Témoignage déposé le 21/09/2024
Je vous écris ce mail, un peu comme une bouteille jetée à la mer, pour vider mon sac après un énième vomissement.
Je m’appelle Audrey, j’ai 31 ans et je suis à ma deuxième grossesse avec hyperémèse gravidique. Errance médicale, traitements inefficaces, onéreux et non remboursés, vomissements incoercibles, même mon correcteur automatique ne comprend pas cette pathologie.
A 28 ans, je tombe enceinte de ma fille aînée. Les vomissements se sont installés très tôt, en dix jours j’avais déjà perdu 8 kg. Je suis hospitalisée une première fois, sans que l’on m’explique le pourquoi du comment. Les vomissements s’arrêtent avec les perfusions et reprennent en rentrant à la maison. A la fin du premier trimestre, j’avais perdu un total de 14 kg.
Une nouvelle hospitalisation m’est imposée suite à des vomissements d’une telle violence que cela m’a provoqué une névralgie intercostale ainsi que des vaisseaux sanguins du visage qui ont explosé.
Par chance, les vomissements se sont espacés au second trimestre mais j’ai vomi jusqu’à 5 minutes avant mon accouchement.
La maternité m’a proposé un suivi psychologique, des traitements homéopathiques qui se sont avérés inefficaces. On m’a dit que c’était psychologique, qu’au fond de moi je ne voulais pas de mon enfant. Je n’ai plus voulu consulter suite à cela, je me suis renfermée et j’ai subis en silence. Heureusement pour moi, mon conjoint a été d’une aide inestimable, il me tenait les cheveux à chaque instant, m’aidait à me relever lorsque mes jambes ne me tenaient plus, et j’en passe.
Les vomissements étaient tellement violents que j’en étais devenue incontinente (fuites urinaires).
Lors de mon accouchement, j’étais si affaiblie que j’ai fait plusieurs arrêts cardiaques, des montées de tension à 22 avec des chutes vertigineuses à 4, j’ai vomi du sang, comme des plaques de pétrole. Lorsque ma fille est enfin née, tout s’est arrêté, les vomissements, les nausées et je ne me souvenais pas de mon accouchement. Mon conjoint m’a dit avoir eu peur d’être père célibataire. Le corps médical ne m’a rien communiqué, me félicite d’avoir « survécu ». Avec le temps et des séances de micro kiné et kinésiologie, je me revois inerte et j’ai fini par comprendre les « félicitations ».
Aujourd’hui j’ai 31 ans, j’attends mon second enfant, un petit garçon. Et malheureusement je souffre également d’hyperémèse gravidique.
Je suis bientôt dans mon troisième trimestre et je vous écris après un énième vomi.
J’ai peur, peur de revivre le même accouchement, peur de laisser ma fille aînée. Elle a très mal vécu mon hospitalisation au cours du 1er trimestre.
Je ne peux plus travailler, je suis incontinente (urinaire et anale), je suis en carence, je suis épuisée. Mon conjoint est encore une aide inestimable, il prend le relais avec notre fille aînée, il souffre aussi de cette pathologie en me voyant souffrir.
Je suis heureusement bien accompagnée par mon entourage, mais je me sens quand même très seule à chaque vomi.
Ce qui me fait tenir, c’est que mon enfant va bien et que malgré tout il se développe normalement. Chaque coup de pied est source de joie et de force. Je tiens grâce à lui, grâce à mon conjoint et à ma fille.
J’ai l’impression d’avoir dépensé un SMIC dans les séances d’ostéopathie, dans les traitements par Doxylamine + Pyridoxine. Soulagement de très courte durée, moindre par rapport aux coûts du traitement par médecine douce et médicamenteuse.
Il me reste encore un trimestre et je n’en vois malheureusement pas le bout.
Je ne veux plus d’autres enfants, je pense sérieusement à me faire ligaturer les trompes mais une femme n’est malheureusement pas libre de faire ce qu’elle veut de son corps, j’espère qu’avec mon vécu j’aurai l’autorisation pour.
Je vous remercie par avance d’avoir lu mon mail. L’écrire m’a un peu libéré.
