Témoignage déposé le 04/02/2026
Le 10 juin 2024, jour de la fête des pères, j’apprends que je suis de nouveau enceinte. J’ai déjà une fille de 12 ans et une autre de 18 mois. Mon chéri et moi désirons cet enfant ; tout avait été calculé et planifié. Nous étions si heureux. Cependant, je savais que je ne devais pas m’emballer tant que la confirmation à l’hôpital n’était pas faite, car j’avais déjà rencontré des difficultés de conception dans le passé.
Le temps passe, et je ne peux obtenir un rendez-vous qu’à 12 semaines d’aménorrhée. Malheureusement, contre toute attente, cette merveilleuse nouvelle se transforme en cauchemar. Tout devient difficile : je peine à manger, je me sens faible et j’ai des nausées intenses. Très vite, je commence à vomir, et mes nausées sont si fortes qu’il m’est impossible de sortir du lit. Je vomis presque 15 à 20 fois par jour.
Quelques jours plus tard, mon état s’aggrave. Je n’arrive plus à manger ni à boire. Rien que penser à l’eau ou à la nourriture me fait vomir, alors que j’ai une faim et une soif insatiables. Nous sommes en été, et je me sens déshydratée, alors que j’ai froid. Enfin, vient mon rendez-vous médical, où tout se confirme. Le médecin me prescrit de la doxylamine et de la pyridoxine à prendre au coucher. Malheureusement, il n’y a pas d’évolution. Je me rends à l’hôpital pour détresse, et là, j’apprends que j’ai perdu 11kg en 3 jours. Je peine à marcher, je n’ai plus d’énergie.
On me prescrit un anti nauséeux associé à la doxylamine, et la dose est triplée. Ma bassine m’accompagne dans chaque pièce de la maison, même à l’hôpital. Je suis en détresse, je ne cesse de pleurer, je suis anxieuse. Je consulte de nouveau, et ma gynécologue me diagnostique une hyperémèse gravidique sévère. Tout devient sombre. J’ai des idées noires, et tout ce que je veux, c’est rester couchée dans le noir, déconnectée de tout. Je demande à mon chéri de changer les rideaux de la chambre et les couvertures ; je veux tout en noir, et il respecte mon souhait.
Je me tourne vers des alternatives à la médecine, désespérée de trouver une solution miracle qui me permettra de me sentir mieux. Je rencontre un acupuncteur, je fais des séances d’ostéopathie et de physiothérapie. Finalement, je rencontre un psy qui m’aide à me sentir mieux. Il met des mots sur mes maux, car il comprend ma douleur. Je vis une véritable dépression prénatale.
Les jours passent, mais rien ne change. Je vomis toujours au moins 15 fois par jour, je pleure, tout m’énerve. Je suis dépendante ; je n’arrive à rien faire par moi-même : me doucher, me brosser les dents, cuisiner, manger… C’est mon chéri qui s’occupe de tout. Il a été d’un soutien extraordinaire, m’encourageant à tenir bon.
Il faut aussi gérer ma petite coco de 18 mois, qui ne comprend rien de ce que vit sa maman. Je vois mon chéri garder le moral malgré l’épuisement sur son visage, et la tristesse et la peur sur le visage de ma fille aînée. Tout se multiplie : ma bouche est pâteuse, les odeurs de la cuisine, de la salle de bain, du salon deviennent nauséabondes. La seule pièce où je ne perçois pas d’odeur, c’est ma chambre.
Des dépenses à hauteur de 2000 € dans les traitements alternatifs et à gérer les conséquences liées à l’HG n’ont abouti à aucune solution. Je me sens destinée à vivre de cette façon. Ma seule consolation est de cocher les cases sur le calendrier, en attendant avec impatience la fin de cette épreuve. Je n’ai plus de vie ; je suis enfermée dans ma chambre, à regarder le plafond. Je ne veux échanger avec personne, la moindre chose m’irrite. C’est une épreuve tellement difficile, et je ne souhaite qu’une seule chose : que cela s’arrête.
L’hyperémèse gravidique (HG) me vole des moments précieux de ma grossesse, ma vie de famille et ma relation de couple. De cette grossesse, je ne garde pas vraiment de beaux souvenirs. Bien qu’après mes 28 semaines d’aménorrhée (SA), le calme soit revenu, j’ai vécu des épisodes de dépression et j’ai dû assumer les conséquences de cette HG : déchaussement dentaire dû à l’excès de vomissements, perte de deux dents, et je n’avais pas droit aux antalgiques, ce qui m’a obligée à affronter la douleur. J’ai également souffert d’anémie et d’un début de tension gravidique. Pour couronner le tout, à 35 SA, je suis tombée sur neuf marches d’escalier, ce qui m’a rendue anxieuse, car mon accouchement était prévu par césarienne (ma troisième césarienne). Cela a compliqué les choses, car mon col s’est ouvert et j’ai commencé à avoir des contractions. Il fallait tout faire pour que le bébé arrive à 39 SA. Heureusement, les choses se sont finalement terminées.
J’ai parlé à mon bébé, lui disant que je l’aimais et que j’avais affronté tout cela pour elle.
Le 2 février 2025, ma fille est enfin née. Kyra Noa. Dans ses petits yeux, je vois la lumière et la femme forte qu’elle deviendra, car elle a su s’accrocher malgré la tempête. Je verse des larmes mitigées, car je compte enfin revivre après neuf mois où j’étais littéralement éteinte. J’ai hâte de rattraper le lien que je n’ai pas pu établir pendant la grossesse, de profiter de chaque moment de ma vie de famille, surtout avec mon chéri et mes filles.
Bien que je ne sois plus capable de recommencer, je souhaite que la science puisse trouver des solutions et des alternatives à l’HG, et qu’elle reconnaisse la légitimité de cette souffrance. Peu de personnes sont au courant de ce que j’ai vécu, et celles qui traversent cette épreuve sont très peu comprises et soutenues. Je tiens à remercier l’association et le groupe Facebook qui m’ont été d’un grand secours et d’un réconfort. Vous m’avez fait comprendre que je n’étais pas seule et que ce que je vivais était normal. Mille fois merci pour votre combat.
