You are currently viewing Témoignage de Anaïs

Témoignage de Anaïs

Témoignage déposé le 17/10/2024 

J’ai 31 ans, et aujourd’hui j’ai besoin de vous apporter mon témoignage, une façon de me livrer afin peut être de tourner la page. 

Je suis tombée enceinte une première fois en 2019. 

La grossesse a été un calvaire dès 6 SA. 

Seulement, je pensais que c’était la normalité d’avoir des nausées H24. Pensant naïvement que les femmes enceintes nous cachaient la vérité des 3 premiers mois. 

Je gardais pour moi tous mes problèmes, peut-être parce que j’avais honte de ne pas supporter cette grossesse. J’en voulais à mon bébé.  Je m’en voulais d’être aussi malade. 

Et je n’avais jamais entendu parler de cette HG. 

Enceinte pendant le COVID, le suivi n’était pas le même. Je minimisais les choses quand la gynéco me demandait comment se passait ma grossesse. 

Heureusement, le papa m’a soutenu comme jamais.

Pendant 7 mois, j’ai vécu allongée, avec ma bassine et dans le noir. Tout était compliqué, je me sentais inutile, sale, parce qu’il m’était impossible de me laver normalement, ni même les dents. J’étais incapable de gérer quoique ce soit. 

Et puis en juillet 2020, la délivrance, mon joli bébé est né, et c’était fini. Tout s’est stoppé net dès son arrivée.

Quelques semaines plus tard, je discute avec un ami qui me fait savoir que sa femme a vécu une grossesse avec l’hyperémese gravidique ? Ma réaction :  » l’hyper quoi? »  Tout son récit était mon vécu. Et là gros choc, je découvre cette maladie et prends conscience en même temps que j’étais atteinte.

Plus tard,  en discutant avec les professionnels de santé, je réalise que personne ne pouvait me le faire savoir, car très peu connaissait. Ça a été un choc. Et je réalise à ce moment-là que je suis traumatisée de cette grossesse… et que le papa l’est également. 

2022, je décide de me lancer dans bébé 2 car je savais que si j’attendais plus longtemps, j’aurais la peur de ne plus être capable de me lancer dans une grossesse.

Bébé se nicha très vite. Et là, de nouveau, le cauchemar recommença.

Mais cette fois, à 6 SA, je suis hospitalisée et prise directement en charge et au sérieux par ma gynéco. Elle me prescrit des hospitalisations à domicile, que je suivrai une semaine sur 2 pendant 4 mois. J’étais perfusée, je ne pouvais pas gérer ma fille de 2 ans qui avait peur de moi au début… Impossible de m’en occuper, de la câliner sans être malade rien qu’en respirant son odeur. Et celle de son papa. 

Heureusement, j’étais bien entourée, ce qui m’a aidé à tenir le coup.

Le jour de l’arrivée de mon fils, tout s’est arrêté comme par magie au moment où je l’ai eu dans les bras.

Cette maladie nous bouffe la vie, elle nous gâche les plus beaux moments qu’une femme peut vivre en tant que future maman. Depuis mon enfance, je m’imaginais avec une fratrie de 3 enfants mais cette maladie nous prend tellement d’énergie et nous traumatise, qu’il est difficile de se projeter dans une nouvelle grossesse. 

En août 2024, je découvre que je suis de nouveau enceinte ( bébé surprise, pas du tout prévu au programme, du moins pas pour le moment).

Dès le test de grossesse, je prends peur et envisage directement de faire une IVG. Mais mon envie d’un troisième étant là, je me dis que c’est peut-être un signe… Alors avec mon conjoint, nous décidons de prendre le temps de réfléchir, de nous projeter dans l’avenir… Je commençais à imaginer une vie avec ce troisième bébé. Les premières semaines de grossesse étaient belles. Jusqu’à ce fameux dimanche matin, où je me suis réveillée avec une forte nausée et ce goût horrible dans la bouche. 

Et là, je me suis pris une claque, j’ai réalisé à ce moment précis que je ne voulais plus revivre ce calvaire. Tout ce que j’ai vécu pendant mes 2 grossesses précédentes m’est revenu en plein visage, et malgré mon envie forte d’avoir ce bébé, je n’avais pas l’énergie de me relancer dans une grossesse avec de l’hyperémèse gravidique. D’infliger ça à mes 2 enfants était inconcevable. J’ai donc pris la dure décision de mettre fin à cette grossesse. 

L’hyperémèse gravidique a tué mon espoir d’avoir un troisième amour, et ça, ça me fait énormément souffrir.  Jamais je n’aurais eu recours à une IVG si cette foutue maladie n’était pas en moi. 

En 2024 , nous sommes contraintes parfois de devoir stopper une grossesse désirée à cause de vomissements. Je trouve ça aberrant ! Je suis en colère après cette HG.  Je lui en voudrai toute ma vie d’avoir gâché mes grossesses.