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Témoignage de Nadège

Témoignage déposé le 10/07/2022

 

Je m’appelle Nadège et j’ai 43 ans. Je suis hôtesse de l’air sur Long-courrier.  Durant 7 ans je me suis battue pour avoir une grossesse viable. Durant 7 ans, j’ai échoué. J’avais donc fait le deuil d’être un jour maman.

En octobre dernier, j’accepte donc la proposition de mon médecin traitant, qui est de faire une FIV et de n’abandonner que lorsque tout aura été tenté. Soit ! Sans grande conviction, nous la tentons. Le 25 octobre 2021, choc ! La FIV avait marché !….Et le cauchemar prit vie chaque jour durant cette grossesse inespérée.

Au départ, j’étais heureuse de vomir. Cela voulait dire que ma grossesse resterait. J’ai commencé à vomir dès le 5e jour de grossesse. Très vite, j’ai compris que ce n’était pas normal. Je vomissais jusqu’à 50 fois par jour. La moindre odeur était un prétexte au vomissement. Alors, j’en parlais autour de moi. « C’est normal ! » Me disait-on.  » Tu as voulu être enceinte, et c’est cela être enceinte, donc souffre, seul le bébé compte! »

Alors, je souffrais…seule.

Mes gencives commençaient à me faire souffrir. Je vomissais de trop.

Une fatigue anormale s’était abattue sur moi avec une incapacité totale à faire la moindre chose. Me doucher était un supplice. Me laver les dents me projetait dans l’enfer de Dante. Ce n’était pas normal ! Je le savais ! Pourquoi personne ne voyait-il donc rien ?

Mais voilà,  » je ne savais que me plaindre » et  » j’aimais être dans cet état car ainsi je pouvais ne rien faire « . Moi qui suis si active, aimer ne rien faire…que répondre ? J’avais le sentiment de devenir folle. Être aussi entourée et être autant seule..

Bref, je me taisais. Après tout c’est ce que mon entourage souhaitait. Que je me taise et subisse.

Aux vomissements, sont venus s’ajouter les malaises. Je tombais littéralement sur les fesses dès que je me levais plus de 5 minutes. Ma tension était tombée à 8 et le resterait jusqu’au bout.

Désormais j’en étais sûre. J’avais quelque chose. A mon RDV avec mon médecin, je lui en ai parlé. Étrangement, je captais son attention. Alors je continuais de parler et je ne m’arrêtais plus. Une personne qui ne me jugeait pas ! Il me dira plus tard, ne pas avoir voulu prononcer les mots « hyperémèse gravidique  » afin de ne pas me stresser plus.

Je lui parlais de mon malaise. Je ne voulais plus être enceinte. C’était une souffrance profonde. Une solitude immense. J’étais en détresse. Il me rassurait. Ce serait NOTRE combat. Ce « notre »! Mon dieu qu’il m’avait fait du bien! Il me prescrira traitement sur traitement jusqu’à la fin de cette grossesse. J’attendais avec impatience chacun de nos rendez-vous. C’était mon espace à moi. Je pouvais m’exprimer.

Un soir, je commentais une publication sur Facebook concernant les femmes enceintes. Je parlais de mon mal-être. Les internautes, en majorité, se sont moqués de moi. Puis, j’ai reçu en MP un message d’une femme. Elle me dit faire partie d’un groupe sur FB. L’association contre l’hyperémèse gravidique. Elle m’a demandé de m’inscrire sur ce groupe, car j’avais tous les symptômes de cette pathologie. Elle m’a rassurée, me disant qu’il n’y aurait pas de jugement mais au contraire, un soutien que je devais vite recevoir. Nous avons discuté longtemps avec cette dame. Une parfaite étrangère m’aidait plus que mon entourage….

Dans la foulée, mon amie Fatou m’a téléphoné. Elle a appris que j’allais très mal. Elle fait partie d’un groupe FB sur l’HG… Tiens ! Tiens ! Elle m’a raconté ses grossesses et enfin ! Je me suis reconnue ! Ça y est ! Une personne me comprenait. Je me suis inscrite sur ce groupe.

J’ai enfin eu une réponse : je souffre d’HG.

Que dire ? Les témoignages défilaient sous mes yeux. Elles étaient moi. Je n’étais pas seule.

Et durant 8 mois, des femmes lambda vont m’aider à être forte. A minuit je pouvais écrire que j’étais mal à force de vomir, j’avais des réponses.

Dois-je mentionner ce gynéco qui m’avait conseillé d’aller voir un psychiatre car tout était dans ma tête ? Que je me forçais à vomir… pourquoi les soignants nient-ils nos symptômes ? Pourquoi une telle méconnaissance ? Pourquoi un tel rejet ? J’en viens à me demander si nous sommes des sous patients.

Me rendre compte que de simples femmes enceintes s’entraident plus qu’un professionnel, il y a de quoi se poser des questions.

Aujourd’hui je témoigne car je suis passée à côté de ma grossesse. Oui j’ai voulu avorter. Oui j’ai pleuré de désespoir. Oui je n’ai jamais parlé à ma fille dans mon ventre. Cette enfant miracle et arc-en-ciel me faisait souffrir. Comment comprendre, si on n’a pas un bon médecin, que c’est cette HG qui nous plonge dans cet état ? J’ai eu la chance d’avoir un bon médecin. Mais les autres? Je veux témoigner car si je peux aider ne serait-ce qu’une personne, alors j’en serai heureuse.

Cette souffrance indicible ne doit plus rester dans l’ombre. J’ai vécu la pire période de ma vie. Non je n’oublierai jamais. Et oui, j’aiderai comme je le peux d’autres femmes, pour les générations futures. Que les petites filles d’aujourd’hui soient demain des femmes enceintes réellement suivies. Les personnes ne vivant pas cette horrible maladie ne peuvent pas comprendre combien cela nous change. Il n’est pas normal de laisser dépérir des femmes ainsi.

Il ne faut plus jamais entendre que nous vomissons nos bébés ou que nous sommes des vomisseuses.

Lorsque je regarde ma fille, mon souffle de vie, si petite, si réelle, je peux affirmer que non, je n’ai jamais eu envie de la vomir. Les mots ont du poids. Les mots ont des conséquences.

A vous futures mamans, vous n’êtes pas folles. Changez de médecins s’il le faut. Mais ne baissez pas les bras.

Lorsque vous accoucherez, tout ira mieux. Inscrivez-vous sur des groupes comme le mien. Ne restez pas isolées. Vous trouverez du réconfort. J’ai tenu grâce à mon groupe. J’ai reçu des mp à mes pires moments. J’ai même pu rire. Nous sommes fortes. Nous supportons beaucoup. Les soignants devraient tous être bienveillants. Ils devraient être informés. Hors, peu le sont. Il est tellement triste de devoir se débrouiller seule alors qu’ils devraient nous aider. Les lignes bougent. C’est encourageant.

Par ces mots, j’ai souhaité raconter mon expérience douloureuse. Elle sera inscrite en moi pour toujours. On m’a aidé. A mon tour de le faire à mon petit niveau. Demain j’irai rendre les médicaments restants à la pharmacie. J’ai vaincu.