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Témoignage de Marie

Témoignage déposé le 06/02/2022

 

Pour moi tout a commencé il y a 11 ans : je suis tombée enceinte à 19 ans d’un bébé surprise au bout de 2 ans de relation avec mon conjoint. Un contexte familial compliqué, bref ce bébé est venue combler nos vies et nous étions prêts à l’accueillir avec bonheur.

Très tôt les symptômes ont commencé. Je dirais au bout de 6 SA, et ça a été très vite l’enfer : de très violentes nausées et vomissements ainsi que des brûlures atroces d’estomac, une douleur qui n’est même pas comparable à une gastro déjà bien carabinée, et non c’est bien pire et ça dure jour et nuit, 24h sur 24. Pour mon cas je ne dormais plus, rien ne passait même pas l’eau. Je rejetais tout dans la seconde…  C’était ma 1re grossesse alors j’écoutais tout ce qu’on me disait que ce soit le corps médical : gynécologue, médecin traitant, et la famille… Pour eux c’était normal ça arrivait à beaucoup de jeunes mamans en début de grossesse et ça passerait au second trimestre, mais ma conviction était plus forte que ça. Je n’imaginais pas que toutes les femmes enceintes pouvaient être dans cet état j’avais jamais entendu ou vu des personnes enceintes vivre cette enfer à ne plus se nourrir, se laver, s’habiller, rester debout sans s’écrouler de douleurs de fatigue, à vomir sans arrêt des journées et nuits entières et cela pendant des mois entiers ! Mais je n’avais pas la force de me battre contre tout ça ou essayer de comprendre. Mon combat était de tenir jusqu’à la naissance de mon bébé et espérer qu’il ne puisse rien lui arriver car la culpabilité d’être en mauvaise santé nous culpabilise forcément pour celle de notre bébé. J’ai surmonté tant bien que mal ça jusqu’au 4e mois de grossesse où tous les vomissements se sont arrêtés, mais le corps lui en a pris un sacré coup et il m’a fallu beaucoup de courage pour remonter la pente et tenir jusqu’à la fin. Fort heureusement la force de voir mon bébé grandir et entendre son petit cœur battre nous a donné une force immense ! Je tiens à préciser que je ne connaissais absolument pas l’hyperémèse gravidique, je n’ai donc pas été diagnostiquée pour ma 1re grossesse. Jamais l’hypothèse d’une hyperémèse gravidique ne m’a été donnée par mon gynécologue, j’ai donc sous-estimé tout ce que j’avais pu vivre et je me suis dit peut-être que pour mon cas le 1er trimestre avait était un peu plus contraignant que pour d’autres mamans …

4 ans plus tard l’envie pour moi et le papa de vouloir un deuxième petit bout nous rattrape et dans ma tête les souvenirs terribles du début de 1re grossesse me reviennent et la curiosité mélangée à la peur de revivre la même chose me rattrape. Je décide donc de consulter internet et là je retombe sur le mot hyperémèse gravidique. Tous les symptômes me font penser à ce que j’ai vécu mais je me dis que ça touche 1 % des femmes pourquoi moi j’en ferais partis « arrête de te faire des idées »… et nous voilà repartis pour une deuxième grossesse. Un bébé voulu tellement voulu, test de grossesse positif à 3SA et déjà l’enfer recommence : terribles vomissements jours et nuits, l’estomac brûle de l’intérieur, tout se tord, je ne peux plus boire ni manger, tout est rejeté. Plus aucune odeur ne passe, je reste allongée des journées et nuits entières, je n’ai plus la force de m’occuper de mon fils, mon conjoint me vois dépérir de jours en jours… Ma seule sortie se réduit à la visite de bébé en maternité, en me faisant violence car je n’ai plus la force de me lever du lit. Je perds 10 kilos en 3 semaines, je passe de 48 à 38 kilos. J’ai la peau sur les os. Mon mari fera tout ce qu’il pourra pour me soulager, me soutenir, m’aider à me battre, mais nos proches sont impuissants tout comme nous face à l’impossibilité de comprendre ce qui nous met dans cet état. Et comme souvent, les seuls à minimiser tout ça c’est bien sur le corps médical toujours pareil : « Madame ce sont les symptômes de grossesse, ça arrive à beaucoup de femmes la perte de poids les nausées, tout ça passera avec le temps »… Mon mari et moi insistons au vu de mon état, je demande si une hospitalisation serait possible. On me dit « Vous savez si je vous hospitalise ça sera un traitement de cheval en perfusion ça n’en vaut pas la peine », alors je repars désespérée et pas écoutée à quoi bon, je ne suis pas prise au sérieux… Par compte pour moi plus de doutes, je suis atteinte d’hyperémèse gravidique, je décide de ne pas en parler à mon gynécologue ni aux sages-femmes, trop peur de passer pour une folle (désolée de l’expression…). J’ai un loulou et je ne veux pas prendre le risque qu’on me l’enlève sous prétexte qu’on estime que je fais un rejet de ma grossesse, je refuse qu’on puisse le penser. Si il savait que la seule chose qui nous tient en vie et nous donne la force de nous battre chaque jour c’est de voir que notre bébé se bat, qu’il grandit en nous, que tout se passe bien pour lui, que fort heureusement tout ce qu’on subit n’a pas d’impact sur sa santé, alors comment on pourrait ne pas nous battre pour lui, c’est notre plus grande force. Tenir et aller jusqu’au bout pour lui, quitte à être seule face à cela !

Je vais donc tenir jusqu’au quatrième mois, où les symptômes vont s’apaiser et finir par disparaître. J’aurai d’autres complications de grossesse. Liées ou pas ? Telle est la question. Car je pense que d’énormes carences liées à la maladie laissent des séquelles à notre corps et peuvent engendrer d’autres conséquences, surtout quand aucun suivi, diagnostic ou traitement n’a pu nous être prescrit…

Je veux porter mon témoignage à toutes celles atteintes de la maladie. J’espère pouvoir libérer la parole, apporter mon soutien et faire en sorte que l’hyperémèse gravidique ne soit plus inconnue aux yeux des professionnels de santé, pour être soignée comme on aurait dû toutes l’être !

J’aimerais souligner les répercussions psychologiques et physiques notamment. Pour mon cas : désirer un troisième bébé mais avoir peur de me dire que ça serait égoïste de ma part d’imposer ma maladie à mon mari et mes enfants. Car oui, celle-ci revient à chaque grossesse malheureusement… Elle laisse des traces et des séquelles à vie. C’est un traumatisme que d’avoir eu cela à vivre seule et sans compréhension, d’avoir été jugée, critiquée, sans même essayer de nous entendre et de nous comprendre. Je voudrais qu’on mesure la force surhumaine dont on a fait part, je voudrais que tout le monde sache à quel point nous avons été fortes, je voudrais que jamais plus on ne doute de l’amour inconditionnel que nous portons à nos bébés et que cela ne puisse plus jamais être remis en cause. Et ne plus mettre en danger nos bébés et nos vies, tout ça au prix d’une maladie trop souvent sous-estimée et trop peu connue.