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Témoignage de Leyna

Témoignage déposé le 31/01/2024

 

J’ai su que j’étais enceinte à 4sa. Très tôt. Ça a été un bonheur immense puisque atteinte d’endométriose, je pensais peut-être ne jamais pouvoir enfanter !

Je me suis surprise à me demander pourquoi je n’avais pas de nausées comme toutes les femmes. Grave erreur !

À partir de 6sa j’ai commencé à avoir des nausées classiques qui se sont très vite transformées en vomissements. Le matin. Puis aussi la journée. Puis le soir. Et enfin la nuit également. Tout le monde me traitait de menteuse quand je disais que je me réveillais la nuit, non pas pour uriner, mais pour vomir !

Les semaines passent, je suis obligée d’arrêter le travail puisque je suis incapable de résister aux 40min de transport en commun chaque matin. Je suis nauséeuse de base, alors là c’était un calvaire. Mon trajet passait régulièrement de 40 min à 1h30/2h puisque je devais m’arrêter à presque tous les arrêts pour vomir dans une poubelle, près d’un poteau, tout ce qui était « acceptable ». Puis je devais attendre le prochain…

J’ai dû annoncer ma grossesse avant les 3 mois légaux à mon patron. Mal accueillie. S’en suivirent des mois d’harcèlement moral de la part de celui-ci. Il fallait être rentable et il ne supportait pas que je ne puisse pas venir bosser tout du long. Je ne l’avais pas choisi !

Tout s’est intensifié. Je suis passée à plus de 30 vomissements par heure. Je vomissais du sang tant ma gorge était en souffrance. J’ai été aux urgences une première fois. On m’a dit que j’étais enceinte et que c’était de simples nausées. Patience donc. J’attendais le quatrième mois comme un résultat de loto ! Mon objectif c’était ce quatrième mois, je pensais que tout allait s’arrêter immédiatement. Je comptais les jours. Je ne réussissais à boire que du cola. Jusqu’au jour où je l’ai vomi. Par le nez !

Je vomissais de la bouche, du nez. Mon corps est devenu ma prison. Je n’avais plus de plan B pour m’hydrater, rien ne passait.

J’ai fini enfermée dans une chambre chez ma belle-mère. Dans le noir, le silence total. Un son, une lumière, une odeur, la position assise, ma salive ? Tout me faisait vomir immédiatement. J’étais couchée avec une bassine pour le vomi et la salive.

Le pire quand on vomit jusqu’à sa propre salive en ayant l’HG, c’est qu’on est en plus victime d’hypersalivation !

À ce moment, j’ai compris. Je connaissais l’HG, j’en avais entendu parler mais bon sang 2% des femmes, impossible que ça tombe sur moi ! Jamais le diagnostic n’a été posé par les médecins. C’est moi qui le leur disais et leur expliquait. J’étais seule avec ma maladie, mes symptômes, et même mon propre médecin ! Un comble quand on n’arrive même plus à se nourrir, entretenir sa maison, sortir ou se laver sans l’aide de qui que ce soit.

Mes proches ont essayé de comprendre mais personne ne connaissait la maladie. « Toutes les femmes enceintes ont ça t’es pas seule, on s’en sort toutes », « mange tu vas faire mal au bébé », « arrête tes caprices et viens », « faut arrêter, être enceinte ce n’est pas une maladie », « madame c’est psychologique vous rejetez votre bébé ». J’en passe. Culpabilisant et tellement violent. J’en pleurais des heures à demander pardon à mon bébé d’être si médiocre en tant que mère.

Pourtant chaque jour j’avais l’impression de mourir, je me disais, c’est pour aujourd’hui. Alors je me suis sentie faible. « Tu es faible, tu ne supportes même pas les nausées d’une simple grossesse comme toutes les femmes le font depuis des millénaires. Tu es faible ma pauvre. ». Ça tournait en boucle dans ma tête.

J’ai dû être hospitalisée à la fin du troisième mois. J’avais perdu 10 kg en deux semaines, je suis passée de 53 à 42 kg ! Aucun traitement ne fonctionnait. Je ne vomissais plus rien. Plus de bile, de sang ou autre. De l’air. Mon corps avait ce violent réflexe de vomissement mais plus rien ne sortait. Je ne tenais plus debout. Je tremblais dans tous les sens. Je culpabilisais tellement. J’avais peur pour ce petit être qui poussait, je me demandais comment il pouvait être en bonne santé si je n’arrivais même pas à lui donner à manger.

J’ai pu le voir en échographie au début de mon hospitalisation. On l’a vu bouger ses petites jambes pour la première fois. J’en ai pleuré : « mon bébé va bien ! Mon bébé tient le coup. » Qu’est-ce que j’étais fière de lui.

On m’a fait voir une assistante sociale et une psychologue qui étaient comme liguées contre moi. On m’a parlé d’adoption du bébé à la naissance puisque je ne pouvais plus avorter. J’ai hurlé que je ne voulais ni avorter, ni le faire adopter. « J’adore déjà ce bébé qui est plus que désiré ! ». On m’a répondu que je mentais, que je le rejetais et que je ne me faisais que me mentir à moi-même !

Hospitalisée une semaine avec interdiction de manger ou boire. Branchée à des perfusions de vitamines et d’eau. Puis bouillon, thé et biscotte. Je perdais 400g par jour… Mais j’étais rassurée, je n’ai pas vomis durant toute mon hospitalisation… Enfin !

En sortant de l’hôpital, j’avais un traitement. J’ai vomis à la sortie du métro, mais le traitement réduisait la fréquence des vomissements drastiquement. C’était déjà ça. J’étais épuisée, vaseuse en permanence.  Je dormais la plupart de mon temps. Je prenais mon médicament comme une drogue, j’ai même eu peur d’en être dépendante ! Je paniquais dès que je ne l’avais pas pris.

Mais dès que je le prenais je faisais des malaises, des bouffées de chaleurs insupportables et je somnolais. J’ai su après la grossesse avec une allergologue que je faisais une allergie !

Ça a duré jusqu’à sept mois. Ça s’est réduit à ce moment. J’allais un peu mieux. J’ai savouré avec bonheur le reste de ma grossesse. Les sages-femmes s’étonnaient de ne pas m’entendre me plaindre des remontées acides, des insomnies et de tous les tracas de la femme enceinte. Mais qu’est-ce que j’adorais ça après l’enfer que j’avais vécu !

J’ai recommencé à vomir « raisonnablement » à 8 mois et demi jusqu’à l’accouchement.

J’ai adoré l’accouchement pourtant un peu compliqué.

Pour certaines, la libération a été l’accouchement. Pour ma part, j’ai encore des séquelles. Pendant les six premiers mois de post-partum, j’étais toujours nauséeuse ou vaseuse. Les transports en commun étaient un calvaire, et je passais certaines soirées enfermée dans le noir avec nausées, vomissement et autres.

Actuellement, huit mois après mon accouchement, je n’arrive toujours pas à boire de l’eau sans sirop ou autre goût. J’ai une phobie de la nausée et des vomissements. Je suis tombée malade, sûrement une simple gastro, j’ai été paniquée comme pas possible. Je me suis automatiquement replongée dans l’état de ma grossesse.

J’ai une peur pas possible de la grossesse. J’en pleure de joie quand je vois que j’ai bien mes règles. J’ai toujours voulut plusieurs enfants, mais j’en suis au stade où je me demande si mon bébé ne sera pas mon seul enfant.

Après tout, je sais d’avance qu’il me faudra une force immense pour accepter de m’infliger cet enfer une seconde fois … et puis accepter de devoir « abandonner » mon premier bébé pour essayer de survivre. Ce serait égoïste de ma part.

J’en ressors traumatisée, pourtant j’ai adoré la fin de grossesse. Dans mes rêves les plus fous, j’espère faire un déni de grossesse pour le deuxième jusqu’à six mois !

J’espère que ma voix aidera d’autres femmes à se dire qu’elles ne sont pas seules et qu’elles vont s’en sortir !