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Témoignage de Mélissa

Témoignage déposé le 13/01/2025 

Je suis tombée enceinte fin août 2022. Une grossesse surprise et inattendue. Les nausées intenses arrivent très (trop) vite à à peine trois semaines de grossesse. Fin septembre, je pars en déplacement pour un salon professionnel, et les nausées sont de plus en plus fortes et insupportables. Manger devient compliqué puisque toute nourriture avalée me dégoûte et accentue les nausées, même l’eau a du mal à passer. Après un déjeuner au restaurant, je vomis pour la première fois en pensant à une indigestion. Mais ce que je ne savais pas encore, c’est que c’était le premier d’une bien trop longue série qui allait durer des mois.  Lors de ce fameux salon, je commence à vomir plusieurs fois par jour et à me sentir faible, je pense que c’est « normal » jusqu’au dernier jour du salon où en l’espace d’une heure je vomis 4 fois, à ce moment je comprends qu’il y a quelque chose qui ne va pas… Ce sera le début de cette horrible période traumatisante : chaque ingrédient avalé me fera vomir, chaque gorgée d’eau me fera vomir, à cela s’ajoute une hypersensibilité sensorielle : la lumière du jour me fait vomir, ma propre odeur me fait vomir, je ne supporte plus le bruit, sans oublier cette charmante hypersalivation. Je finis par vomir du sang tellement mon œsophage est brûlé. Je passe mes journées dans le noir, entre vomissements, et nausées. Mais le plus dur dans tout ça c’est l’aspect psychologique, à chaque fois que je vomis je me dis « je suis en train de tuer mon bébé, je ne lui apporte rien ». Cette idée me hante et me traumatise, ce n’était en aucun cas l’image que je me faisais de la grossesse. Je suis arrêtée deux mois. Deux mois où j’ai l’impression d’être en mode « survie » où je me bats contre moi-même, où chaque jour j’ai l’espoir d’aller mieux, mais non. Les jours passent et se ressemblent. Je perds 7 kg en 6 jours, mon corps n’en peut plus, mon cerveau n’en peut plus. Je me dis qu’en plus de tuer mon bébé, je suis en train de partir, je n’ai plus de force pour rien. 

Dans cette malchance, j’ai eu la chance d’avoir un conjoint qui m’aura énormément soutenu et fait tenir, et je suis suivie par deux merveilleuses sage-femmes qui connaissaient la maladie ainsi que mon médecin traitant qui aura été la première personne à me diagnostiquer l’HG : elle m’a mise sous un premier traitement qui n’a fait qu’accentuer tous les symptômes, puis un second qui finira par m’aider au fil des semaines mais que je prendrai jusqu’à la fin du 8ème mois de grossesse (avec ce sentiment de culpabilité de prendre un médicament). Et puis elle me prévient « si un jour vous n’arrivez plus à vous lever, vous allez immédiatement aux urgences », et ce jour arriva, mon conjoint m’accompagne aux urgences où l’infirmier me renvoie à la maison « ce n’est pas possible, c’est la journée des femmes enceintes aujourd’hui, qu’est-ce qu’il vous arrive à toutes ! Rentrez chez vous, buvez de l’eau et mangez de la compote, c’est normal de vomir, ça va passer ». A ce moment précis, je n’ai ni la force de me battre ni l’envie de discuter avec lui. On rentre à la maison, et j’ai pu avoir un rendez-vous avec mon médecin.

La forme la plus sévère de l’HG aura duré deux mois, deux mois traumatisants physiquement et psychologiquement. Ensuite les vomissements se sont espacés, les nausées violentes quant à elle m’auront suivies jusqu’à l’accouchement. Mais j’ai fini par réussir à remanger sans vomir systématiquement, ce qui m’a beaucoup rassuré par rapport à mon bébé. 

Mon médecin m’avait dit « une fois que votre bébé sera né, les symptômes disparaîtront » et c’est vrai. Je me rappellerai toute ma vie de ce premier repas post-accouchement, de cette impression de redécouvrir le fait de manger avec envie et sans nausées (et pourtant c’était un plateau repas de la maternité héhé).

L’HG a laissé des traces indélébiles, mais la chose la plus importante c’est qu’on a eu un bébé en pleine santé, un bébé qui a bien rattrapé son poids faible du premier trimestre, un bébé sourire et merveilleux, c’était bien ça le plus important. 

J’envoie tout mon courage et tout mon soutien à toutes ces femmes qui rencontreront cette vilaine pathologie, et à leur entourage : écoutez-les, il y a vomir et vomir. Vomir plusieurs fois par jour n’est pas normal. Non, dire à une femme souffrant d’HG « t’es enceinte, tu n’es pas malade » ne l’aidera pas à aller mieux. Lui dire « à cause des médicaments que tu prends le bébé devra être surveillé à la naissance » ne l’aidera pas à arrêter de culpabiliser, et insister pour qu’elle mange ne la fera pas moins vomir. Soyez bienveillants. L’HG cause suffisamment de dégâts au niveau psychologique, alors n’accentuez pas tout ça.