Témoignage déposé le 01/02/2024
Je suis tombée enceinte de mon premier enfant en Septembre 2012. Ce n’était pas prévu à ce moment-là, mais nous étions ravis de ce cadeau.
Un mois après, j’ai commencé à avoir des vomissements. Dans un premier temps, je me suis dit que c’était un symptôme normal de la grossesse. Mon médecin traitant me disait la même chose ainsi que l’ensemble de mon entourage. Seulement, ces vomissements se sont accentués- je vomissais plus de 40 fois par jour. Je ne supportais plus aucunes odeurs comme le gel douche de mon conjoint, les odeurs de cuisine et l’odeur de l’air en général. Je ne pouvais rien manger ni boire sans tout vomir les minutes qui suivaient. Je me forçais à le faire car j’en avais tellement envie. J’ai commencé à déprimer car je passais mes journées au lit à essayer de comprendre ce qu’il m’arrivait. Je n’avais pas non plus de soutien. Je vivais à ce moment-là à 10 000km de ma famille, et mon conjoint travaillait sans vraiment se soucier de mon état.
Je ne suis pas sortie pendant 2 mois. Il a bien fallu le faire pour passer la 1ère échographie. Je me suis retenue de vomir tout le trajet et pendant l’échographie. De voir mon bébé m’a redonné de l’énergie mais encore une fois, le gynéco bien que très sympathique n’a pas pu mettre de mots sur mes maux. Je n’ai pris aucun traitement pendant ces longues semaines. J’ai subis en me disant que mon état était normal finalement … tant que le bébé n’en souffrait pas, je devais supporter cet état et être patiente car d’après le gynéco, cela aller s’arrêter à la fin du 4ème mois.
Il avait raison. Du jour au lendemain, je ne vomissais plus et j’ai retrouvé ma vie (manger, boire, respirer…) mais je restais traumatisée par cette expérience.
Et un jour, je tombe sur un article de presse annonçant la grossesse de Kate (la princesse). Nous avions un mois de grossesse d’écart. En lisant cet article, je découvre qu’elle avait souffert de violents vomissements qu’ils appelaient hyperémèse gravidique!!
Je venais de découvrir ce dont j’avais souffert … j’ai donc commencé mes recherches sur internet et je suis tombée sur le blog « 9 mois avec ma bassine ».
Je me suis sentie soulagée de mettre enfin un terme sur ce que j’avais vécu … mais j’étais choquée qu’aucun médecin ne m’en parle bien que j’avais compris à travers mes recherches que ce n’était pas une pathologie reconnue et connue.
La suite de ma grossesse s’est bien passée mais j’ai pris presque 30 kilos. A cause de la famine, mon corps a stocké pour anticiper une éventuelle nouvelle famine. Je ne sais pas si cela a un lien avec l’HG mais j’ai accouché à J+3 par césarienne après 3 échecs de déclenchements.
Pendant des années, je ne voulais pas d’autres enfants à cause du traumatisme de l’HG mais l’horloge biologique et le désir de ne pas laisser mon enfant unique ont pris le dessus.
Je suis tombée enceinte de nouveau en Janvier 2020. Très vite, les nausées sont arrivées et elles étaient permanentes. Les vomissements sont aussi arrivés, et ils étaient bien plus violents que dans mes souvenirs. Mon médecin traitant m’a mis en arrêt avec des médicaments standards mais cela n’a fait aucun effet. Elle a décidé de m’hospitaliser. J’avais perdu 7 kilos en une semaine.
Cette hospitalisation a été catastrophique. C’est encore très difficile pour moi d’en parler car je suis tombée sur un corps médical malveillant. Je suis sortie contre avis médical à cause d’une sage-femme odieuse qui m’a accusé de manger en cachette, qui en passant devant ma chambre disait qu’elle aimerait bien que tous les patients soient aussi sympathiques que ceux de la chambre à côté de la mienne … ils ont voulu me donner un rdv psy bien que je leur disais que ce n’était pas une pathologie psychiatrique … J’ai eu le droit à un traitement moral inhumain … et puis ce protocole à nous placer dans le noir, sans manger etc … nous ne sommes plus au temps de Charcot qui traitait l’hystérie de cette façon … Bref, la perfusion me faisait du bien, mais le moral n’était plus là. J’étais révoltée par cette prise en charge inadaptée et malveillante
A la sortie de mon hospitalisation et dans les heures qui ont suivi … tous les symptômes sont revenus. Ce qui a accentué mon mal-être psychologique car finalement, il n’y avait aucune solution. Je me suis sentie seule face à un monde médical ignorant. Je n’avais plus la force physique et psychologique pour supporter mon état. Je voulais que ça s’arrête. J’ai donc décidé de mettre fin à ma grossesse contre l’avis de mon conjoint. J’ai fait une IVG quelques jours avant le confinement général. Je n’en avais aucune envie mais je n’avais pas le choix. C’était le fœtus ou moi.
Je n’ai pas regretté mon choix parce que je savais que j’étais à bout de ce que je pouvais supporter. C’était comme un instinct de survie.
J’envisageais même de me faire ligaturer les trompes pour ne plus jamais revivre cela, mais l’envie d’un deuxième enfant a été plus forte que tout.
J’ai donc pris les devants et je suis allée voir mon médecin traitant en lui faisant promettre de me prescrire du *** si je retombais enceinte.
Après consultation du Vidal, elle m’a dit que ça serait possible à partir de la 10ème semaine de grossesse.
Je suis tombée de nouveau enceinte en Décembre 2020. J’ai dû supporter les premières semaines où bien sûr tous les symptômes sont revenus, mais je tenais car je savais que j’aurais du *** bientôt … C’était mon dernier espoir de pouvoir mener une grossesse à son terme.
Mon médecin m’a donc fait cette ordonnance spéciale et j’ai commencé la prise de ce médicament dit miracle mais il a commencé à agir une bonne semaine plus tard … mais le miracle est arrivé … j’ai pu revivre et retrouver une vie normale. Vie tellement normale que par moment, j’oubliais de le prendre et les vomissements revenaient comme une piqûre de rappel … J’ai arrêté progressivement le traitement jusqu’à la fin du 4ème mois.
Le reste de ma grossesse s’est plus ou moins bien passé … j’ai repris 30 kilos et cette fois-ci, j’ai dû supporter les remarques des sages-femmes sur cette prise de poids, j’ai dû faire une biopsie à cause de la clarté nucale un peu trop épaisse à leur goût … puis, il y a eu un avertissement sur le manque de liquide amniotique à l’écho des 6 mois … alors que finalement, c’était juste un « gros » bébé qui était en train de grandir dans mon ventre… poids estimé à terme 4,7 kg.
Nous avons donc programmé une césarienne trois semaines avant le terme.
Aujourd’hui, je suis la maman comblée d’un grand et d’un petit garçon, et je ne retenterai plus de nouvelle grossesse. Cela a été un long parcours assez amer malgré tout, et je souhaite vivement que les recherches médicales avancent le plus vite possible pour permettre une prise en charge efficiente et bienveillante à toutes les femmes victimes de cette pathologie.
Je tiens par ces derniers mots à vous remercier pour l’existence de cette association qui permet à de nombreuses femmes de ne pas se sentir seule face à cette pathologie.
