Témoignage déposé le 20/05/2024
Je m’appelle Kelly, je tombe enceinte à 17 ans, contrairement aux « on dit » c’était une grossesse désirée, je désirais tellement cet enfant, comme si je la connaissais avant même qu’elle arrive dans ma vie. Avec le papa nous avons une situation stable, donc nous nous lançons dans cette aventure que l’on avait pensé magique.
Fin juin 2023 je tombe enceinte quelques semaines après l’arrêt de ma pilule, je suis tellement contente, j’arrivais pas à croire que j’étais maman.
Je vois mon médecin, il me demande si mon état de santé va bien, si j’ai pas trop de symptômes, dont les nausées !
Moi, toute fière et contente, je lui réponds que non.
Mais quelques jours plus tard l’enfer commence : des nausées du matin au soir, de même pour les vomissements, je pouvais vomir toute la journée jusqu’à ne plus en dormir. Il m’arrivait d’avoir des périodes où je pouvais vomir plus de 50 fois dans la journée, évidemment sans rien avaler. Rien qu’une gorgée d’eau je la vomissais de suite alors que je prenais bien plusieurs minutes pour boire un fond de verre. Je ne supportais plus le petit chaton que j’avais recueilli, rien que le fait de penser à elle me faisait vomir, j’ai dû la donner à une gentille famille avec d’adorables enfants. J’étais triste de faire ce choix mais en les voyant, j’étais soulagée.
Je me lavais que très peu les dents, ne supportant ni le dentifrice ni la sensation de la brosse à dent. La sensation de l’eau sur ma peau me faisait vomir. L’odeur de la lessive me faisait vomir. L’odeur de mon appart me faisait vomir. L’odeur de mon conjoint me faisait vomir… Je dois en oublier tellement d’autres…
Personne dans mon entourage ne me prend au sérieux. Ma mère m’envoie des conseils «google» pour de simples nausées (manger léger, fractionner, etc) alors que j’avais qu’une envie c’était d’en finir. Lors d’un week-end, mi -août j’appelle le 15, j’explique mon cas : résultat ? Il me rit à moitié au nez en me disant que c’est normal, ce sont des maux de grossesse. Il me donne des conseils à deux balles, par exemple de manger des biscottes. Je lui dit non, je n’arrive plus à manger, ni à boire, avertissez vos collègues du CHM j’arrive dans une heure. Ma mère m’emmène, moi avec mon seau de vomi odeur poisson pas frais. Elle me dit qu’elle hallucinait à quel point j’étais malade, et qu’à ma place elle aurait avorté. Bref. Maman pourquoi tu ne m’as pas cru ? Si tu savais comme je me faisais du mal quand on me laissait dans mon coin, dans la souffrance, sans que je puisse être prise au sérieux dans ma douleur.
Mon cher conjoint, tu sais que je t’aime très fort mais j’ai toujours ce sentiment de rancœur au fond de moi.
Pourquoi, avec mes frères et sœurs, tu m’imites en train de vomir pour se moquer ? Pourquoi tu m’en mettais plein la tronche lorsque je vomissais ? Ce que tu disais c’était que ça te rendait pas bien de me voir dans cet état, mais peut être que ça aurait pu être plus simple dans la communication.
Pourquoi tu m’as forcé à sortir un week-end alors que je venais de perdre 5kg en deux jours (le week-end de l’hospitalisation) sans avoir dormi, ni rien avalé ?
Pourquoi j’ai dû forcer pour être ramenée à la maison afin que je m’allonge ?
S’il te plaît , dis moi pourquoi tu ne m’as pas prise au sérieux lorsque j’allais pas bien ? Mais toi, tu disais que j’allais pas rester tout l’été à rien faire…
Et aussi, pourquoi tu avais du mal à me laisser partir en hospitalisation et ensuite a à moitié me forcer à sortir le plus vite possible alors que je n’allais pas bien ?
J’ai dû en oublier… Bref, parfois vaut mieux oublier certaines choses.
Une autre partie de mon histoire : un soir, le 8 décembre 2023, des grosses douleurs me prennent au bas du ventre, je me tords de douleurs et essaye de gérer ce qui était des contractions de travail, il râlait et soufflait et pensait que j’en faisais de trop que c’était impossible vu mon terme. J’avais peur de lui dire, j’ai passé toute une nuit à gérer mes contractions, car monsieur ne voulait rien entendre. Le lendemain, on est au téléphone avec sa mère, car le soir même on était invités à l’anniversaire surprise de son beau-père. Je le suppliai de m’emmener aux urgences, il me dit « Si on est pas là, ma mère va m’en vouloir ». Sa mère lui ordonne de m’emmener aux urgences car lorsque je lui ai expliqué les symptômes, elle a tout de suite compris que quelque chose n’allait pas. Bref, je fais mon sac. En face de l’armoire, je me plie en deux de douleur, il ronchonne et me dit d’aller plus vite. Je lui fais comprendre que ça ne me plaît pas ses remarques et que je vais accoucher dans le lit si ça continue.
Je lui ai dit que j’allais accoucher et que la petite va mourir, pourtant il insiste à m’emmener aux urgences d’un petit hôpital. Je vois le médecin qui me dit d’aller immédiatement à la maternité. J’avais de belles contractions, très rapprochées.
On a une heure et demie de route, on arrive et je me force à courir alors que j’étais en pleine contraction, je pense que vous pouvez imaginer la douleur.
J’arrive et j’explique mon cas, on me prend directement en charge. On me fait un toucher vaginal, on m’explique que je suis ouverte à 5 doigts et que je vais accoucher le soir même. Nous nous sommes effondrés avec le papa.
Ce que je ne vous ai pas expliqué, c’est que j’étais à peine à 5 mois et demi (25sa+5).
Je m’en veux toujours, de ne pas avoir forcé un peu plus pour me faire entendre, j’ai l’impression d’avoir “tué” ma fille, malgré le fait qu’elle soit toujours en vie. Malheureusement, les soucis de santé sont bien là. Ma fille a failli mourir par ma faute. Je ne suis pas venue à temps pour faire toutes les injections nécessaires pour ses petits organes. Je sais que ce n’est pas entièrement de ma faute, mais j’aurais toujours ce sentiment de culpabilité, ça fait un peu plus de 5 mois mais j’en pleure tous les jours. Ma petite Emmy est tellement forte…
Merci de m’avoir lu, en espérant que ce tabou se brise et que l’on soit enfin écoutée.
