Témoignage déposé le 14/12/2023
En 2021, j’ai 37 ans, nous décidons de faire un enfant. Ça faisait des années que je voulais un enfant, mais j’ai mis du temps à trouver la bonne personne.
Je tombe enceinte rapidement.
Octobre, c’est la rentrée, j’ai repris des études, je vais à la fac, et je travaille toujours à côté pour gagner ma vie. Je suis très heureuse mais très nauséeuse, je vomis, bon… je pense que ce sont les nausées « normales », même si je me doute que quelque chose cloche. Je n’arrive plus à prendre le métro, je vomis tout le temps, je me sens très mal.
1ère fausse couche, au bout de presque 3 mois…
Je retombe enceinte l’été suivant.
Les vomissements, les nausées, la fatigue, tout reprend, et devient encore plus envahissant. Je continue de travailler en me disant que ce sont des nausées normales. Que j’exagère, que je suis trop sensible. J’ai un souvenir cauchemardesque où je me suis déplacée à Lille pour le travail, et je devais entre autres distribuer, vous savez, ces petits sapins bas de gamme qui sentent l’odeur « sapin » qu’on met dans les voitures. Imaginez… alors je ne supporte même pas l’odeur de mes propres cheveux… Je vomis derrière mon étalage entre deux distributions de sapins… je carbure aux cocas qu’un collègue m’apporte. Puis je vomis dans la rue en rentrant, j’erre dans les rues, n’osant pas entrer dans un restaurant, trop écœurée, je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Je rentre dans ma ville et la nausée devient métaphysique, la vie me dégoûte, je m’abrutis devant des dessins animés le soir, pour ne pas penser, et tomber de fatigue. Le matin, c’est impossible de me lever sans vomir, et c’est un enfer d’aller travailler, étudier. Et ça empire encore, je ne peux plus regarder les dessins animés, mon compagnon m’offre un très beau livre de photos, que je regarde souvent, ne sachant plus que faire de moi-même, heureusement c’est le mois d’août, et je ne travaille pas. Je suis l’ombre de moi-même. A chaque vomissement, qui sont incessants, je prie pour ne pas faire de deuxième fausse couche. Ne pas traverser tout ça pour rien. Mais le cœur de mon bébé s’arrête, au bout de 3 mois, je l’apprends à l’échographie. On me fait un curetage… je suis désespérée de perdre une deuxième fois un bébé.
3ème grossesse, j’ai entre-temps appris que j’avais de l’hyperémèse gravidique, et ma nouvelle gynéco me prescrit du Cariban, et là, je suis sauvée, je vomis certes, je suis assommée par la molécule certes, mais je revis. Je peux me lever le matin, aller travailler, aller étudier. La nausée est perpétuelle, mais les vomissements moins fréquents. Je ne fais pas de fausse couche. J’écris mon mémoire de master au-dessus des toilettes, car à 8 mois de grossesse, je vomis encore, même avec le Cariban, mais c’est faisable. Ça n’a rien à voir, même, car c’est supportable. Je rote une odeur de soufre à longueur de journée, l’odeur est horrible et ça me fait vomir, mais j’ai du répit, parfois une heure entre deux vomissements. Ma fille arrive après 8 mois de grossesse. Elle est en pleine forme, adorable, nous l’aimons tellement.
Le même mois, j’ai fini mon master.
Depuis, si quelqu’un évoque Lille, les dessins animés ou le nom du photographe du livre, j’ai un haut le cœur épouvantable !! Mon corps a gardé la mémoire.
Et à chaque médecin que je croise, chaque gynéco, chaque sage-femme, je parle de l’HG, et je parle du Cariban.
Je voulais un deuxième enfant. Impossible, je sais que ça veut dire m’arrêter de travailler durant presque 9 mois, car je ne recommencerai pas cette folie de travailler en étant si mal (ça m’a quand même fait perdre les eaux plus d’un mois trop tôt), et je ne peux pas me le permettre financièrement. J’aurai 40 ans dans quelques semaines. Je pense que mes 2 premières fausses couches ont été dues aux contractions ultra violentes et incessantes de mon estomac durant les vomissements. Je n’aurai pas de deuxième enfant, alors que je l’ai tellement voulu. Mais je ne me vois pas recommencer la folie de travailler avec de l’HG, et encore moins avec ma fille. Je ne supportais aucune odeur, même pas celle de mon compagnon, même pas la mienne, alors changer un bébé !! Mon compagnon non plus n’est plus très d’accord, car il sait que c’est aussi mettre sa vie à lui entre parenthèses pendant 9 mois, puisque je n’étais plus capable de rien, même avec le cariban.
