Témoignage déposé le 05/02/2026
J’ai connu votre association grâce à une amie, et je tenais à vous remercier de tout ce que vous faites pour ces femmes qui comme moi connaissent des grossesses compliquées. Mais aussi de porter la parole, et sensibiliser les gens à l’hyperémèse gravidique encore trop méconnue, et trop négligée.
Je m’appelle Sophie, j’ai 30 ans et j’ai accueilli mon premier enfant le 23 décembre pour notre plus grand bonheur .
Tout à commencé quand j’ai appris ma grossesse fin mars 2025.
C’est une immense joie, ce projet bébé nous le désirons de tout notre être et par chance je tombe enceinte du premier coup.
Début de grossesse plutôt paisible hormis la fatigue, des vertiges et quelques vomissements de temps en temps principalement le matin.
Au petit matin du 19 Mai, je suis alors à 9SA, je me lève dans un bain de sang, c’est la panique totale. Je m’imagine le pire scénario, complètement décomposée. Nous filons dans l’heure qui suit aux urgences. Une fois sur place je suis prise en charge par une superbe équipe qui m’apprend que je fais un décollement placentaire de plusieurs millimètres. C’est le choc, mais je suis rassurée, bébé va bien.
Je rentre chez moi, je me mets à vomir, beaucoup, toute la journée.
Je mets ça sur le compte du contre coup et surtout du début de grossesse classique.
Suite à ce décollement j’ai été mise en arrêt de travail totalement pour tout le restant de ma grossesse, j’étais loin de penser que ça serait une bénédiction fasse à tout ce qui allait m’attendre par la suite.
Le lendemain matin, je me lève : je vomis, et ça toute la journée. Puis le lendemain, et surlendemain ..
Je commence à être épuisée physiquement, je me mets à perdre du poids à vue d’oeil, et niveau alimentation tout m’écoeure, je ne mange quasiment plus, et le peu que j’avale je le vomis. Les journées se suivent et se ressemblent.. je n’arrive même pas à sortir un peu, même les quelques balades autour de chez moi je vomis, je passe mes journées sur le canapé avec ma bassine.
Très vite je suis mise sous Doxylamine + Pyridoxine que j’avais déjà au préalable commencé mais pas en systématique, mais qui depuis est devenu une nécessité.
(…), je vomissais plus de 10 fois dans les journées les plus compliquées.
Début août, deuxième coup dur, à cause de l’alitement dû aux vomissements / nausées et au manque d’énergie, je fais un début de phlébite, nous sommes en plus en pleine canicule. Je souffre énormément, je porte des bas de contention nuit et jour, ça me serre et me tient chaud. Je fais des malaises d’épuisement.
Je commence à être l’ombre de moi même, je n’ai plus d’énergie. Par chance, mes proches me sont d’une immense aide au quotidien.
Je suis actuellement à 5 mois et je vomis toujours autant tous les jours ..
On avait de cesse de me répéter que sa s’arrêterait à la fin du premier trimestre, mais pas dans mon cas ..
Tout commence à devenir un enfer, les odeurs, l’effort, la voiture que je sois conductrice ou passagère, la chaleur, la vue de certains aliments, je ne peux pas me déplacer à l’extérieur sans une poche plastique ou une bassine.
Je suis suivie tous les mois par une sage femme et un gynécologue qui sont tous deux assez démunis face à mon état, ne trouvant pas de solutions à mon hyperémèse gravidique..
Je suis toujours “sous” Doxylamine + Pyridoxine depuis le mois de juin, ce qui représente 1 boîte tous les 4 jours environ, à raison de 30 euros la boîte non remboursée. Financièrement je commence à connaître des périodes très compliquées. Mais je m’accroche, c’est pour la plus belle des raisons, et des jours meilleurs viendront.
Le mental commence à flancher, les portes de la dépression prénatale ne sont pas loin, mais je tiens bon, toujours soutenue par mon conjoint et mes proches.
Je commence à culpabiliser vis-à-vis de bébé, je ne me nourris quasiment pas, j’ai peur qu’il ne grandisse pas bien, d’autant qu’à ce moment-là nous apprenons qu’il a une malformation rénale : une dilatation pyélo-calicielle. C’est la double culpabilité.
Ma gynécologue me rassure, le corps est très bien fait, car notre petit bonhomme est même au dessus de la courbe en poids comme en taille .. c’est un soulagement
Début octobre, début du 3eme trimestre, je vomis toujours autant et tous les jours.
Les journées commencent à devenir longues. À ce moment-là, je me fais une raison : je vomirai jusqu’à l’accouchement, et psychologiquement j’étais préparée.
Dimanche 21 décembre, 22h je commence à avoir des contractions. Au début supportables, mais qui rapidement me font vomir. J’ai réussi à dormir seulement 1h cette nuit là.
Lundi 22 décembre, 6h du matin, je fissure la poche des eaux, et les contractions commencent à être de plus en plus rapprochées et surtout très douloureuses.
Je me rends aux urgences maternité à 9h, avec ma bassine car je vomis en chemin à cause de la voiture, tout ça avec des contractions toutes les 3 minutes.
Je ne savais alors pas à ce moment-là que le travail durerait 44h.
Je suis exténuée, et même à jeun, je vomis toujours. La journée de lundi et la nuit de lundi à mardi je les passe avec d’atroces contractions. À ce moment-là la péridurale n’est toujours pas possible, j’ai un col défavorable malgré des contractions régulières.
Mardi 23 décembre 8h, malgré un col toujours défavorable on me pose la péridurale, c’est un soulagement. Mais très vite je mets à nouveau à vomir sous les effets de l’anesthésie.
18h tout s’accélère, bébé ne descend pas, il est en position traverse: césarienne en urgence.
Prise de panique, d’appréhension, je suis anéantie face à ce dénouement et surtout terrifiée de devoir partir en opération.
Pendant la césarienne je ne fais que vomir à cause des anesthésiants à forte dose.
L’équipe médicale est juste géniale, et surtout d’un immense soutien mental.
Bébé né à 18h55, très vite ils le sortent du bloc opératoire à cause du peu de température dans la pièce. Quelques minutes plus tard, mon conjoint peut enfin venir me voir avec notre petit bonhomme pour me le présenter. Ce moment suspendu et de bonheur aura été de courte durée, ma tension chute, je fais une hémorragie du placenta, très vite ils sont sortis de la pièce.
Je suis vidée, mentalement comme physiquement, je n’ai pas pu faire de peau à peau et pas pu voir mon bébé (seulement 2 minutes). C’est un nouveau coup dur.
Une fois l’intervention finie, je pars en salle de réveil pendant 2h30. Le temps est très long loin d’eux. Je vomis toujours du contre coup de l’opération, mais petit à petit les nausées finissent par disparaître.
Le lendemain, mes vomissements ont totalement disparu.
Aujourd’hui nous sommes heureux et comblés, notre petit Gaspard est notre plus belle fierté. Il se porte à merveille. Sa malformation est rentrée dans l’ordre, aucune intervention n’est finalement envisagée, un simple suivi suffit.
Nous pouvons enfin profiter sereinement de ce bonheur à 3.
Aujourd’hui je suis reconnaissante de mon parcours, et malgré cette grossesse compliquée, j’ai aimé être enceinte et porter la vie.
J’ai perdu 12kg que je n’ai aujourd’hui pas repris.
En faisant ce témoignage je tiens en premier à surtout à remercier mon entourage, nos familles respectives et mon conjoint et moi même, ainsi que mon entourage amical, qui a tout simplement joué un rôle pondérant. Ils ont tous été en or et d’une aide précieuse que ce soit mentalement, ainsi que pour les tâches du quotidien,
Ils ont accompagné mes journées, c’était peut-être pas grand chose pour eux, mais pour moi ça a été un tout.
Mais aussi pour sensibiliser.
Les personnes extérieures ne se rendent parfois pas compte de tout ce qu’on peut traverser, de l’importance d’un simple mot gentil, d’un petit message pour demander des nouvelles. L’importance d’avoir un petit peu de soutien.
La grossesse est souvent une période durant laquelle on peut se sentir profondément seule, et encore plus quand elle est couplée à des complications quotidiennes telles que l’hyperémèse gravidique. Un rien peut être un tout dans ces moments-là. La vie est une continuité, chaque jour qui passe est une expérience unique, un défi différent, un apprentissage de la force.
