Témoignage déposé le 04/11/2024
Après deux ans d’essai bébé et un parcours de PMA, je tombe enceinte en novembre 2023. C’est une immense joie pour nous et notre famille.
La joie est de courte durée : à 5 SA, les premiers symptômes débarquent. Des nausées incessantes, qui m’obligent à m’arrêter de travailler et à rester assise bien droite toute la journée. Puis des vomissements, de plus en plus réguliers. Je prends 4 comprimés d’un antiémétique (assommant) par jour, à 40€ la boîte, non remboursée par la sécurité sociale. Cela me soulage à peine et je dors chaque jour de 20h à 11h. Le sommeil est mon seul moment de répit. La journée, je peux à peine regarder la télévision et me laver, tellement les nausées sont fortes. Un jour, je me rends seule à la pharmacie et je fais un malaise. Un autre symptôme apparaît : l’hypersialorrhée (l’hyper-salivation). C’est dégoutant, je dois constamment cracher dans un contenant et je m’isole socialement. La déshydratation cause des infections urinaires très douloureuses.
Au début, on me dit que c’est normal d’être malade. Personne ne me comprend et on pense que j’exagère. Tout le monde me dit que cela ira mieux au deuxième trimestre. Malheureusement, les symptômes s’intensifient. Je ne peux plus manger ni boire sans vomir instantanément. Je perds du poids à vue d’œil, mais pas assez selon les médecins. Je me rends toutefois 3 fois aux urgences en 4 jours, comptabilisant une vingtaine d’heure d’attente. Ils me renvoient chez moi sans solution. Je pensais sincèrement qu’ils me laissaient mourir. Finalement, grâce à l’insistance de ma maman, la dernière visite aux urgences est la bonne : la gynécologue m’hospitalise à la maison. Elle ne me dit pas ce que j’ai, mais je l’entends parler à l’infirmier d’une “hyperémèse gravidique”. C’est tellement infantilisant de sa part.
A la maison, je me trimballe avec mes perfusions pendant une dizaine de jours, je recommence à manger et à marcher tout doucement. Mais mon œsophage est très abîmé par les vomissements, j’ai donc du mal à avaler de la nourriture, des médicaments, et même ma salive. Je vais un peu mieux et je retourne même un peu au travail.
À 22 SA, notre monde s’écroule. Nous apprenons que notre petite fille, notre si précieux bébé est en anémie. Nous avons contracté le parvovirus B19. Après une tentative de transfusion sanguine qui a échoué, nous apprenons que son cœur s’est arrêté le 7 avril 2024. Zoé naît sans vie deux jours plus tard. Je vomirais même mon médicament qui permet de déclencher l’accouchement. Un cauchemar. Je vis un congé maternité et une dépression post-partum sans mon bébé. Tous les inconvénients, sans la récompense tant espérée.
Nous sommes toujours effondrés par cette perte. Je suis traumatisée par ce deuil périnatal qui a détruit ma vie, mais aussi par cette grossesse. “Tout ça pour ça”. Chaque mois j’espère retomber enceinte tout en étant terrifiée par cette idée.
Bien sûr, je ne veux faire peur à personne. Je veux juste mettre en lumière le deuil périnatal et l’hyperémèse gravidique, pour que plus jamais une maman se sente aussi désespérée et seule que moi je l’ai été, malgré le soutien de mon mari.
