Témoignage déposé le 11/06/2025
Merci pour votre travail qui m’a permis de savoir de quoi j’étais atteinte plusieurs années après, et qui m’en a fait pleurer de soulagement. Ça faisait du bien d’être comprise et de savoir que je n’étais pas folle.
En 2018, je tombe enceinte grâce à la médecine après quelques années de galère. Nous sommes si heureux.
Très rapidement les nausées arrivent et s’intensifient fortement au fil des jours. L’odeur du papier des livres, de la lessive, de l’eau, des tissus et de beaucoup d’autres choses me dégoûtent au plus haut point. Impossible de tenir debout, les forces ont quitté mon corps, je vomis plusieurs dizaines de fois par jour sans rien avoir mangé, ni bu. À force même je vomis de l’air. Je fonds sans m’en rendre compte. La pharmacie en bas de chez moi donne plusieurs solutions à mon mari, en vain. Je me traîne comme un zombie, soutenue physiquement par mon mari, chez un acupuncteur car « ça marche bien sur les nausées ». Non.
Les urgences pédiatriques d’un hôpital réputé en IDF auxquelles je me rends, en tenant mon mari par le cou pour qu’il m’y traîne tant bien que mal, me renvoient chez moi après une perfusion d’eau sucrée car « les analyses de sang sont bonnes et que les nausées c’est normal en début de grossesse », « soyez forte ».
Après quelques années de PMA, de violences gynécologiques dont une trompe de Fallope débouchée sans anesthésie, je savais que j’étais forte et qu’on n’était pas sur des nausées classiques. Mon mari ne sait plus comment m’aider, ni comment me nourrir et m’hydrater. Il est en détresse lui aussi.
Je survis avec grande difficulté au premier trimestre, sans avoir pu profiter de rien, ni du plaisir d’être enfin enceinte, sans avoir pu photographier l’évolution de mon ventre chaque mois, sans avoir pu annoncer ma grossesse.
Mon mari m’aide à me traîner à la première échographie. Je suis à bout de force. Les odeurs de l’hôpital sont difficilement soutenables dans la salle d’attente mais je prends sur moi. Nous allons rencontrer notre bébé. Nous sommes heureux.
Malheureusement nous vivrons notre plus grand drame, qui n’est aucunement lié à l’hyperémèse gravidique. Notre bébé fait un arrêt cardiaque pendant l’échographie. Son cœur cesse de battre progressivement, comme s’il nous avait attendu. Je mobilise ce qu’il me reste de force pour négocier une aspiration et non un accouchement par voie basse comme on voulait me l’imposer car bébé à un stade trop avancé. Tétanisée. Sous le choc. Anéantie.
Je passe 48 heures chez moi avant qu’on me le retire. Endeuillée mais de moins en moins nauséeuse.
La médecine nous a permis une nouvelle grossesse en 2024 grâce à un don d’ovocyte. J’ai espoir que cette donnée puisse éventuellement changer quelque chose à l’hyperémèse. Absolument pas !
Sauf qu’entre-temps, j’ai découvert l’association HG-NVG, et d’autres témoignages qui m’ont permis de connaître l’existence de la Doxylamine + Pyridoxine. Pas miraculeux pour ma part, mais qui soulage un minimum sans pour autant annuler les nausées. Associée à ma précédente expérience, j’ai réussi tant bien que mal à subir ces quatre mois dont deux alités, en gérant ma respiration (épuisant), et en ayant constamment quelque chose dans l’estomac. Je mangeais quelque chose toutes les deux heures environ pour limiter au minimum la casse. Même la nuit.
J’ai largement préféré mes 36 heures d’accouchement avec une péridurale qui a moyennement fonctionné que ces quatre mois d’enfer sur terre.
Notre bébé est merveilleux et nous souhaitons lui offrir une belle histoire fraternelle donc nous allons retenter la PMA.
J’essaye de ne voir que le résultat final alors que le traumatisme de l’HG est encore bien là. Deux choses me hantent : le bon développement du bébé durant la grossesse, et l’HG.
Courage à toutes. On est des guerrières survivantes.
