Témoignage déposé le 14/01/2026
Je m’appelle Gaëlle, j’ai 40 ans, j’ai 4 enfants et un ange et j’ai connu l’HG à 4 reprises (à croire que je suis masochiste).
La première fois que j’ai été confrontée à cette maladie, j’avais 30 ans, c’était ma deuxième grossesse.
Pour la première, j’ai eu des vomissements importants… mais rien de comparable à ce qui allait m’arriver.
Pour cette deuxième grossesse, j’ai commencé à avoir d’importantes nausées et vomissements. Je pensais que c’était normal, qui n’a pas entendu parler des nausées et vomissements lors du premier trimestre sauf que j’en suis arrivée à tomber dans les toilettes et c’est un des patients qui a alerté mes collègues en disant qu’il venait d’entendre un gros « boum » alors que j’étais entrée dedans quelques minutes avant.
Je suis rentrée chez moi je sais pas comment puis je suis allée à mon RDV chez mon gynéco (j’étais à 7 SA). Quand il a vu mon état de faiblesse, il m’a fait une écho pour s’assurer que le bébé allait bien puis m’a orienté vers les urgences.
Là-bas, j’ai clairement senti que j’embêtais le monde. Ils ont décidé de me garder quand même et j’ai été transférée en maternité où j’y suis restée quelques jours. Encore une fois, je sentais que je dérangeais et on m’a diagnostiqué une gastro.
Je suis restée 3 jours sans visite à l’exception de mon mari, passage d’équipe (bah oui, on m’avait mis une perf et j’avais pas le droit de manger donc pourquoi passer me voir) avant de me faire sortir en faisant comprendre que la plaisanterie avait assez duré.
J’ai été arrêtée quelques jours et la cadre de santé quand elle m’a vu m’a avoué plus tard qu’elle n’en revenait pas qu’ils m’aient fait sortir dans l’état où je me trouvais. J’ai eu un traitement qui n’a pas fait effet.
Ma belle-mère est venue en renfort, mon mari travaillant mais le 3ème jour, elle l’a appelé en disant que j’étais très faible (je n’arrivais quasiment plus à m’alimenter). Elle a appelé le samu qui m’a envoyé une ambulance. J’étais tellement faible que je n’arrivais même plus à tenir assise.
Quand je suis arrivée aux urgences gynécologiques dans un autre établissement plus proche de chez moi, mon mari qui m’avait rejoint entre-temps a dû m’aider à monter sur la table d’examen.
Je me souviens que le gynécologue m’a disputée et traitée d’inconsciente d’avoir autant attendu avant de venir. Mon mari lui a alors dit que j’avais été hospitalisée et que je venais de sortir. Il lui a dit le diagnostic qui avait été posé mais j’ai bien senti que le gynécologue n’était pas d’accord.
J’ai été hospitalisée et tout de suite remise sous perfusion. Cette fois, je n’ai pas eu le droit de sortir tant que je n’arrivais pas à garder mes repas pendant 24h consécutives. Mais le traitement de sortie n’a pas eu d’effet.
C’est finalement mon médecin traitant qui a réussi à trouver le traitement adapté (du Chlorpromazine) et j’ai été atteinte jusqu’à la moitié de ma grossesse. A aucun moment, on ne met un nom à ce que j’ai subi.
Ayant découvert le cancer de ma grand-mère en même temps que ma grossesse et l’ayant perdu la semaine de ma T1, je mets ça sur le compte du psychologique.
Troisième grossesse, les vomissements reviennent dès les 7sa. Je reconnais tout de suite les symptômes mais nous sommes au mois d’août et je suis en province.
Je vais consulter aux urgences en expliquant mes antécédents. On confirme que je recommence et on me donne un traitement qui ne fait pas vraiment effet.
Heureusement, je rentre et je revois tout de suite mon médecin traitant. Elle me remet tout de suite sous traitement. Elle m’explique que mon problème n’est pas psychologique et que j’ai eu de la chance de ne pas en faire pendant ma première grossesse mais qu’à l’avenir, je risque d’en faire à chaque grossesse.
En me renseignant, je finis par comprendre que je souffre d’HG mais j’ignore encore beaucoup de cette pathologie. J’en souffrirai jusqu’à la fin de ma grossesse mais le traitement de mon doc me permet de tenir.
Quelques années passent et nous décidons finalement d’agrandir une dernière fois la famille.
J’explique mes antécédents à ma sage-femme qui va me suivre et elle me prescrit tout de suite du Chlorpromazine au cas où cela recommence.
Je tombe enceinte et ce sont les vomissements qui me font comprendre que je suis enceinte. Aussitôt je reprends ce traitement sauf que cette fois, il ne fait pas effet. Je dois aller aux urgences car je recommence à perdre du poids. Bébé va bien, on me prescrit de la Doxylamine + Pyridoxine.
Une semaine plus tard, je perds mon bébé (aucun rapport avec ce traitement, juste la faute à pas de chance).
Dès le feu vert des médecins, nous recommençons les essais et je retombe enceinte. 5sa et de nouveau l’HG. Je reprends Doxylamine + Pyridoxine qui ne fait pas effet. Je n’arrive plus à m’alimenter et un dimanche soir, je m’évanouis à 2 reprises et mon mari appelle le SAMU.
Nouvelle hospitalisation pour arrêter ce cycle de vomissement puis de nouveau je reprends Doxylamine + Pyridoxine, mais avec un autre traitement en parallèle, que je devrai diminuer tout en augmentant ce dernier. Je prendrai la dose maximum avec une rechute vers 34 SA.
Je finirai ma grossesse en m’alimentant de moins en moins au point de ne quasiment plus réussir à uriner à la fin (je n’ai pas pu fournir l’urine pour le test le jour de l’accouchement, pourtant ce n’était pas faute de leur dire que j’étais en rechute).
Aujourd’hui, j’ai 4 merveilleux enfants, et mon ange qui veille sur nous, mais je n’ai pas honte de dire que j’ai détesté mes grossesses autant que j’aime mes enfants.
L’HG m’a volé mes grossesses, mais le pire, c’est le regard de nombreux soignants qui me faisaient comprendre que j’en faisais trop.
A aucun moment, le terme n’a été prononcé mais heureusement, j’ai découvert votre association à ma 4ème grossesse et je me suis sentie moins seule.
Plus aucune grossesse n’est prévue, mais je reste sur la page facebook pour pouvoir soutenir toutes ces femmes qu’on ose regarder et montrer du doigt, dire qu’elles abusent, qu’avoir des nausées ou des vomissements, c’est normal… Oui, ça peut être normal mais pas passer un stade !
A mon travail actuel, nous sommes 7 femmes. Et sur les 7, on est 3 à avoir eu de l’HG. J’ai pu soutenir la première quand elle m’a décrit ses symptômes et essayé d’être aussi présente qu’elle en avait besoin. Elle avait quelqu’un qui comprenait ce qu’elle vivait (elle ne m’avait pas connu au moment de mes 2eme et 3eme grossesse) et à son tour avec moi, nous avons soutenu notre collègue quand elle aussi a déclaré les signes.
Ne pas rester seule est primordial je pense. Non, ce n’est pas « normal » mais vous n’êtes pas seule !
