Témoignage déposé le 12/02/2024
En septembre 2021, je tombe enceinte. C’est une grossesse non désirée et je ne désire pas la mener à terme. J’ai fait le choix de ne pas avoir d’enfant.
J’aborde cette étape de ma vie plutôt sereinement. J’ai su très tôt que j’étais enceinte car dès le 2ème jour de retard de mes règles j’ai fait un test.
Une semaine après, l’enfer a débuté. J’étais au travail et la fumée de cigarette a commencé à me donner la nausée. Et elles ne m’ont JAMAIS quitté. Quand je dis jamais, c’est jamais, à part seulement quand je dormais.
Au boulot (je suis infirmière en psychiatrie), les odeurs « humaines » auxquelles on peut être confrontées dans ce métier devenaient insupportables, la nourriture qu’on servait aux patients me faisait avoir des hauts le cœur. J’ai décidé de me mettre en arrêt car c’était invivable.
Me brosser les dents, ouvrir la poubelle… Ouvrir les yeux le matin était devenu un calvaire : c’était le début des nausées qui n’allaient jamais me quitter.
Je ne faisais que dormir, c’est le seul moment où j’avais la paix. Je ne voulais voir personne, je ne supportais pas le parfum de mon compagnon, sa lessive, ses câlins, plus rien. J’ai inconsciemment mis de la distance entre nous. Je pleurais, je le suppliais que ceci se finisse au plus vite. Manque de pot, le délai d’attente pour un IVG par aspiration -qui était mon 1er choix- était plus long que par médicament. J’ai pris le 1er créneau d’IVG médicamenteuse. Je suis restée 2 semaines comme ça.
J’avais une sage-femme adorable mais complètement impuissante « ça arrive, c’est comme ça, y’a rien à faire ». A part manger du gingembre, boire du citron, dévaliser les pharmacies d’antiémétiques « naturels » ou non.
Mais je n’ai pas perdu de poids.
Dans la 7eme SA, l’IVG est arrivée… je gère très mal la douleur mais ce jour-là j’étais « heureuse » de souffrir. Même pas forcément pour mettre fin à la grossesse en elle-même mais c’était enfin signe de la fin des nausées !!! J’ai vomi comme jamais … merci les médicaments. Je crois que je vomissais tout mon stress et mon angoisse au passage. Et puis à 10h, je m’en souviens encore : LE SOULAGEMENT. J’ai ouvert les yeux après une accalmie de la douleur et c’était enfin terminé. Je n’y croyais pas ! Je me disais que c’était psychologique pour que ça parte aussi vite. J’avais tellement entendu le « Oui bah c’est parce que tu n’en veux pas que t’es aussi mal ». J’ai tellement culpabilisé.
2 ans et demi plus tard, le traumatisme est encore là. J’ai décidé de voir une psy pour m’aider. Quand j’en parle, le traumatisme n’est pas l’IVG mais les nausées…
Le fait d’avoir été malade à ce point a complètement faussé mon ressenti de cette étape de ma vie. Je n’ai pas été « enceinte » mais « malade ». Je n’ai pas fait le deuil correctement. Je ne souhaite pas d’enfant à ce jour, mais si je changeais d’avis cette expérience m’en ferait douter.
Hier, je tombe sur un article qui explique que l’Hyperémèse gravidique est probablement d’origine génétique, aujourd’hui je tombe sur un post insta de « maman_sa_mère » où quelqu’un cite votre association. Je pense que c’était seulement aujourd’hui que la vie a décidé de me faire comprendre ce que j’ai vécu.
Je pense avoir vécu l’hyperémèse gravidique. Peut-être pas aussi longtemps que certaines pour avoir d’autres problèmes de santé.
Quand je vois en quelques semaines l’enfer que ça a été sur tous les points (couple, physique, psychique etc.) je n’imagine pas celles qui le vivent à plus long terme.
Voilà… Aujourd’hui je pleure de « soulagement » aussi, d’avoir eu cette envie que tout se termine au plus vite. Car j’ai lu que certaines femmes avaient recours à l’IVG à cause de l’HG alors qu’elles souhaitaient leur grossesse (quel déchirement). Que c’était normal de ne plus en pouvoir et que ce n’était pas « parce que je n’en voulais pas » (cette phrase m’agace au plus haut point).
Merci à vous d’exister, de faire entendre la souffrance de toutes ces femmes et de faire avancer les mentalités. Je serai ouverte à mes amies, collègues ou connaissances qui pourraient, peut-être, être atteintes aussi (bien qu’on ne le souhaite à personne) et saurai les conseiller, les écouter et renvoyer vers vous pour du soutien.
