Témoignage déposé le 18/03/2020
Parce que peu de gens connaissent l’hg j’ai décidé de mettre les mots sur cette pathologie.
Car oui « la grossesse n’est pas une maladie »
À force de nous le rabâcher, on a enregistré…
Par contre, l’hyperémèse gravidique en est une.
Rien que son nom n’est pas beau à entendre, mais la vivre au quotidien c’est juste un cauchemar de chaque instant.
Parce que les « nausées matinales » sont loin de s’arrêter le matin, ni la nuit d’ailleurs, c’est quelque chose qui fait partie de nous du matin au soir, qui nous réveille la nuit, ça ne s’arrête jamais.
Ça représente des vomissements tous les jours sans un jour de répit, parfois des dizaines de fois par jour pour certaines, de la bile, des glaires, parfois même du sang…
Alors je vous laisse imaginer le mal être que ça provoque !
Des douleurs physiques, au ventre, à l’estomac, ça nous brûle de l’intérieur, des douleurs morales, quand est-ce que ça va s’arrêter ? On ne peut plus ni boire ni manger en quantités suffisantes, on ne peut plus rien faire, nous sommes coupées du monde, plus de vie sociale et même à la maison, nous ne sommes plus vraiment là…
Quand je vois que la plupart des gens sont au bout de leur vie au bout de 48h de gastro… imaginez ça tous les jours pendant des mois…
Petit à petit la grande joie d’attendre un bébé donne place à de la tristesse, de la culpabilité, de la solitude, du désespoir.
Et tout ça bien malgré nous car bien sûr qu’on aime déjà ce petit être qui grandit en nous, plus que tout, et c’est ce qui nous donne de la force !! Car on doit continuer d’avancer, on doit être forte jusqu’à ce que bébé soit là, dans nos bras, et on comprendra à quel point ça en valait la peine de tenir le coup.
Quand on voit qu’il y a 800 000 naissances par an en France, et que cette maladie touche 3% des femmes, ça veut dire que nous sommes 24000 à souffrir de ça chaque année sans qu’on en entende parler. Personne ne connaît cette maladie.
On passe donc pour des femmes qui s’écoutent trop, trop fragiles, qui ne se rendent pas compte de la chance qu’on a de pouvoir attendre un enfant alors que tant d’autres ni arrivent pas, nous n’avons pas le droit de nous plaindre qu’on nous dit.
Mais excusez-moi de vous dire que vous mélangez tout ! Bien sûr qu’on sait la chance qu’on a d’attendre un bébé mais du coup nous devrions souffrir en silence ? Sans traitement efficace ? Dépérir de jour en jour, perdre plus de 10% de notre poids alors qu’on devrait plutôt en prendre, ça sera toujours ça en moins à perdre après qu’on nous dit… on ne peut même plus se regarder dans une glace tellement notre reflet fantomatique nous fait peur. Alors que doivent subir nos proches ? De nous voir dans cet état en étant totalement impuissant face à notre douleur. Comment leur faire comprendre que même l’odeur de leur parfum nous dégoute, tout nous dégoute, l’odeur de l’eau du riz nous dégoute. On ne supporte même pas un câlin alors qu’on a tellement besoin de tendresse et de réconfort.
On finit par faire un tour à l’hôpital tellement on est déshydratée et en carence de tout. Et là, déjà que le moral est souvent au plus bas, on nous pulvérise le moindre petit restant de moral qui nous reste en nous faisant subir un protocole barbare, où on nous met dans le noir, sans écran ni visite. On doit rester seule, avec nos pensées. Je ne vois vraiment pas en quoi cela va nous aider à nous sentir mieux. Ça nous isole encore un peu plus qu’on ne l’est déjà, ça nous oblige à penser encore plus à nos nausées sans avoir d’échappatoire, ça nous détruit tout simplement.
Au Canada et en Angleterre (merci à la princesse) les choses ont déjà commencé à bouger, les recherches avancent et on sait déjà aujourd’hui que cette maladie est génétique et hormonale, donc NON ce n’est pas dans notre tête. C’est physiologique, ça nous tombe dessus comme ça et on subit.
Des patientes doit changer, être dans la bienveillance et le soutien, les indications de traitement déjà donnés au Canada doivent être mises en avant dans notre pays. Il y a des solutions, nous pouvons être un minimum soulagées, par des médicaments, par un soutien, en stoppant la culpabilisation avec des réflexions toutes faites et irréfléchies.
(Il faut arrêter de maigrir, il faut manger, il faut boire, il faut arrêter de se plaindre, il faut se bouger un peu, c’est pour un heureux événement faut pas être triste, il faut patienter, il faut arrêter d’y penser etc…)
Alors maintenant que vous en savez plus, essayer de comprendre le mal être que cette maladie provoque et apportez votre soutien aux femmes qui en souffrent, et épargnez leur vos jugements tout fait car, ce serait vous à notre place, comment vous sentiriez vous ?
Merci de partager au maximum pour mettre en lumière ce sujet, si ça peut aider ne serait ce qu’une seule femme qui vit la même chose que moi, ce sera une victoire.
Merci.
