Témoignage déposé le 20/12/2025
Il m’a fallu plusieurs années pour écrire mon témoignage.
J’ai vécu l’Hyperémèse Gravidique une première fois en 2018. Après des centaines de vomissements, une errance médicale, une maltraitance psychologique “c’est dans votre tête”, une envie de tout arrêter, mon fils est né en mars 2019. Il faut imaginer 2 secondes avoir une énorme gastro tous les jours pendant des mois. Ça s’appelle de la torture.
C’est l’échographie des 3 mois qui m’a donné l’espoir, la force de poursuivre ma grossesse, ainsi que mon entourage amical extrêmement présent.
Mon petit garçon a pu naître, le plus beau moment de ma vie. J’ai eu la chance dans mon malheur que l’HG ne dure “que 4 mois et demi”. J’ai également eu la chance de ne pas avoir de séquelles physiques. Des séquelles psychologiques oui évidemment.
J’ai mis plusieurs années à envisager une deuxième grossesse. J’ai été diagnostiquée post grossesse pour l’Hyperémèse Gravidique.
Après des rdvs au CHU, un travail psychologique, une préparation digne d’un marathon, je me suis sentie prête, et mon conjoint aussi. Notre fils avait 5 ans.
Je suis tombée rapidement enceinte. J’ai tenu, je dis bien “tenu”, 1 mois et demi.
L’HG m’a rattrapée, et là je ne pouvais pas, je ne pouvais plus.
La réminiscence des souffrances passées, le traumatisme, la douleur physique et psychologique.
Comment revivre cette horreur ? Et comment être maman en revivant cette horreur ?
Je n’ai pas pu. Aucun médicament n’a aidé. La doxylamine + pyridoxine n’a pas marché (non remboursé au passage, ce qui renforce les inégalités sociales). Quant à l’ondansétron, “c’est trop tôt madame”, trop tôt pour me donner un médicament qu’on donne aux patients qui ont des cancers contre les nausées dues au traitement ?
C’est un cauchemar. C’est si absurde, si violent. L’acupuncture, l’hypnothérapie… rien n’a marché pour moi à ce moment-là.
C’est une des expériences les plus douloureuses de ma vie.
Après un an de travail psychologique, je me suis pardonnée ce choix, car je ne pouvais pas faire autrement. J’ai avorté à contre-coeur, non, je n’ai pas “choisi”. J’ai laissé partir notre rêve, notre deuxième enfant, à cause de cette pathologie, et uniquement à cause de ça.
Je suis en colère contre les institutions qui délaissent les femmes, les sujets de femmes ne sont pas prioritaires, pourtant je suis bien certaine qu’il existerait des solutions si la recherche s’y intéressait.
Merci aux scientifiques femmes qui font avancer la science, merci également au (…) qui m’a diagnostiquée, ainsi qu’au travail exceptionnel de l’association de lutte contre l’HG. Vous donnez foi en l’être humain. Les choses bougent, on parle de l’HG et c’est grâce à vous.
Voilà mon histoire. Je ne me réparerai jamais de cette histoire, j’y pense chaque jour. Je ne serai pas maman une deuxième fois à cause de cette pathologie et du manque de solutions apportées.
J’envoie énormément d’amour à celles qui ont traversé, qui traversent, qui traverseront l’HG. J’envoie de la force et de la sororité à celles qui ont leurs bébés, et à celles qui n’ont pas pu. Ce n’est pas de VOTRE faute.
Vous êtes des femmes extraordinaires dans un monde fou.
