Témoignage déposé le 07/05/2024
Il y a maintenant 9 ans, en 2014, mon conjoint et moi- même décidons que nous sommes prêts à devenir parents. Nous sommes ensemble depuis 2009, j’ai 24 ans et lui 29 ans, nous avons une vie stable, nous sommes propriétaire de notre chez nous, nous avons 2 CDI, nous sommes proches de nos familles, de nos amis, bref rien pour ternir le décor.
Il m’accompagne à tous les rendez- vous, et mon gynécologue nous préviens que si dans les 2 ans il n’y a rien, on se reverra, mais pour l’instant, on laisse faire la nature.
Les mois défilent.
Début avril 2015, mon odorat se développe, les odeurs de mon quotidien deviennent insupportables. Je me décide à faire un test… positif. C’est l’un des plus beaux moments de ma vie, et je décide de le garder secret pendant un mois pour être sûre.
J’imagine mille et unes manières de l’annoncer à mon conjoint, à nos proches.
J’ai rêvé tellement longtemps de la grossesse, de bébés, je voyais la vie rose bonbon et tarte aux fraises.
Je ne dis rien, les jours passent et la fatigue et les nausées prennent le dessus, je n’attendrai pas un mois, finalement je l’annonce 3 jours après, en urgence.
Je fais une petite boîte et annonce ma grossesse le dimanche soir à 20h à mon amoureux.
Je pleure, il pleure, et à 22h, me voilà aux urgences de la ville, mon corps se vide.
Les urgences du CHU ne prennent pas au sérieux la situation.
Je vomis toutes les 15 minutes, on me dit que c’est normal, que j’en rajoute.
Je refuse qu’on me dénude, mais « pas le choix »,que c’est le lot de toutes.
On me palpe, on m’examine sans un mot, sans prendre en compte ma panique, et on me renvoie chez moi avec un traitement contre les symptômes du reflux gastro-oesophagien.
Je vomis sans m’arrêter, je vomis le traitement qu’on m’a donné.
J’appelle mon travail le lundi, impossible d’y aller vu mon état, je ne révèle pas ma grossesse qui est trop précoce.
La semaine passe, mon état est lamentable.
Mon conjoint ne sait plus quoi faire, il a peur.
Je suis tellement épuisée que je n’ai pas le temps d’avoir peur.
Il prend la décision de m’emmener aux urgences, mais de la clinique.
Nous arrivons là-bas, en quelques minutes je suis prise en urgence en chambre, je vois les va et vient du personnel, on ne comprend pas la situation, et là, le gynécologue de garde nous annonce que je ne rentrerai pas chez moi, pas immédiatement en tout cas.
En une semaine j’ai perdu 17kg , je fais 28kg, ma santé et celle de mon enfant sont en péril. Mon monde s’écroule et je suis hospitalisée en urgence avec le protocole d’anorexie… dans le noir, sans droit de visite, nourrie par perfusion.
1 jour… 1 semaine… 1 mois… mon état continue de se dégrader.
Mon gynécologue m’explique que si je continue à perdre trop de poids, mon bébé partirait aussi, et que nous devons réfléchir à la suite en cas de décès (choix de prénoms etc…).
J’ai eu tous les régimes alimentaires, j’ai eu tous les points de piqûres en intraveineuse, j’ai eu droit à une psy, j’ai eu droit aux seules visites de mon conjoint, quelques précieuses minutes, pour m’apporter de l’eau pétillante (le seul truc qui passe sans que je vomisse), pour m’aider à me doucher car je n’arrivais plus à marcher de mon lit à la salle de bain de la clinique.
Les mois passent, pas beaucoup de changement.
Petit à petit le personnel ré ouvre les volets pour faire entrer la lumière, et on essaie de me faire marcher, un pas après l’autre…
Septembre arrive, je vomis moins, peut-être 1 fois toutes les 3h quand je suis réveillée. Ca me demande une énergie folle de me retenir.
6 mois que j’attends de sortir, et enfin l’autorisation, avec plein de restrictions, mais ce n’est pas grave, je veux rentrer.
J’arrive à peine à marcher mais je veux préparer la chambre de mon bébé. Il me reste 3 mois pour tout préparer.
Et bien finalement Mlle pointera le bout de son nez 1 mois avant, quelques jours avant Noël. Un accouchement incroyable, des infirmières qui ne m’avaient pas oubliées, mon gynécologue qui nous a rendu visite dès le lendemain, et avec qui, aujourd’hui encore, je garde un lien fort. Il m’a sauvée, il a sauvé ma petite fille.
Aujourd’hui, je garde encore des séquelles sur ma santé, j’ai des problèmes à la vésicule biliaire, j’ai fait de la dysphorie, en passant par des phases de boulimie/anorexie, mon rapport à la nourriture est compliqué, je n’ai plus confiance au CHU, tous nos soins se font à la clinique.
Je me suis longtemps demandé pourquoi moi ? Si ce n’était pas un signe de l’univers.
Je rêvais d’annoncer ma grossesse avec tous ses trucs mignons d’Instagram, m’habiller avec les vêtements de grossesse, manger des gâteaux à la crème, la fameuse gender reveal, que nenni. Ma famille a vécu des mois en stress, mon vêtement favori a été un jogging/sweat, et le seul gâteau que j’ai pu manger jusqu’à la veille de mon accouchement a fait un aller-retour.
Nous voulions une famille nombreuse et nous avons fait notre deuil de ce rêve.
On en a construit et réalisé d’autres.
