You are currently viewing Témoignage de Déborah

Témoignage de Déborah

Témoignage déposé le 08/11/2021

 

Il faut le vivre pour comprendre…

Nous voulions un 2ème enfant. Je le voulais du plus profond de mon cœur ce bébé. Nous avons mis 8 ans à nous décider pour le 2e. Ma première grossesse avait commencé difficilement… Nausées, vomissements, impossible d’avaler eau ou nourriture sans vomir… Déshydratée, j’ai fini par être hospitalisée 2 fois. Le protocole beaucoup d’entre nous le connaissent : dans le noir, sans visite, prise en charge psy… On me dit que ce bébé je ne le veux sûrement pas et que c’est parce que je le rejette que je suis malade. Que ce sont des nausées de grossesse, que c’est normal, que ça va passer… Ça passera… Au bout de 16 semaines, c’est passé… Avec un homme qui heureusement m’a soutenu et aidé mais qui y a laissé des plumes aussi… Je suis chanceuse me dis-je pour me consoler. Certaines vivent ça jusqu’à la fin de leur grossesse: quelle horreur !

Me voilà 8 ans plus tard, nous avons beaucoup discuté de cette 2e grossesse, sur les risques de revivre la même chose…

Chaque grossesse est différente me dit-on… Alors on se lance, je tombe enceinte très rapidement. Les 4 premières semaines sont parfaites. Zéro nausées, je suis en pleine forme:  Enfin je vais vivre une grossesse épanouie.

Puis arrive le soir du réveillon de Noël et tout m’écœure… Les odeurs, la vision de la nourriture sur la table. Je me dis que je « couve » peut-être quelque chose.. Déni total je refuse de penser que ça recommence… Puis les jours passent et la nausée ne part plus et laisse place aux vomissements dès que j’ essaie d’avaler quelque chose…. Je sombre peu à peu au fond de mon lit. Mon homme essaie tout… Il m’achète tout ce qui lui passe par la tête, me fait des petits plateaux… Il connaît, il a déjà vécu cela lui aussi il y a 8 ans…

Un jour j’entends mon petit garçon de 7 ans demander à son père : »Est-ce que maman va mourir ? »

Et là tout s’effondre, non seulement ça recommence mais en plus cette maladie de merde atteint mon fils, ma vie. Cela a été la plus grosse blessure de toute ma vie. Mon fils a eu peur de perdre sa maman. Dans quel état suis-je ? Et quelle image je lui renvoie pour qu’il en arrive à penser au pire ?

Nous lui annonçons la « bonne nouvelle » pour le rassurer et lui expliquer que non, maman ne va pas mourir elle attend un bébé et que comme quand je l’attendais lui, je suis malade… Mais ça va passer….

Je suis hospitalisée à ma demande et cette fois on m’entend. 8 ans plus tard on met des mots: « non madame, ça n’est pas normal. Vous êtes malade, vous souffrez d’hyperémèse gravidique. »

Je me suis effondrée en larmes de soulagement.

Je suis hospitalisée 3 jours, séjour au cours duquel j’évoque le fait de vouloir avorter… D’un bébé que j’ai désiré… Revivre cela me semble au-dessus de mes forces… Mais je l’ai annoncé à mon fils. Comment faire ? Mon homme est effondré quand j’évoque l’avortement. Il me soutiendra quoi qu’il arrive, mais je vois les larmes qu’il retient dans ses yeux.

Alors je décide de m’accrocher. C’est au dessus de mes forces de faire vivre cela à ma famille.

J’ai eu la chance d’être entouré de sage femme bienveillante, informé et formé sur l’HG. Elles m’ont tout donné. Je démarre le traitement Cariban, on me parle de bracelet d’acupression, des bas de contentions, on me propose de l’acupuncture. Tout ne fonctionne pas mais le fait d’être soutenu et comprise m’aide énormément à laisser de côté l’idée de l’avortement. Les nausées ont duré quasiment jusqu’à la vingtième semaine. Les vomissements jusqu’à la douzième même s’ils étaient fortement diminués grâce au Cariban. J’ai dû continuer le Cariban jusqu’à la fin de ma grossesse.

Aujourd’hui mon bébé est là, il a 2 mois. Je remercie tous les jours la vie de m’avoir donné la force de tenir et d’avoir aujourd’hui la chance d’avoir ma merveille et de voir le bonheur dans les yeux de mon homme et du grand frère.

Mais une chose est sûre, je suis marquée à vie par ces événements, chaque fois que je me rappellerai de mes grossesses je me souviendrai de cette épreuve terrible qui m’a profondément fait du mal et gâché le bonheur de devenir maman. Mais qui a aussi fait beaucoup de mal à ma famille. Un petit garçon a dû prendre sur lui pendant dès mois sans que sa maman ne puisse s’occuper de lui, il a été d’une patience incroyable et d’une bienveillance sans jamais se plaindre et même s’il en a souffert, il a énormément pris sur lui pour ne pas me le montrer.

Aujourd’hui on me dit que c’est fini, et que c’est du passé que tout va bien…. Mais non, tout ne va pas bien, j’ai failli ne jamais rencontrer mon bébé et renoncer à être mère une deuxième fois à cause de cette foutue maladie. Et chaque fois que j’y pense j’ai toujours envie de pleurer même si c’est fini… Parce que je trouve cela tellement injuste… J’espère qu’un jour, on trouvera un remède à cela pour que plus aucunes femmes n’aient à vivre ce cauchemar…