Témoignage déposé le 21/01/2022
Avril 2017, pas de règle, test de grossesse positif ! Youhou, je suis heureuse comme jamais et l’annonce à mon conjoint. Les 1ères semaines se passent et voilà que les nausées se profilent : normal dirons-nous, c’est ça la grossesse… Puis à ces nausées quotidiennes viennent s’ajouter les vomissements plusieurs fois par jour, les dégoûts, les odeurs et tout cela s’intensifie tellement que je n’arrive plus à me nourrir…J’enchaine les malaises, le manque d’énergie se fait sentir ! Mon obstétricien trouve cela normal, me dit que ça va passer. Une amie pharmacienne va me donner de la dompéridone qui va enfin m’aider à ce que je puisse me nourrir un peu ! Au bout du 4ème mois, tout cela s’estompe…Je vogue sur le net et trouve votre association, je mets des mots sur les maux et comprend ce que j’ai vécu !
Avril 2020, après 6 mois d’essai, je suis à nouveau enceinte ! Cette fois-ci blindée par cette première expérience, j’entame ma grossesse sereine sans penser que çà pouvait être pire que la 1re fois. Je me vois même espérer pouvoir vivre une grossesse simple. 5e semaine de grossesse, les nausées débarquent ! Le cauchemar commence, d’abord le matin, puis le soir, puis toute la journée. Les vomissements se mettent en route, 20/30/50 fois par jour. Je consulte mon médecin qui me prescrit du donormyl. Je le prends mais pas d’amélioration. Je n’arrive plus à me nourrir, je n’arrive plus à garder quoi que ce soit. A cela s’ajoute la culpabilité de ne pas pouvoir m’occuper de ma 1ère princesse qui me voit malade du matin au soir, accrochée à mes WC ou mon fauteuil. C’était sans compter ce fameux confinement dû à la Covid, ou personne ne peut venir t’aider etc…Je perds du poids, presque 10kg en 1 mois. Je sens mes forces me quitter, je me sens partir. Je vomis du sang, les douleurs sont horribles. Mon corps se dérègle totalement : la thyroïde, le diabète gestationnel (on me demande de suivre un régime sans sucre alors que je suis incapable d’avaler quoi que ce soit). Je n’en peux plus de tout cela, je me demande pourquoi j’ai voulu d’un 2ème enfant. Nous envoyons ma 1re fille chez mes beaux-parents pour qu’ils puissent s’occuper d’elle et moi je demande à me faire hospitaliser. Je suis perfusée, pas le droit à de visite, on me dit que le mieux est de me mettre dans le noir sans aucun divertissement mais les vomissements continuent. Je pleure du matin au soir. Je suis suivie par une psychologue qui me fait faire des séances de relaxation, qui me fait verbaliser. J’en suis tellement à bout que j’envisage l’avortement. Même si toute ma famille et mon conjoint voient ce que je subis au quotidien, ils ne me comprennent pas ! Je sais qu’il existe un médicament qui pourrait me soulager mais personne ne m’en parle. Je parle à mon gynécologue et lui dit que je souhaite mettre un terme à ma grossesse et là, enfin, il me parle d’un traitement qui fait beaucoup discuter, le zophren, qui est utilisé dans les cas de chimiothérapie, qui soulage réellement les nausées et vomissements mais qui peut provoquer des malformations fœtales. Il m’explique que depuis le temps qu’il exerce et qu’il a prescrit ce médicament dans les cas d’hyperémèse gravidique, il n’a jamais eu aucune malformation. Il veut bien me le prescrire mais veut que je comprenne bien les risques que je prends et qu’il me fait prendre. L’hôpital n’en a malheureusement pas en stock et celui-ci se délivre sous ordonnance particulière. Me voilà à faire mes bagages, tenant à peine sur mes jambes, pour rentrer chez moi et aller chercher le St Graal. Ce médicament a radicalement changé le reste de ma grossesse : pourquoi ne m’a-t-on pas proposé ce médicament plus tôt…La prescription ne se fait que sur 15 jours à la fois, la bataille ensuite auprès des pharmacies, des médecins pour se le procurer…. J’ai pu m’en passer petit à petit pour repasser sur le donormyl jusqu’à la fin de ma grossesse.
Je rêvais d’avoir 3 enfants mais cette 2e grossesse m’a coupé toute envie de revivre cela. Je suis marquée à jamais, il y a des aliments que je ne peux plus voir ou sentir. Je n’imagine même pas tout ce que mon bébé a pu ressentir à l’intérieur de moi quand je disais que je voulais tout arrêter ! J’aime ma 2e fille plus que tout mais malgré tout, il y a cette horrible maladie qui a ruiné les moments qui nous permettent de construire les prémices de la plus belle relation qu’une maman puisse avoir avec son enfant.
Comme beaucoup, j’aurais aimé vivre au moins une grossesse classique. J’aurais aimé ne pas faire vivre cela à mon mari et à ma 1re fille. J’aurais aimé être prise en charge bien plus vite et j’aimerais tellement que le système de santé se penche bien plus sur la prise en charge de cette maladie !
Aujourd’hui, je dois encore faire le deuil de tout cela…Ma relation avec ma 2e fille est particulière et je sais que tant que je n’aurais pas fait le deuil de cette grossesse, de cet accouchement il n’y aura pas d’amélioration. Cette maladie nous détruit physiquement mais le corps s’en remet, elle nous détruit psychologiquement et c’est bien plus difficile à gérer.
Je sais que mon témoignage n’est pas hyper positif mais parmi cette association, j’ai eu des femmes formidables qui m’ont soutenu, qui m’ont dit de m’accrocher et je ne leur en remercierai jamais assez !
Merci de m’avoir lue.
