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Témoignage de Doriane

Témoignage déposé le 05/08/2025 

Je suis tombée enceinte de mon premier fils en février 2022, on a su directement que j’étais enceinte. J’ai commencé à avoir des symptômes la semaine d’après, maux de tête, nausées, vertiges… Je travaillais dans une usine (travail physique), au bout d’un mois je n’arrivais plus à travailler, je me suis mise en arrêt de travail, et là, tout le monde (que ce soit mes proches, les médecins, les collègues de travail, le patron) m’ont tous pris pour une petite fille fragile qui ne supportait pas les nausées « standards » de la grossesse. Tout le monde me disait que c’était normal que c’était « les joies d’être enceinte »… Au 2ème mois, j’étais allongée, je dormais sur mon canapé, avec des nausées tellement fortes que je n’arrivais ni à boire, ni à manger quoi que ce soit, j’arrivais à peine à me lever pour aller aux toilettes. Je ne savais pas si c’était des symptômes psycho-somatiques que je m’infligeais, car je pensais que la grossesse allait de paire avec ces symptômes ou si j’étais juste plus sensible à ces symptômes. Je ne savais pas ce qui se passait, d’ailleurs personne autour de moi ne le savait non plus… Quand je suis allée visiter de la famille, et qu’on me voyait soi-disant exagérer mon état de fatigue et de mal être, on m’a souvent répété une phrase, qui fait encore très mal : « tu sais, la grossesse ce n’est pas une maladie ». Sauf qu’à ce moment-là, on est tellement malade et fatigué qu’on se dit que ce n’est pas possible, que ces gens n’ont pas connu une grossesse comme la nôtre. Ma sage femme ne s’est jamais trop alertée car mes prises de sang restaient dans la norme. Moi, j’étais trop mal pour me renseigner si une maladie était possible. 

Cela s’est calmé vers 5 mois et demi de grossesse, j’avais perdu 14 kilos. 

Je suis en surpoids de base, en perdant ces kilos, les gens me disaient que la grossesse me « réussissait » et je me disais : pour une fois que je m’en fous de perdre du poids, je veux juste survivre. C’est comme ça que je l’ai vécu : une lutte pour sa propre survie… 

La fin de grossesse s’est déroulée normalement alors on s’est juste dit que j’était plus sensible au symptômes des « 3 premiers mois » . Du coup j’ai gardé un très mauvais souvenir de la grossesse, je n’avais pas envie de refaire un enfant par peur de repasser par là. Mais 1 an et demi après l’accouchement, on a finalement décidé de refaire un enfant. Je tombe enceinte de mon deuxième fils en avril 2024, cette grossesse là aussi, on la su directement. J’avais très peur de revivre la même chose alors je suis allée directement voir une sage femme pour lui expliquer ma peur et ma première grossesse. On avait déménagé entre temps et donc on trouve une nouvelle sage femme. Je lui explique tout et par le plus grand des miracles elle me dit qu’elle sait ce que j’ai… L’hyperémèse gravidique. Elle m’explique qu’elle a fait sa thèse universitaire sur ce sujet, elle m’explique la maladie, et aussi que je l’aurai à chaque grossesse. Là, c’est le choc, d’un côté je suis contente et soulagée de savoir que je « n’exagérais » pas ma souffrance, mais c’est aussi une grande déception (j’avais espoir de ne pas revivre la même chose) et de la tristesse (que je l’aurai à chaque grossesse). Le temps de digérer un peu, elle me dit qu’il y a des médicaments pour atténuer les symptômes mais qu’il n’y a pas vraiment de recul sur les effets secondaires vis-à- vis de l’enfant. Le choix est dur (on est pas trop pour les médicaments en général). J’ai essayé de tenir le plus longtemps possible avant de les prendre, j’ai tenu 1 mois… C’était en train de recommencer comme pour la première fois, je ne pouvais plus boire ni manger, j’étais alitée… J’ai pris les médicaments (Doxylamine + Pyridoxine) du 2ème mois au 6ème, et j’ai quand même perdu 9 kilos. 

Le chemin pour mettre un nom sur ce qui m’affectait a été vraiment très long. Le pire c’était d’endurer les symptômes en plus des réflexions des gens… Personne ne me comprenait, tout le monde disait que ça passerait, que j’exagérais, que c’était normal… Personne ne voyait à quel point c’était dur, de manger et vomir juste après car ça ne passe pas, alors s’arrêter de manger mais on a faim, ne pas boire car ça fait vomir aussi, d’être super fatiguée, ne pas pouvoir marcher tellement qu’on a des vertiges et qu’on est faible… 

Cette affection est vraiment déstabilisante et mérite d’être mieux renseignée et écoutée!