Témoignage déposé le 14/01/2025
En avril 2021, j’apprends la plus belle des nouvelles. Je suis enceinte. Mon mari et moi sommes les plus heureux, on va fonder une famille. Notre famille.
Très vite, les nausées m’envahissent puis les vomissements deviennent de plus en plus intenses. Mon gynécologue me dit que ce sont les « symptômes sympathiques » de la grossesse, que ça va passer après le premier trimestre. Je continue de travailler, de faire 2h de trajet par jour pour me rendre au boulot et j’ai toujours mes petits sacs à vomi, cachés dans la poche. Je me mets en danger, une main sur le volant, l’autre main qui tient le sac pendant que je suis sur la route pour me rendre au travail alors que les vomissements deviennent de plus en plus compliqués à gérer. Je réfléchis à ce que je peux manger, ce qui fera « moins mal » quand ça sortira. Je perds 2, 3, puis 10 kg en très peu de temps. Je retourne voir mon gynécologue qui ne m’hospitalise pas – nous sommes en pleine période de covid – alors que je suis déshydratée, à bout de force et que je n’arrive plus à m’alimenter.
Finalement, je consulte un nouveau gynécologue en clinique qui m’aide à coup de doxylamine et de métoclopramide. J’ai l’impression de revivre…
Quelques mois plus tard, la délivrance… ma fille est là. C’est le plus beau jour de ma vie.
Et puis, 3 ans plus tard, le désir d’agrandir la famille se fait ressentir. On hésite car je ne veux pas revivre tout ça. L’espoir me fait dire que « chaque grossesse est différente » et que, peut-être, celle-ci sera bien plus douce.
Je tombe enceinte rapidement et, rapidement, c’est la descente aux enfers. Je consulte et demande le même traitement que pour ma première grossesse mais rien n’y fait. Je n’arrive plus à boire, à manger, je vomis 10 fois, 20 fois, 30 fois par jour… Chaque jour, je perds un peu plus le contrôle de mon corps.
En 1 semaine et demi je perds 9kg et je vis ma première hospitalisation. Des infirmières et des médecins passent à tour de rôle dans ma chambre sans qu’aucun traitement ne fasse effet. Je demande à voir un médecin qui ne viendra jamais. Mon gynécologue qui me suivait habituellement vient de partir à la retraite. Mon dossier n’a pas été repris par un autre confrère.
Je me sens épuisée, incomprise et j’ai peur qu’il arrive quelque chose à ce bébé. Je suis seule, dans le noir, dans cette chambre du service maternité où j’entends les pleurs de ces petits bébés qui viennent d’être mis au monde. Est-ce que j’y arriverais, cette fois, à aller jusqu’au bout? Est ce que j’entendrai mon bébé pousser ses premiers cris dans quelques mois ?
Seule, on a le temps de penser… à tout.
Il y a aussi cette terrible culpabilité d’être éloignée de notre premier bébé qui ne comprend pas bien ce qu’il se passe pour sa maman.
Je sors de l’hôpital avec un traitement, de l’ondansétron. Je demande s’ il n’y a aucune contre indication pour le bébé, on me répond « vous êtes en service maternité, Madame, on ne vous donne pas quelque chose qui peut mettre en danger votre bébé ! ». Aucun médecin ne passe pour m’expliquer la prise de ce médicament ni même ses effets. On me laisse sortir sans savoir si cela va fonctionner. L’infirmière me donne l’ordonnance, un arrêt de travail d’une semaine et le carton de la psychologue en me disant « certains vomissements sont d’ordre psychologique… vous devriez consulter ».
Je rentre chez moi, désemparée, fragile mais heureuse de retrouver mon cocon et ma fille.
Mon mari se rend à la pharmacie qui refuse de lui vendre le traitement car ils ont une alerte sur leur logiciel « contre indiqué en cas de grossesse ». C’est donc la panique et je descends encore plus dans la pénombre des quartiers de l’enfer.
Je vomis, encore et toujours plus. Sans traitement. Puis je finis par vomir du sang. Je fais des malaises. Mon mari me ramène donc à l’hôpital. 2eme hospitalisation où je puise dans mes dernières forces pour exiger la rencontre avec un médecin. Je suis en colère et… Je me dis que je ne veux plus de ce bébé. Je vais trop mal, j’ai l’impression que je vais finir par y laisser ma vie.
Elle est de garde, elle arrive dans ma chambre avec autant de bienveillance que de douceur. Elle comprend ma situation et reprend mon dossier depuis le début. Cette gynécologue a été ma bouée de sauvetage.
Durant 6 jours, elle passe me voir matin et soir, m’explique tout le protocole médical qu’elle va mettre en place, me rassure, me déculpabilise.
Aujourd’hui, je prends toujours le traitement qu’elle m’a prescrit. Je la vois tous les mois. J’ai repris du poids et je profite enfin de cette grossesse. Je me projette avec ce petit bébé, ce petit garçon, qui viendra bientôt agrandir notre merveilleuse famille.
Bientôt, on sera au complet.
