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Témoignage de Laure

Témoignage déposé le 07/09/2023

 

Deux semaines après avoir appris être enceinte, les premiers vomissements sont apparus.

Au travail. Impossible à cacher. J’ai dû annoncer ma grossesse beaucoup plus tôt que prévu.

Avant même de l’annoncer à mes parents ou à ceux de mon conjoint.

Au fil des jours, je vomissais de plus en plus mais, toutes mes collègues femmes me racontaient leurs déboires de grossesse alors je pensais que c’était normal.

Épuisée, mon conjoint devait venir me chercher au travail et était obligé de s’arrêter plusieurs fois sur le trajet pour me permettre de vomir.

Après deux semaines, les choses se sont encore empirées. Non seulement je vomissais chaque bouchée et gorgée avalées mais, en plus, je ne supportais plus la lumière du jour, plus aucune odeur, plus aucun son, plus aucun contact.

Tous mes sens étaient chamboulés. Je ne pouvais plus rien faire : ni lire, ni regarder la télé, ni même parler.

Je maigrissais à vue d’œil, et je n’avais parfois pas la force de quitter le canapé pour aller me coucher dans mon lit.

L’odeur du savon me faisait vomir, être debout me faisait vomir alors je ne me douchais que rarement, et avais arrêté de me laver les cheveux. Je n’en avais plus l’énergie et ai fini avec des Dreads lox.

J’avais l’impression d’être coincée, enfermée dans mon corps. La joie de nos proches à l’annonce de la grossesse ressemblaient à des coups de poignards : « et moi dans tout ça? Mon état lamentable, ça ne compte pas? »

J’ai passé Noël et Nouvel an, seule, dans le noir, dans mon lit, à attendre que le temps passe.

Un matin, en regardant la fenêtre de ma chambre, je me suis surprise à penser que, si je sautais, tout s’arrêterait.

C’était la première (et seule !) fois de ma vie qu’une idée de ce genre me traversait.

Heureusement, mon conjoint a été formidable et m’a soutenue. Il a accepté toutes mes sautes d’humeur, a essayé de répondre à chaque micro envie qui pouvait germer, espérant que j’allais pouvoir enfin garder quelque chose dans mon ventre. Nous avons même parlé avortement, alors que ce bébé avait été désiré plus que tout. Aujourd’hui encore, je ressens de la culpabilité d’avoir pu l’envisager.

Autre chance, ma généraliste était une amie. Elle m’a tout de suite crue, n’a pas minimisé mon vécu. Elle m’a permis de prendre conscience que mon état était anormal alors que j’avais juste l’impression d’être « une petite nature » face à toutes les autres qui ne s’arrêtaient pas de travailler.

Elle a rapidement posé le diagnostic d’HG et a tenté plusieurs traitements, jusqu’au Donormyl.

Le 24 décembre, à 17h, elle m’a prescrit un extrêmis, une solution hydratante, m’évitant ainsi l’hospitalisation.

Petit à petit, les vomissements ont cessé. Mais, encore dans le déni de la violence de ce que je venais de vivre et de ce que mon corps avait subi, j’ai repris le travail trop rapidement. 

Épuisée, mon corps m’a lâché et j’ai perdu connaissance dans des escaliers. J’ai écopé d’un beau trauma crânien et d’une grosse frayeur. Aujourd’hui encore, j’ai dû mal à me sentir légitime lorsque je parle de l’hg. Grâce à cette pilule miracle, ça n’a pas duré 9 mois,  juste 3 pendant lesquels j’ai eu l’impression de glisser vers les enfers.