Témoignage déposé le 13/08/2024
Alors que j’étais étudiante et que j’avais une vingtaine d’années, je suis tombée enceinte (en 2011, j’avais 21 ans). Ce n’était pas prévu, mais il faut croire que la pilule ne me convenait pas (qu’elle n’était pas assez dosée pour moi), car pourtant je l’ai prise correctement…
À l’époque, j’étais avec un homme plus âgé que moi, que mes parents n’appréciaient guère. De plus, ma maman étant très pratiquante de la religion catholique, j’avais très peur de sa réaction, car c’était une grossesse évidemment hors mariage, et à un moment inopportun de ma vie.
À l’époque, je n’avais qu’un petit appartement d’étudiante, je ne travaillais pas et mon copain n’avait pas beaucoup d’argent, je ne me sentais pas prête pour être maman, car mon rêve était de le devenir quand je serai bien installée, dans une grande maison, avec une meilleure situation, etc…
Toutefois, pendant un temps de réflexion, je me suis dit que je pourrais peut être finalement accepter cet enfant à naître, je commençais à me projeter à devenir maman, jusqu’à ce que l’HG commence de manière foudroyante, vers environ 5 ou 6 semaines : des nausées à n’en plus finir (une centaine de vomissements par jour, alors que j’étais étudiante, donc je devais sans arrêt partir aux toilettes en plein cours…), une hypersalivation qui m’obligeait à cracher sans arrêt discrètement dans un mouchoir, même en cours… c’était tout bonnement l’enfer !! Dès le matin au levé, je vomissais et donc je devais trimballer ma bassine à côté de moi…
Le moindre mouvement de mon corps me donnait envie de vomir à n’importe quelle heure de la journée, et je sentais les odeurs de manière décuplée. L’odeur des gens dans le bus quand je prenais les transports en commun était insurmontable, je ne tolérais plus rien, les odeurs de cuisine, les parfums, tout me faisait vomir, même quand je n’avais rien à vomir…
J’ai donc dû faire une pause dans mes études. J’ai dit que j’étais malade, car je ne voulais pas qu’on sache que j’étais enceinte.
J’ai perdu beaucoup de poids en peu de temps car je n’arrivais plus à m’alimenter, et j’avais du mal à garder l’eau que je buvais…elle ressortait même par le nez !
À la fin, je me sentais desséchée, ma langue était sèche comme du bois, c’était une sensation très désagréable. Sans parler de la fatigue… j’avais du mal à rester debout et à faire quoique ce soit !
À l’époque, on ne m’a pas donné grand chose à part des anti-vomitifs classiques, que je vomissais à chaque fois, cela n’avait strictement aucun effet.
J’ai fait des recherches pour comprendre ce qui m’arrivait et je suis tombée sur un article sur l’HG, qui était quand même très peu connu à l’époque. En tout cas, j’ai très vite pris conscience que ce que je vivais était anormal, que ce n’était pas juste des vomissements normaux que la plupart des femmes enceintes vivent.
Tout cela a conduit à faire une interruption de grossesse, que j’ai vraiment mal vécu. Je n’ai pas été hospitalisée pour déshydratation, mais si je n’avais pas fait l’IVG, j’aurais été forcément sous perfusion, vu que je ne pouvais ni m’alimenter ni boire… En tout cas, quand la grossesse fut interrompue, j’ai pu boire et manger normalement et les autres symptômes avaient disparu.
Avec le recul, je pense que j’aurai peut-être gardé l’enfant si je n’avais pas été malade à ce point. Je culpabilise beaucoup de ne pas avoir été assez forte pour garder l’enfant, mais je sentais que ma vie était en danger si je poursuivais la grossesse, c’était comme si quelque chose me détruisait de l’intérieur…
En tout cas, aujourd’hui encore je suis traumatisée (par l’IVG mais aussi par l’hyperémèse gravidique). Et alors que je suis désormais mariée, avec une bonne situation, dans une grande maison et en âge d’avoir un enfant… je redoute beaucoup la grossesse car j’ai vraiment très peur de revivre l’HG, et j’ai aussi peur que mon mari ne soit pas préparé à cela, car il a déjà eu deux enfants avec une précédente compagne, et ces grossesses s’étaient très bien passées, donc il a du mal à imaginer ce qu’est une grossesse horrible avec une HG…
J’essaye donc de me préparer psychologiquement à endurer une autre HG si je tombe enceinte (et préparer mon mari aussi…), car clairement je ne tolérerai pas de faire une autre intervention de grossesse, pour moi ce serait impossible. Et pourtant je sais que c’est extrêmement difficile de mener une grossesse à terme quand on souffre d’HG, que parfois ça va si loin qu’on est au bord de la mort…
Il est grand temps que la médecine se penche sur cette terrible maladie, car même si souvent l’enfant arrive à se développer correctement, la mère va très mal et met sa propre vie en danger… et c’est quand même primordial que la mère puisse vivre sa grossesse de manière agréable et dans de bonnes conditions ! L’enfant compte beaucoup mais la mère tout autant !
Je souhaite énormément de force et courage à toutes celles qui vivent l’HG et merci de m’avoir lu.
