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Témoignage de Anastasia

Témoignage déposé le 17/09/2022

 

Cela fait un petit moment que je souhaite écrire mon témoignage. Mon fils va bientôt avoir 6 mois, c’est le temps qu’il m’a fallu pour accepter et digérer une grossesse et un accouchement difficile.

C’est ma deuxième grossesse, j’ai fait deux fausses couches et une stimulation via la PMA avant de tomber enceinte. Je suis très vite malade avec des nausées qui ne partent pas et des vomissements. Mais « c’est normal », c’est le début !

Les premiers mois, la journée, j’arrive à m’alimenter malgré les nausées. J’ai quelques vomissements mais je gère, luttant contre mon corps à chaque instant. Mes nuits sont, elles, terribles, je les passe à vomir, vomir, vomir. Je perds 5kgs très vite mais comme j’arrive à manger un petit peu en journée, mon poids fait le yoyo. Je n’arrive cependant pas à aller dans le positif. Mon médecin forme des internes donc à chaque rdv, j’ai une personne différente et on essaye un nouveau traitement ; gingembre, vogalène, primpéran, cariban 1/jour… Rien n’y fait, ma sage-femme de l’époque me met la pression, il faut que je prenne du poids absolument, que je mange ça va passer. Je connais l’HG mais je ne me sens pas légitime dans cette maladie comme je mange un peu.

Je « tiens » comme ça pendant 6 mois, prenant sur moi, faisant bonne figure. Je ne supporte aucune odeur, être entourée de personnes est un calvaire. Peu de personnes comprennent, cet état de dégoût constant, on le comprend uniquement si on le vit. J’ai vomi dans des tas d’endroits, je ne compte pas le nombre de fois où je me suis arrêtée en bord de route. Toujours accompagnée de sacs plastiques et de lingettes. Parfois même, l’odeur de mon fils de 2 ans m’est insupportable, j’ai de plus en plus de mal à m’occuper de lui. Je ne lui fais plus manger, ne lui donne plus son bain. La culpabilité m’envahit.

Et puis vient le premier gros pic, je suis à 27 SA, je vomis tout ce que j’avale pendant 3 jours. Pour une gorgée d’eau je peux vomir une dizaine de fois. Je suis à quasiment 100 vomissements jour et nuit. Le jour des 2 ans de mon fils, mon conjoint fini par appeler le 15, je refuse d’être hospitalisée c’est bientôt noël. Avec le médecin du 15, un protocole est mis en place afin que j’essaye de me réhydrater, je l’aurais toute la journée au téléphone en suivi.

Contre toute attente, je finis par réussir à boire et à grignoter. Les fêtes passent, je continue d’ignorer mon corps, je mange, je bois, je vomis, ne dort quasiment pas. Je repousse toujours un peu plus mes limites. Jusqu’à ce nouveau pic, je suis à 29 SA, et je ne peux strictement rien avaler, pourtant les vomissements continuent, incontrôlables comme des spasmes. Ce coup-ci j’ai affaire à mon médecin et elle décide de m’hospitaliser d’urgence. Je tiens à peine debout, mes constantes sont mauvaises, je suis à – 10 kg. J’arrive à l’hôpital en état de déshydratation sévère, une sage-femme me pose quand même la question « cette grossesse est désirée ? » avec mon dossier PMA en main ! J’y reste une semaine, le zophren me fera revivre ! Malheureusement, je ressors avec 3 primpéran par jour, et deux jours plus tard c’est reparti.

Mon médecin décide donc de me perfuser à domicile du primpéran et de me donner la dose qu’il faut de cariban. Cela me permet de rester hydratée jusqu’à la fin de ma grossesse, je bois peu, ne mange quasiment pas, j’ai les bras couverts de bleus, mais je suis chez moi. Je vois très peu de personnes, je suis l’ombre de moi-même, attendant avec impatience ma délivrance. Le groupe, à travers les nombreux témoignages, m’aide à me sentir moins seule. Je vomis 5 à 10 fois par jour jusqu’à mon accouchement. Je m’habitue à la faim, mais mourir de soif est un sentiment horrible. Mon conjoint est devenu mon aide à domicile, obligé de tout gérer, parfois de me doucher. Je n’oublierai pas les larmes de ma maman lorsque pour m’aider à me doucher, elle découvre mon corps amaigri, ni le regard de mon fils quand « je tousse », ni la tristesse dans les yeux de cette amie qui se sent démunie face à mon état qui se dégrade. Tellement difficile pour ceux qui nous entourent.

Et puis enfin, le jour de mon accouchement, les contractions me font vomir, je suis à – 12 kg. Malheureusement, cela ne se passe pas comme je l’avais imaginé. Mon corps bien trop faible m’a littéralement lâchée. Après un séjour en réanimation je retrouve mon bébé. Viens ensuite le temps de la reconstruction. Je souhaite tellement de courage à celles qui vivent l’HG en ce moment.