aller avorter. Je me détestais d’avoir ces pensées. J’étais terrifiée que mon enfant ressente cette haine. Je préférais que tout s’arrête plutôt que de lui imposer ça et de continuer à vivre ça.
Je suis restée chez mes parents jusqu’au 5ème mois. Alitée totalement jusqu’au 4ème mois, car me lever me faisait vomir. Dans le noir car la lumière me faisait vomir. Impossible de regarder mon téléphone sans vomir. Quasiment impossible de parler sans vomir. Besoin d’aide pour aller aux toilettes car je vomissais sur le chemin. J’ai appelé SOS médecin 2 fois car j’avais peur, ils m’ont dit de prendre de la Métopimazine. Ça n’a servi à rien.
Ma mère qui est infirmière puéricultrice en retraite faisait tout pour que je m’alimente, toutes les recettes possibles, elle m’hydratait jour et nuit, me lavait à même le lit. Même si je ne voulais pas me laver car j’étais terrifiée à l’idée de changer d’odeur. C’est horrible, mais je supportais mon odeur et je préférais puer moi plutôt que de sentir une autre odeur que la mienne…
J’ai rencontré 5 gynécos différents pendant ma grossesse, toujours des remplaçants, aucun ne m’a parlé d’HG. Au 3ème mois on m’a quand même prescrit Doxylamine + Pyridoxine. J’en prenais 8 par jour je crois.
J’étais somnolente mais je vomissais moins.
Au 4ème mois j’ai rencontré une psychiatre et j’ai commencé les antidépresseurs. Je suis rentrée chez moi vers le 5ème mois parce que j’étais moins sensible aux odeurs. Au 6ème mois j’ai pu voyager, tant que je restais la plus statique possible. Au 7ème mois je ne vomissais plus si je faisais attention (ne pas marcher longtemps, ne pas boire de boisson gazeuse, ne pas me coucher sur le côté gauche, ne pas m’énerver etc etc…)
Les antidépresseurs ont bien aidé. Les idées suicidaires sont parties. J’ai pu »profiter » un peu à partir du 6ème mois (déménagement, vacances, restaurant).
Notre petit Roméo est né le 6 octobre 2023, quel soulagement le lendemain de l’accouchement de pouvoir boire de l’eau gazeuse sans vomir ! De pouvoir rire sans vomir !
J’avais décidé d’allaiter, mais le premier moment d’allaitement m’a fait tellement mal que j’ai abandonné tout de suite. Il m’était totalement impossible de rencontrer mon fils dans la douleur, là où la grossesse avait déjà été un enfer. Je voulais que l’on parte sur de meilleures bases.
Je me souviendrai toujours de la remarque de ma sœur à la maternité, surprise de me voir très en forme quelques heures après avoir donné la vie. Sous entendant que l’accouchement avait été sûrement très facile. Il ne l’a pas été, j’ai souffert le martyr, mais la libération de ne plus avoir de nausées le lendemain de l’accouchement était une renaissance pour moi, j’étais presque euphorique.
J’ai eu tellement peur de faire une dépression du post partum après une grossesse pareille. J’ai continué les antidépresseurs pendant 1 an et demi après l’accouchement, et tout s’est bien passé.
J’ai entendu parler d’HG vers le 6ème mois en faisant des recherches moi-même sur internet. Mais jamais aucun professionnel ne m’a confirmé ce diagnostic. J’aurais peut-être dû vomir sur le bureau.
Ils ont absolument sous-estimé le problème psychique qui y était lié. Heureusement que je suis du métier et que je n’ai pas eu de difficulté à trouver un psychiatre, que j’avais mon suivi psychothérapique avec ma psychologue.
Si j’avais été seule psychiquement avec cette souffrance, si je n’avais pas eu d’antidépresseurs, je ne sais pas si j’aurais tenu.
Même si au 6ème mois les vomissements ont progressivement laissé place à des hauts le cœur et des rots gérables si je ne bougeais pas trop, je garde de cette grossesse un souvenir extrêmement douloureux. Mes proches ont fait ce qu’ils ont pu, mais les professionnels de la grossesse n’ont pas été à la hauteur de ma détresse. En particulier les gynécos et ma médecin traitant (j’ai rencontré les sages-femmes sur la fin de la grossesse à part celle de l’acupuncture.)
J’aurais eu besoin que l’on me dise » non ce n’est pas dans votre tête, non ce n’est pas vous qui »gérez » mal des symptômes de grossesse classiques ». J’aurais aimé que la Doxylamine + Pyridoxine soit remboursée aussi, parce que c’était un sacré budget. J’aurais aimé qu’on me demande comment j’allais psychiquement à chaque rdv gynéco, surtout quand on voyait que j’étais sous antidépresseurs.
