Témoignage déposé le 08/04/2023
Janvier 2023. Me voilà de nouveau enceinte. Une joie immense m’envahit et à la fois une peur intense. Une peur de revivre ces vomissements violents, ces crampes d’estomac, ces -10kg, ces hospitalisations… et puis la joie prend le dessus.
Je reste persuadée que chaque grossesse est différente, c’est ce qu’on m’a répété sans cesse.
Manque de bol, premier symptôme : vomissements. Et ça recommence : « c’est le premier trimestre », « c’est psychologique », « tu stresses trop », mais tu sais pertinemment ce qui t’attend et que de nouveau, tu te sentiras seule.
Je me suis souvenue du Cariban qui m’a permis d’avoir des phases de répit. Mais aujourd’hui je dois me limiter, car cette fois-ci, j’ai ma fille de 15 mois à prendre soin et un foyer à chérir.
Cariban = DORMIR, plus que dormir, la somnolence est en toi. Je dois m’occuper de ma fille, être opérationnelle, alors je limite les prises. Alors ça me permet de limiter les vomissements mais ils sont omniprésents.
Ils sont tellement répétitifs qu’elle finit par en rire et m’imiter, ça me permet de relativiser. Mais la culpabilité me ronge, je n’ai plus de force. Plus de force pour l’emmener 5 min jouer au parc dehors, plus de force pour la porter, plus de force pour lui donner le bain, plus de force pour cacher ces larmes et toute cette souffrance. Je me dis qu’elle n’a pas mérité de vivre ça, et en même temps, elle seule me permet de tenir. Elle est mon pilier, mon bonheur, mon envie de croire que dans 6 mois tout sera fini, et un deuxième bonheur sera parmi nous. Je suis à 4 mois, à la différence de ma première grossesse, je ne travaille pas. Je ne pouvais pas imaginer revivre les vomissements au volant, en sortant de chez mes patients, devoir me cacher derrière ma voiture. Aujourd’hui, je les vis au quotidien, en cuisinant, en marchant, en l’endormant. Et puis les aigreurs d’estomac viennent s’ajouter mais tu continues de sourire pour que ton enfant ne ressente pas ton mal être. Et puis tu craques. Et elle t’enlace. Et tu te rappelles le pourquoi de ta souffrance actuelle : tu vas mettre au monde une partie de toi, un trésor. Aujourd’hui, mon plus grand soutien est ma fille et à la fois ma plus grande épreuve. Le change, le bain, jouer, chanter m’essoufflent. Quand j’y arrive, c’est une véritable fierté.
J’ai découvert le terme Hyperémèse Gravidique lors de ma première grossesse. Ma colocataire est venue toquer à ma porte et m’a dit « Julie, c’est sûr, tu fais de l’Hyperémèse Gravidique. » Elle venait m’épauler en pleine nuit. Je me vidais complètement. J’étais seule, sans mon mari, mais enfin j’avais compris que ce n’était pas psychologique. Aujourd’hui, je n’hésite plus à en parler et j’affirme : Non, ce n’est pas psychologique. Non ça ne dure pas 3 mois. Oui, j’ai besoin de soutien, besoin de verbaliser ma souffrance et je demande de l’aide.
