Témoignage déposé le 27/04/2024
J’ai eu ma première fille il y a presque dix ans.
J’ai souffert d’Hyperémèse Gravidique pendant les cinq premiers mois complets, puis j’ai eu la chance de pouvoir savourer le reste de la grossesse, ce qui m’a permis d’aimer être enceinte malgré une première partie difficile, et je suis immensément reconnaissante pour cela.
Je rêvais d’un deuxième enfant que j’ai enfin eu presque 10 ans après, sans savoir qu’il allait m’arriver la même chose, en pire, et jusqu’au bout de la grossesse, et que cette maladie allait littéralement me voler ma grossesse tant rêvée et enfin arrivée.
Le premier mois, n’ayant aucun symptôme, j’étais hyper heureuse de me dire « ouf, je ne suis pas malade pour cette grossesse, trop cool ! », et puis le premier vomissement est arrivé. Puis, petit à petit, je n’ai plus pu boire certaines choses, puis plus pu manger certaines choses. Les aliments et les boissons que mon corps acceptait devenaient de moins en moins nombreux, jusqu’à ce que je ne puisse plus rien manger ni boire, ni même de l’eau. Il suffisait qu’une seule goutte d’eau aille malencontreusement dans ma gorge en me brossant les dents pour que je vomisse en jet jusqu’à vomir ensuite mes tripes. Comme si tout mon corps allait tout chercher jusqu’au fin fond de lui même. Des vomissements extrêmement fréquents et douloureux, des nausées insupportables, constantes. Des sensations de brûlures. Un mal-être physique et psychologique. Puis l’hypersialorrhée est arrivée, m’handicapant encore plus socialement, et ajoutant encore de l’inconfort aux journées qui devenaient interminables et tellement difficiles à supporter. Toujours en train de cracher dans une bouteille. L’odeur du vomi, de l’acidité de la salive, hantait mes journées.
J’ai pu trouver au bout de quelques mois grâce à l’instinct de mon corps une boisson que j’ai pu boire. Un mélange de jus de citron et d’une certaine limonade. Ça fonctionnait uniquement si c’était les bonnes marques et le bon dosage précisément, c’est ce qui m’a permis de m’hydrater et de tenir le coup. C’était difficile car c’était très sucré et ça me brûlait la gorge quand j’en buvais, mais au moins je pouvais le garder, et donc m’hydrater malgré l’écœurement de ce goût très sucré, toujours le même, et désagréable malgré tout pour moi à boire, mais que mon corps gardait.
J’ai perdu beaucoup de poids rapidement. J’ai ensuite repris beaucoup de poids le dernier mois et demi, car je devais plutôt toujours manger pour ne pas vomir. Je n’avais toujours qu’un ou deux aliments que j’arrivais à manger pendant 10 jours à peu près, et ensuite mon corps les rejetait, et je devais trouver autre chose que mon corps accepterait de garder. C’était systématiquement l’instinct de mon corps qui me permettait de trouver, jamais les envies. C’était difficile car je pouvais difficilement parler parce que ça me donnait envie de vomir quand je parlais, plus l’hypersalivation.
Psychologiquement, ne pas boire d’eau pendant 7 mois et demi a été le plus difficile. Je ne pensais qu’à l’eau. En boire, me baigner, en boire. Et surtout j’avais très peur que ça ne parte jamais, que je sois obligée de vivre comme ça tout le reste de ma vie.
J’ai accouché début avril. J’ai vomi en accouchant. Jusqu’au bout j’aurai vomi.
J’ai tout de suite essayé de boire de l’eau après avoir accouché. J’ai réussi à boire… J’ai un peu déchanté quand après avoir cru que c’était magiquement terminé, je me suis rendue compte que je ne pouvais boire que l’eau, et que l’eau TRÈS fraîche.
Mais je peux manger normalement, et je peux boire au moins ce qui m’aura le plus manqué et ce qui est le plus important pour ma santé !
J’ai toujours, une vingtaine de jours après, quelques symptômes, comme, ne pas pouvoir tout boire et boire l’eau uniquement fraîche, et avoir envie de vomir si je ne mange pas pendant un trop long laps de temps. Mais j’ai l’espoir que ça parte petit à petit, et malgré ces petits restes actuels, je revis tout de même, et ça n’a rien avoir avec l’enfer des ces mois de grossesse.
De mon côté, je trouve que le personnel médical a été très compréhensif et soutenant, à l’écoute et empathique.
Plus personnellement j’aurai été très seule pendant cette épreuve, solitude qui me laissera des séquelles émotionnelles je pense, mais ma fille, elle, a été très facilitante et compréhensive, et cette épreuve aura aussi été la sienne.
L’Hyperémèse Gravidique et la solitude dans laquelle elle m’aura isolée m’auront volé ma grossesse et j’en suis triste. Mais je suis extrêmement reconnaissante d’avoir eu la chance de pouvoir tomber enceinte, de garder mon enfant, de le mettre au monde, qu’il soit en bonne santé, et que je sois moi aussi en bonne santé.
Ce qui m’aura aidé à tenir pendant cette épreuve, au-delà de l’amour pour ma fille aînée et ma fille à venir, c’est cette gratitude et le fait de me répéter que chaque vie à ses épreuves, que celle-ci est éphémère, et que même quand ça passe très très très lentement, ça finit par devenir le passé, et quand c’est derrière, on finit toujours par se dire que c’est passé vite finalement !
Et j’ajoute un grand merci aux mamans des copines de ma fille aînée et à ma maman, qui m’ont bien aidée, autant que possible, avec ma fille aînée pendant cette épreuve.
