Témoignage déposé le 04/03/2023
Je souhaiterais vous faire part de mon témoignage et également vous remercier pour votre soutien envers toutes les femmes atteintes d’HG.
Merci pour ce que vous faites.
Nous sommes le 28 Août 2019 et tout commence.
Mon cauchemar commence, mais ça ne je le savais pas encore.
Je devais aller travailler ce jour, mais c’est impossible, je ne peux pas me lever.
C’est impossible vraiment, mon corps ne peut pas se lever.
Mon conjoint me secoue un peu » Clémence lève toi tu vas être en retard ! »
» Mais je te jure je ne PEUX pas! «
Des nausées tellement fortes à en faire un malaise, et commencent les vomissements.
Les « fameux » vomissements.
Ceux qui vont devenir mes pires ennemis pendant les 8 prochains mois (oui je suis enceinte de seulement 4 semaines).
Ceux qui vont me hanter, ne jamais me lâcher, jour et nuit. Tout le temps, en rafales. Toujours plus violents.
Et tous les copains des vomissements arrivent petit à petit ( l’hypersalivation, la fatigue extrême, les douleurs ligamentaires, l’acné, l’hyperpigmentation, etc.. Je crois que j’ai eu tous les symptômes qu’une femme enceinte peut avoir… ou presque).
J’arrive à me traîner tant bien que mal chez mon médecin traitant qui me dit « c’est normal la grossesse c’est énergivore »
Je suis arrêtée 1 semaine.
Je ne comprends pas ce que j’ai, mais je comprends vite que c’est pas normal.
Ce ne sont pas de simples nausées.
Je perds 8kg en 3 semaines…
Mon œsophage me brûle, mon ventre se creuse, ma peau part en lambeaux, je perds mes cheveux, mes cils, je commence à avoir les dents abîmées.
Je ne peux rien avaler, ni nourriture, ni eau.
Je bois un verre, je vomis un seau.
Je ne compte plus les vomissements, ça ne sert a rien, il y en a tellement.
Parfois j’en enchaîne 5 d’affilés, parfois j’ai 20 minutes de répit.
Parfois je vomis par le nez.
Parfois je me dis que je vais arrêter, que c’est pas possible de vivre tout ça.
J’essaie juste de survivre en portant la vie.
Pour l’instant je ne sais toujours pas ce que j’ai. Personne ne comprend d’ailleurs.
Comment peut-on être enceinte et aussi mal ? Est-ce que ça existe vraiment ?
Le peu de temps de répit que j’ai, je le passe sur mon téléphone et je cherche, je cherche ce que j’ai.
Je tombe sur l’Hyperémèse Gravidique, j’envoie un message à ma mère qui me répond : « mais non toi c’est pas ça, ça va se passer. »
Finalement, mes parents finissent pas m’emmener aux urgences tellement inquiets de voir leur fille dépérir à ce point.
Je suis allongée dans la salle d’attente avec 3 sacs plastiques dans les mains, je crache, je crache partout, dans mes sacs, dans les poubelles, j’en peux plus.
La gynécologue arrive : je vois sa tête choquée. Elle me regarde, m’aide à me lever, et me dit : vous, je vous garde c’est sûr.
Elle comprend vite et est la première à poser les mots sur ce que j’ai : vous faites des vomissements gravidiques, je vous hospitalise.
Merci à elle.
Les analyses montreront bien sûr que je suis complètement déshydratée, mon bébé lui ça va, il est toujours là, c’est le principal.
Et pourtant qu’est-ce que je lui en veux à ce bébé ! De me faire autant souffrir ! C’est débile, il souffre certainement autant que moi à l’intérieur.
Je reste 5 jours, on essaie tant bien que mal de me soigner.
Primperan en quasi permanence en perf.
Ça ne fait ABSOLUMENT rien.
Je vomis toujours autant.
On me donne du Largactil le soir avant mon dernier repas.
Wouah super, je peux garder mon dernier repas ! Je ne le vomis pas ! Bah évidemment je suis complètement shootée, je m’endors direct.
Je sors de l’hôpital, je tiens 3 semaines de plus avec le Largactil. Et puis ça y est… ça ne fait plus effet… je ne peux à nouveau plus rien garder. Et puis j’en ai marre d’être shootée tout le temps, c’est pas une vie.
Je me pèse… je suis à -10kg… non seulement j’ai pas grossi, mais j’ai encore perdu.
Je suis à 13 SA et j’ai l’impression que cet enfer ne se terminera jamais… j’ai une douleur terrible aux côtes (j’apprendrai plus tard que toutes mes côtes côté droit sont complètement déplacées à cause des vomissements trop violents).
Je suis l’ombre de moi-même.
Je ne supporte plus rien ni personne.
Même ma famille, je deviens exécrable.
» Clémence va prendre l’air ça te ferait du bien «
« Mais vous comprenez pas que le moindre mouvement me demande une énergie folle ? Que si je me lève je vomis 2 fois plus !? » » Foutez-moi la paix ! »
C’en est trop, mon conjoint décide de me ramener aux urgences.
Cette fois-ci, je tombe sur des infirmières et des sages-femmes qui ont l’air de ne rien connaître à cette pathologie.
Je sens que je dérange, je sens qu’on s’en fout de moi. Royalement.
Et je continue toujours à vomir et à cracher dans leurs malheureux haricots bien trop petits pour moi ! Il m’en faudrait 15 au moins.
On me laisse poireauter dans un couloir de longues minutes qui me paraissent des heures. Je demande un brancard, n’importe quoi, mais je n’arrive vraiment pas à tenir debout ou assise.
Mon état est catastrophique.
Tout le monde s’en fout.
Ont fini par me mettre dans un box, on me fait une écho, me pose des questions, me pèse.
Puis une sage-femme me dit : vous êtes sûre que vous n’avait pas des problèmes familiaux ? Ou psychologiques ? C’est pas normal vous savez de vomir autant !
Je sens que la pression monte, mais j’ai si peu de forces que je laisse passer.
On m’hospitalise de nouveau sous perf, Primperan, etc…
On m’explique qu’il faut que je reste dans le noir, pas de télé, pas de téléphone.
J’explique que si c’est ça leur protocole je m’en vais.
On finit par me mettre sous ZOPHREN.
Au début il n’y a pas d’effets… je désespère…
On me fait sortir au bout de 5 jours car « on ne peut plus rien pour vous madame ».
On me donne 5 JOURS d’arrêt maladie ! Une ABERRATION, je reste choquée.
Heureusement, de retour chez moi, je continue tous les jours le ZOPHREN en quantité assez importante, et miracle, au bout de 5-6 jours mon corps va mieux.
Le Zophren m’a sauvée.
Je retrouve une énergie, mes vomissements passent de 40 par jour à 2-3 par jour.
Mon hypersalivation a disparu !
Mon moral revient.
Ça y est, je vais enfin pouvoir boire et manger ?
Serait-ce la fin de mon enfer?
En réalité pas totalement.
Je continuerai ma grossesse en étant hypersensible aux odeurs, un rien pouvait me déclencher un vomissement.
Une fatigue toujours très présente.
Mais mon quotidien était nettement amélioré.
Je vomis quand même jusqu’à la fin, 3 fois pendant l’accouchement, oui, sinon c’est pas drôle !
J’accouche finalement le 21 avril 2020, à terme, d’une petite fille en parfaite santé.
Nous avons eu tout de suite une relation incroyable, si fusionnelle, si forte.
En revanche, je mettrais des mois à me remettre de cette grossesse.
Je dirais même encore aujourd’hui que mon corps n’est plus tout à fait le même.
J’envoie toute ma force et mon courage aux femmes qui traversent cette épreuve.
La route est longue et compliquée, mais le résultat est merveilleux.
