Témoignage déposé le 30/04/2024
Voici mon témoignage, deux ans après la naissance de mon fils, je pensais que j’allais bien mais je me rends compte que j’ai besoin d’en parler.
Décembre 2020, je dis à mon copain que je veux un enfant, il est partant ! Mars 2021 je sens quelque chose en moi..une sensation étrange, je fais un test de grossesse précoce..deux semaines de grossesse, qu’elle chance de tomber enceinte aussi rapidement ! Nous sommes heureux.
Deux semaines plus tard j’ai un goût bizarre dans la bouche, comme du métal, toute la journée, je suis écœurée mais contente, un jour au travail je suis à trois petites semaines de grossesse nous sommes dans la « jus » je ne peux pas prendre ma pause repas avant 13h , je ne me sens pas très bien, je tremble, je suis en hypoglycémie, j’ai faim mais je ne peux engloutir que quelques fourchettes seulement je me sens très fatiguée, le médecin m’arrête jusqu’à la fin de la semaine.
Rapidement des nausées et des hauts le cœur arrivent. Je vis en Savoie, un jour où nous partons en randonnée avec mon copain, nous devons nous arrêter plusieurs fois dans les virages, je n’arrive pas à vomir mais les hauts de cœur sont forts ! Nous nous disons “super je suis vraiment enceinte c’est normal” (je suis à 4 semaines de grossesse à ce moment là), mais la randonnée se transforme en promenade.
Quelques heures après on s’arrête manger quelque chose à emporter car je ne me sens pas de rester assise à table…15 mn après avoir avalé mon sandwich je vomis sur une place publique.
Les jours à venir je n’arrive pas à manger sans avoir de hauts le cœur, je n’ai plus d’appétit, je prends une bassine avec moi nuit et jour.
Vers 5/6 semaines de grossesse je commence à vomir beaucoup, toutes les 30 minutes, mince c’est bizarre. Cela dure trois jours. Je tente l’homéopathie, de manger en petites quantités mais rien ne fonctionne. Mon médecin traitant me prescrit de la doxylamine, mais c’est pire: vomir ce médicament me brûle l’estomac! Ma bile est jaune fluo, je me couche avec ma bassine, je me réveille la nuit pour vomir et au réveil rebelotte !
Il y a un confinement d’un mois à ce moment, je n’ai pas besoin de me justifier au travail et cela m’arrange.
Je passe à la pharmacie et explique mon problème, une préparatrice me parle «d’hyperémèse gravidique », elle est enceinte de plusieurs mois et c’est difficile pour elle mais elle va mieux.
Nous vivons dans une vieille maison et le salon est en sous sol, je ne supporte plus cette pièce, il y a une odeur d’humidité qui me rend mal (que personne d’autre que moi ne sent!), je n’y vais plus et je passe mes journées au lit, dans la pénombre j’évite le téléphone car cela me rend plus mal.
Quand mon copain monte se coucher il a l’odeur du salon sur lui, je vomis à chaque fois qu’il se couche près de moi, je m’excuse et fais chambre à part.
Mon gynéco me prescrit de la métoclopramide mais je le vomis c’est insupportable. Il me dit alors d’essayer en suppositoire. Je fais une sieste le matin et l’après-midi, le médicament m’empêche de vomir mais je suis dans un état nauséeux très fort, j’ai le mal de mer en permanence. Le suppo fait effet trois heures environ, il est conseillé de n’en prendre que trois par jour alors je passe les trois heures suivantes à vomir en attendant le prochain suppositoire.
J’ai des envies de « kiri », « babybel » , « mister freeze » et de pâtes nature, j’essaye de manger, car malgré tout plus mon estomac est vide, pire c’est ! Mon copain fait les courses pour moi mais bien souvent c’est lui qui vide le frigo, je ne pense qu’à mon estomac, avoir faim est douloureux, manger l’est également, ce mal de mer est insupportable, j’arrive à lire, et j’écoute beaucoup de podcast, merci « Hondelatte raconte »!!hihihi
Mon copain essaye de me soulager, il est inquiet, il me pose un verre d’eau sur la table de nuit en partant au travail le matin, ou un verre de coca (je n’aime pas ça mais allez savoir j’en ressentais l’envie), la plupart du temps je n’ai bu que quelques gorgées, je me force j’ai tellement peur de me déshydrater, mais boire, manger est douloureux ! Je passe des mois à ne penser qu’à mon estomac, cet organe en permanence douloureux (je ne reconnais plus la faim).
Bizarrement vers 14h je vais mieux, cela dure deux heures environ, une amie vient me rendre visite parfois cela me fait du bien car je me sens seule et incomprise.
Je tente l’acupuncture, deux fois, sans effet. Idem avec le gingembre (quelle horreur, c’est pire!!)
Je pleure à la première, deuxième écho, mon bébé va bien ça vaut quand même le coup d’en baver. Le gynéco me dit que c’est bien, au moins je n’aurai pas trop de poids à perdre. J’ai perdu 4 kilos en début de grossesse, je commence à prendre du poids vers 5 mois et demi, 6 mois, il me dit que ce serait bien d’arrêter les suppositoires que je prenais. J’en suis consciente…le logo “interdit aux femmes enceintes” me fait assez culpabiliser! Je perds du sang, une première fois, et de nouveau quelques jours plus tard, je me rend aux urgences, le bébé va bien, je pleure tellement de soulagement. Le gynécologue m’annonce que j’ai un décollement placentaire, cela va se résorber avec du repos.
J’essaye de limiter les suppositoires, mais je passe des matinées à vomir, toutes les 15 minutes. Quand j’y repense, je me dis que c’est fou, et pourtant c’est vrai ! Il m’arrive de vomir du sang ! Je me force à me doucher, et vomis sous la douche parfois je craque et je mets un suppositoire pour la suite de la journée.
Le fameux test de glucose arrive… j’y vais positive, ça va aller et le goût au citron n’est pas si terrible…15 minutes après avoir avalé cette potion j’ai des sueurs et je re vomis tout le produit (la dame du labo est compréhensive et me soutient). Je dois m’arrêter sur la route du retour pour vomir de nouveau, puis je dors toute l’après-midi. J’appelle mon gynécologue et refuse de refaire les tests.
Il y a des journées et des soirées qui se passent mieux, on peut sortir voir des amis, mais les nausées sont encore présentes et j‘essaye de garder le sourire. Bien souvent je suis malade en rentrant à la maison ou dans les extérieurs où l’on va.. Je me souviens d’une soirée où les gens étaient saouls et c’est moi qui vomissait contre un arbre ! Cela me faisait rire malgré tout. Le hic c’est que lorsque je me couchais un peu trop tard, je passais une nuit blanche à vomir ou la journée du lendemain très mal, la fatigue accentue fortement les vomissements.
A 6 mois de grossesse il me dit que mon col est bien trop court, j’ai des contractions mais je ne sais pas que c’est cela car c’est ma première grossesse. Direction l’hôpital pour un protocole MAP, j’y reste 48 heures, j’ai de fortes nausées, ils me donnent de l’oméprazole qui me soulagent les remontées acides.
Les vomissements sont beaucoup moins présents, mais les nausées très fortes, j’en ai assez et j’ai hâte d’être à huit mois de grossesse et d’accoucher en avance! Je voulais profiter de ma grossesse pour randonner, continuer à aller à la salle de sport, prendre l’air autant que possible, j’ai pu faire deux randonnées où je me suis sentie bien, je suis allée marcher, c’était super, mais les deux fois le lendemain j’ai vomi deux fois plus que d’habitude.
Mon médecin ne m’a jamais parlé d’hyperémèse gravidique, je me souviens qu’un jour il m’a dit « si ça continue vous allez aller à l’hopital dans le noir », j’ai pu faire une visio avec le groupe d’entraide pour l’Hyperémèse gravidique, et lire des témoignanges, échanger sur le groupe 9 mois avec ma bassine cela m’a fait beaucoup de bien, merci merci infiniment. Je ne me sentais pas légitime d’un autre côté car je n’ai pas eu besoin d’être hospitalisée, d’être perfusée comme d’autres ont subi.
Je fais une séance d’ostéopathie avec une personne très bienveillante, cela a soulagé mes maux d’estomac.
Le reste de la grossesse se passe à la maison (je devais éviter les longs trajets en voiture), je me repose, j’ai arrêté de prendre les suppositoires , je ne vomis plus tous les jours, mais sans comprendre pourquoi certains jours je suis à une dizaine de vomissements encore, j’ai toujours de fortes nausées. Je mange, en petites quantités mais je mange.
A l’accouchement deux heures après avoir perdu les eaux j’ai commencé à avoir de fortes contractions et s’en s’est suivi des vomissements, j’étais très angoissée quand j’ai commencé à vomir tous les 1/4 d’heures, cela a gâché mon accouchement ! La sage femme ne trouvant pas mon col m’a dit qu’il était bien ouvert que je pouvais prendre la péridurale, chose que j’ai faite mais beaucoup trop tôt malheureusement.
Mon fils est arrivé trois avec trois semaines d’avance, je n’ai plus eu de nausées ni de vomissement après l’accouchement. Nous sommes restés une semaine à l’hôpital pour faire de la luminothérapie et pour mettre en place notre allaitement un peu compliqué au départ mais j’étais tellement heureuse de l’avoir près de moi (en bonne santé), Le baby blues passé (être comblée et en même temps se sentir triste est vraiment un sentiment bizarre mais avec du repos, des câlins tout est rentré dans l’ordre)
J’ai beaucoup mangé après l’accouchement, je me « rattrapais », et l’allaitement me donnait faim.
Je me rends compte que cette grossesse m’a déréglée au niveau des ressentis alimentaires, j’ai peur d’avoir faim, j’ai peur de trop manger, voilà pourquoi j’ai eu envie d’écrire mon histoire. Je veux me reconnecter à mes sensations, j ‘essaye de faire la paix avec mon estomac en quelque sorte .
