Témoignage déposé le 29/06/2024
J’ai appris ma grossesse lors d’un événement familial, c’était une vraie surprise car souffrant d’endométriose les chances étaient minces dans mon cas. J’ai tout de suite été super heureuse, émue et la réaction très positive de mes proches m’a conforté dans cette joie, ce bébé est arrivé comme une bénédiction dans ma famille.
J’ai découvert cette grossesse en allant faire un test car j’avais de fortes nausées en permanence et des vomissements. Au fil des semaines, les vomissements se sont amplifiés. Je passe une écho de contrôle mais l’on ne voyait pas encore l’embryon dans la poche. Quelques semaines plus tard nous le voyons enfin, lui et son petit cœur j’en pleure de joie et je commence également à parler des symptômes de nausées et des vomissements qui augmentent, on me répond alors que c’est normal c’est le premier trimestre.
Le papa du bébé finit par me quitter car se rend finalement compte qu’il ne se sent pas prêt à être père, je retourne donc vivre chez ma maman.
Mon état se dégrade, je ne peux plus me lever du lit, je ne supporte plus aucune odeur, même le fait de relever ma tête me fait vomir. Je vomis quasiment en permanence jusqu’à vomir du sang, je n’arrive plus à m’hydrater ni à manger.
Je commence alors le marathon des hôpitaux de ma région où l’on me prescrit des médicaments malheureusement inefficaces sur moi. Je commence à désespérer, je ne sais pas ce qui m’arrive et j’ai peur.
Je ne supporte plus mon état et je me rend une nouvelle fois à l’hôpital où il est prévu que j’accouche et là je vis un calvaire. Je sens que je dérange, la gynécologue de garde me parle très sèchement, me dit que c’est normal que ça ne passe pas, que c’est psychologique sûrement à cause de l’histoire avec le père du bébé et après un examen sans aucune délicatesse par voie basse ou elle m’a fait mal entre deux soupirs elle me dit que » le bébé va bien c’est tout ce que je vérifie, vous pouvez rentrez chez vous, inutile de venir tous les 4 matins ». Je m’effondre en sortant.
Je revois le gynécologue qui me suit pour ma grossesse et le même discours » Vous vomissez votre bébé, ça ira mieux quand vous l’aurez accepté, il faudrait voir un psy ». Ma mère qui m’accompagnait à ce moment-là a du coup conclu que le médecin avait sûrement raison, elle qui n’avait jamais vécu ça durant ses grossesses.
Je me suis dit que je devenais folle, pourtant j’aimais mon bébé mais je ne supportait plus cet état et je sentais au fond de moi que le problème était bel et bien physique. A la maison je vis un calvaire, on me fait culpabiliser de mon état, je ne peux plus me reposer comme j’aimerais car le gynécologue à était clair, le problème était dans ma tête et qu’il fallait que j’y mette du mien. Même lorsque je vomis, on me dit qu’il faut que j’arrive à me détendre, que j’irai mieux quand dans ma tête ça ira mieux…
Mon état se dégrade et je finis hospitalisée une première fois dans un hôpital à deux heures de chez moi. Là- bas on pose un nom sur ma pathologie, l’hyperémèse gravidique. On me perfuse sous métoclopramide mais je ne supporte pas les effets secondaires du médicament, en revanche on me le laisse car je vomis beaucoup moins. La bas aussi on me dit que l’hyperémèse est déclenchée par un choc psychologique donc je fini par me résigner. Une sage femme me glisse même discrètement que je suis encore dans les délais pour avorter. Je ne lutte plus, je deviens l’ombre de moi-même.
Je sors pour les fêtes de Noël et ce fut également éprouvant, je ne supporte pas de voir autant de nourriture, je continue à beaucoup vomir, le primperan me fatigue énormément et je sens que mon état dérange mes proches car je n’ai pas l’énergie de les suivre dans les sorties, j’ai juste envie de me reposer donc encore une fois on me dit que je n’y met pas du mien. Je termine à nouveau hospitalisée, toujours sous métoclopramide et là je mens pour sortir rapidement car l’hôpital est devenu une grande source d’angoisse. Je leur fait croire que j’ai réussi à manger, je cache la nourriture et fait couler de l’eau au robinet pour cacher les bruits lorsque je vomis dans les toilettes. Je fais croire au médecin que je vais mieux donc je sors.
Je découvre votre association sur Facebook et là je commence à reprendre espoir en lisant les témoignages. J’entends parler notamment de l’ondansétron, j’ai passé le délai où ce médicament présente un risque donc je décide de me rendre une nouvelle fois à l’hôpital et j’en demande au gynécologue que je rencontre, je me heurte à un refus net, je craque complètement et lui dit que dans ce cas je veux avorter car il ne me reste que quelque jours légaux pour le délai et que je ne peux pas vivre ça encore des mois dans cet état. Il me fait passer une écho pour me faire entendre le cœur du bébé, je pleure il me dit que je n’ai pas envie au fond d’avorter et me renvoie chez moi avec de la doxylamine bien que j’ai expliqué que c’était inefficace sur moi. En pleine détresse je tente de parler de mon mal être à ma famille, que j’envisage l’avortement tellement que je ne vais pas bien et la je me fait hurler dessus que je suis un monstre, ma mère me dit que si je fais sa je ne suis plus sa fille et j’en passe, que si je ne veux pas de ce bébé je n’ai qu’à lui donner après la naissance. Personne ne comprend et je sombre dans la dépression.
Je rencontre un homme, d’une bienveillance incroyable, aujourd’hui devenu mon nouveau conjoint. Il prend mon état très au sérieux et m’aide à trouver les coordonnées d’un spécialiste de l’hyperémèse, ce médecin m’explique enfin de quoi je souffre et qu’il n’y a rien de psychologique là dedans mais qu’ en revanche mal prise en charge l’HG finit par causer une grande détresse psychologique.
Ce médecin a sauvé ma grossesse, il m’a prescrit le zophren et une hospitalisation à domicile pour me réhydrater. Je pars également vivre chez mon nouveau conjoint ou enfin je peux me reposer dans le calme et la bienveillance. Mon état s’améliore rapidement, le ondansetron est très efficace sur moi. Je vis un deuxième trimestre paisible, j’ai certes encore des nausées et quelques vomissements mais je peux à nouveau sortir, m’occuper un peu des choses du quotidien et surtout manger et boire quasiment normalement. Je profite enfin de ma grossesse, j’aime sentir mon bébé bouger d’ailleurs je lui parle beaucoup et lui dit à quel point je l’aime et que je suis désolée pour toutes les fois où j’ai perdu espoir, mon conjoint qui souhaite adopter légalement mon fils après la naissance m’accompagne à tous mes rendez-vous médicaux, préparation à l’accouchement et sera présent pour le grand jour, je nage en plein bonheur.
Troisième trimestre les nausées s’accentuent et le zophren ne semble plus avoir la même efficacité, je panique complètement c’est un cauchemar. 38 semaines de vomissements, la fatigue et les malaises redeviennent aussi forts que lors du premier trimestre et rien cette fois ci ne les apaise, je dois me résoudre à terminer ma grossesse alitée. A 40 semaines je décide tout de même de tenter de demander de l’aide à la maternité de l’hôpital où je vais accoucher mais comme bébé va bien encore une fois l’on me dit que l’on ne fera rien et l’on me renvoie chez moi car de toutes façon mes contractions sont irrégulières et mon col défavorable car à peine ouvert.
Mon terme est dans une semaine, je compte les heures, je tente de rester hydratée avec des eaux aromatisées, des légumes et fruits gorgés d’eau et quand rien ne passe de la glace à l’eau ou des glaçons. J’ai eu besoin d’une prise en charge récemment psychologique car cette grossesse m’a traumatisée, je ne pensais pas que l’on pouvait vivre quelque chose d’aussi violent et ce qui a été le plus difficile, c’est le sentiment de culpabilité lorsque j’ai demandé de l’aide, le fait de ne pas avoir était prise au sérieux, le manque de prise en charge adaptée avant d’avoir enfin trouvé un spécialiste à distance. Je suis incapable d’envisager d’avoir un autre enfant à l’avenir à cause de cela, je me suis rattachée aux témoignages de femmes ayant enfin accouché après des mois de souffrance sous HG et j’espère que tout comme elle je serai enfin apaisée lorsque je tiendrai mon bébé dans les bras.
