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Témoignage de Lilia

Témoignage déposé le 27/08/2024 

Je m’appelle Lilia et le jour de mes 28 ans (le 7 avril), j’apprends que je suis enceinte.

Nous étions tellement heureux. Nous attendions cette grossesse avec impatience. 

Environ deux semaines plus tard, je commence à avoir les symptômes de grossesse qui s’accentuent, intolérance aux odeurs et nausées. Mais jusque-là tout va bien, je m’y attendais un peu. Je me dis que c’est normal et que toutes les femmes enceintes passent par là. 

Quelques jours plus tard tout bascule, je me lève un matin et je ne vomis pas une, pas deux, mais plusieurs dizaines de fois dans la journée. Je continue de me dire que c’est sûrement normal et que ça passera le lendemain. Je me mets en arrêt de travail pour 1 semaine. J’étais loin de me douter que je ne re travaillerais pas avant 1 an… 

Et d’un coup, je me fais emporter par une tempête que je n’arrive pas à contrôler. Je ne peux plus rien avaler, tout ce qui rentre dans ma bouche finit par être vomi. Je ne peux plus boire. Je passe mes journées aux toilettes à vomir toutes les 20 minutes, je ne comprends pas ce qui m’arrive. Je vomis 20 fois par jour, je n’ai pas de répit. Puis en quelques jours, je perds 5 kilos (je descends à 40 kg) et ça devient problématique. Je n’arrive plus à me relever des toilettes, je me sens faible, j’ai peur, je ne comprends pas ce qui se passe, mon corps est en train de me lâcher. J’ai l’impression que je vais mourir, j’ai peur de mourir. 

Mon mari appelle la sage-femme qui lui conseille de m’emmener aux urgences. Je pleure, je ne veux pas y aller, je ne fais que vomir. Comment je vais faire pour me déplacer, et la voiture, n’en parlons pas, c’est une torture. Nous y allons tant bien que mal. J’arrive aux urgences et je me concentre pour ne pas vomir. On me fait une échographie pour vérifier l’état de mon bébé, et c’est à ce moment qu’on entend son cœur battre pour la première fois. On me dit que le bébé va bien. Mais je suis dans un tel état de détresse que je m’en moque. Je ne comprends pas, j’ai l’impression que je vais mourir et ce qui m’importe, c’est mon état. Je veux qu’on s’occupe de moi, qu’on me guérisse. C’est très dur pour moi d’admettre que ces pensées étaient dans mon esprit. 

On me réhydrate à l’aide de perfusions et on me donne du métoclopramide . Aucun effet, je vomis encore. 

Je retourne une deuxième fois aux urgences car mon état ne s’améliore pas. Idem, on vérifie le bébé, tout va bien mais moi, non. On me propose une hospitalisation à domicile avec des perfusions matin, midi et soir pour pouvoir m’hydrater, accompagné de métoclopramide contre les vomissements. 

Je suis hospitalisée à domicile, les perfusions me font un petit peu de bien, mais je continue de vomir, mon œsophage est tout irrité, je vomis du sang. Je passe les journées dans mon lit à me concentrer pour ne pas vomir, je ne peux plus parler, je ne veux plus parler, je ne peux pas être sur mon téléphone, je ne peux pas regarder la télé, je passe mes journées à regarder le plafond et à me concentrer pour ne pas vomir. Je ne veux voir personne, je suis dans un état pitoyable, je ne me reconnais plus. Je ne peux plus me doucher seule, j’ai perdu mon autonomie, je ne sers plus à rien. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. 

Je commence une dépression prénatale, je n’ai plus goût à rien, mes seules préoccupations sont ne pas vomir, ne pas vomir et ne pas vomir. 

Chaque début de soirée, je pleure, me disant que c’est trop dur que je n’y arriverai pas. Et chaque soir l’avortement hante mes pensées. Est-ce que j’arriverai à aimer mon enfant ? Est-ce qu’inconsciemment je lui en voudrais ? 

On me dit qu’il faut lui parler, établir une relation pendant la grossesse, pour moi, ça m’était impossible. J’étais contente qu’il aille bien mais je n’arrivais pas à avoir d’interaction avec lui. 

Puis, la culpabilité fait surface. Quelle maman je fais, c’est une honte.  

Une problématique s’est ajoutée à tout ça, mes veines sont très fines. Les perfusions tiennent tout au plus 2 jours mais finissent par boucher mes veines. Les infirmières sont très embêtées. De plus, ma tension est de 9. Les infirmières à domicile ont appelé les urgences afin de me faire hospitaliser. J’y suis donc retournée et je suis restée une semaine. Cette fois-ci, je leur dit que je ne rentre pas chez moi si je vomis encore. Ils ont décidé de me poser une midline (c’est un cathéter qui reste un mois). Étrangement, en étant hospitalisée, j’avais l’impression que l’on s’occupait réellement de moi et qu’on allait essayer de me guérir. C’est là qu’ils ont décidé de me donner en plus du métoclopramide, de la chlorpromazine. A peine ce médicament injecté, je m’endors. 

Une semaine après, je retourne chez moi, en hospitalisation à domicile avec les infirmières, les perfusions, la midline, le métoclopramide et la chlorpromazine. Je commence à aller mieux, je vomis un peu moins. 

Tout ce que je voulais, c’était vivre une grossesse normale. C’était l’été, je voulais me baigner, je voulais me promener, profiter de mes proches, vivre tout court. 

J’ai voulu arrêter les perfusions, reprendre le travail, mais j’ai eu des rechutes. Ça a été un gros échec, j’ai dû refaire poser une midline et continuer les perfusions.

Une chose qui m’a beaucoup aidé physiquement et psychologiquement c’était d’aller me balader dans mon quartier 15-20 min tous les jours avec ou sans les perfusions, en emportant avec moi des mouchoirs et des sacs plastiques. 

Mois après mois, j’ai décidé d’essayer de prendre les médicaments par voie orale pour arrêter les venues des infirmières. 

Et puis, à partir de mon troisième trimestre (septembre), ça s’est calmé, j’ai quand même dû continuer de prendre les médicaments par voie orale jusqu’à mon accouchement et les nausées étaient toujours présentes mais sans vomissements. La peur de vomir en public était très présente. J’étais très fatiguée et j’avais une tension très basse. 

J’ai commencé ma grossesse en vomissant je la fini en vomissant dans la salle d’accouchement. 

Pour vous rassurer, après l’accouchement mes nausées se sont envolées (c’était une de mes craintes d’avoir des nausées à vie), toutes mes craintes sur la relation avec mon fils se sont envolées, j’ai été submergée par l’amour et j’ai une relation incroyable avec mon fils de 8 mois. 

Avoir vécu cette HG, cela a eu des répercussions sur ma vie même encore aujourd’hui, certaines odeurs me sont insupportables et me rappellent mes vomissements. J’ai de plus en plus de mal à voir mon appartement, cela me rappelle des souvenirs douloureux. J’ai eu un soir des nausées sûrement dû à une indigestion, j’ai fait une crise de panique en ayant la peur bleue de vomir. 

C’est l’épreuve la plus dure que j’ai eu à vivre dans ma vie. Je me rends compte avec la grossesse, l’accouchement et le post-partum que les femmes sont tellement fortes !!

Dans mon malheur, je reconnais la chance que j’ai eu. J’ai eu un soutien inconditionnel de mes proches. Ma mère m’a raconté qu’elle-même avait vécu la même chose lors de sa première grossesse, elle savait ce que je vivais et ça m’a permis d’être comprise par une personne. 

Je ne remercierais jamais assez mon mari qui a été d’un soutien sans faille du début à la fin de cette grossesse et qui s’est occupé de moi, sans lui je n’y serais pas arrivée.