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Témoignage de Caroline

Témoignage déposé le 02/04/2022

 

Mon histoire commence lors de ma première grossesse. Je ne sais pas encore que je suis enceinte, début juin, et je commence à vomir. Après 15 mois d’essai pour avoir ce bébé je me dis que peut être ça y est ! Les vomissements sont bons signes. Et effectivement, me voilà enceinte. Et les vomissements continuent. Pire que ça, ils ne me lâchent plus. Je travaille dans le milieu hospitalier, je vais vomir en cachette. 8 SA, je ne peux plus le cacher, je vomis tellement ! « C’est normal de vomir, à la fin du 3e mois ça ira mieux », « Tu as essayé le gingembre ? Et l’homéopathie ? ». J’ai tout essayé (acupuncteur, médoc, gingembre, eau citronnée, homéopathie, ostéopathie…) mais rien à faire. J’ai perdu 12 kg les 3 premiers mois. Mon médecin me disait que c’était bien et pas grave, j’ai des réserves. Bon OK. Je n’étais pas si mal que ça mais je n’avais pas d’énergie. Les vomissements ne m’ont pas lâchée durant toute cette grossesse. Je me disais qu’à force d’avoir voulu tomber vite enceinte mon corps faisait un rejet du bébé, que j’étais allergique à la grossesse ! J’ai accouché de mon premier enfant le 19 février, j’ai vomi ce que je pouvais ce jour-là, et puis le repas quelques heures après fut un véritable festin pour moi. Nausées et vomissements disparus. J’ai perdu 17 kg en tout lors de cette grossesse.

Je tombe enceinte une seconde fois en août 2015. Et devinez quoi ? Même combat. Vomissements jour et nuit 7 jours sur 7.

Même discours des médecins, ce n’est pas grave, vous avez des réserves, votre enfant va bien, pas de soucis. (Et moi, j’ai le droit de dire que je ne vais pas bien ? Non ?! Ah pardon…). J’ai accouché le 27 avril de mon deuxième enfant, 2 heures après je mangeais sans vomir ! Décidément je suis bizarre moi avec mes grossesses… -12 kg pour celle-ci !

Et en août 2019, test de grossesse positif, je me sens en super forme les 2 premières semaines !!!! Youpiiii. Ah Nan. 5 SA premier vomissement à 9h, puis 9h15 puis 9h20. C’est reparti ! Je vomis comme jamais, honnêtement. A 8 SA j’ai déjà perdu 7 kg !!! Je vais au travail mais je suis épuisée. Et voilà qu’un matin en me levant, hop, le trou noir. Mon corps est à bout et lâche. Mon conjoint m’amène chez le médecin, c’est une jeune interne. Elle m’ausculte et me dit qu’elle va demander un avis à une consœur aux urgences. Et là, pour la première fois j’entends ces deux mots : hyperémèse gravidique. Je rentre, me mets au lit, je pleure parce que mon conjoint m’apporte un petit gâteau en me disant qu’il faut que je mange. Et je pleure, je pleure en regardant sur internet ce qu’est l’hyperémèse gravidique. Non je ne suis pas folle. Non ce n’est pas dans ma tête, non ce n’est pas moi qui me force à vomir. Je suis atteinte de cette maladie ! Quelques semaines plus tard, je suis hospitalisée pendant 5 jours. On me shoote d’anti-vomitif qui me font à moitié délirer et dormir. Les médecins et sages-femmes me demandent si je veux voir une psy, « parce que tout ça c’est dans votre tête madame ». Et puis « c’est bon, vous êtes à 12 semaines, vous êtes presque guérie ». Je suis sortie sans traitement. J’avais espéré avoir du Zophren mais « noooon ce n’est pas recommandé pour vous madame ». Le donormyl m’a accompagnée durant toute ma grossesse. Un dimanche soir, après avoir mangé 3 cuillères de pâtes, j’ai été prise de violents vomissements, à tel point que je me suis demandé s’il était raisonnable de garder ce bébé… Pour la première fois j’ai pensé à l’ivg. J’étais dans un état lamentable, incapable de m’occuper de mes deux grands de 5 et 3 ans, qui me voyaient vomir tous les jours. J’ai tenu le coup, j’ai gardé ce bébé. Ça a été la pire de mes 3 grossesses. Je n’ai perdu que 11 kg mais physiquement et psychologiquement ça a été une dure épreuve.

Le manque d’information des professionnels de santé est le pire. Ils nous prennent pour des folles. J’ai pu me rendre compte avec votre association et deux groupes sur les réseaux sociaux que nous sommes nombreuses à vivre cette maladie. Et nous avons toutes du mal à trouver des gens qui nous comprennent et qui veulent nous donner les traitements adéquats. Au cours de ma dernière grossesse j’ai eu la chance de rencontrer une sage-femme en or, qui elle connaissait bien l’HG. Mais j’étais à 8 mois de grossesse et c’était « trop tard ». Mais elle a su m’écouter et m’apporter son soutien et ça, c’est rare.

C’est maintenant, en écrivant tout ça que je me rends compte de ce que j’ai accompli. Trois grossesses HG pour avoir 3 enfants merveilleux. Le combat est dur mais il en vaut la peine. Je n’ai jamais été aussi heureuse que maintenant. Et grâce à cette interne, qui m’a dit le nom de cette maladie, je sais que les bébés ici, c’est fini !

Battez-vous les filles pour que cette maladie soit reconnue aux yeux de tous, il ne faut pas lâcher et en parler !