Témoignage déposé le 08/07/2026
Je souhaite vous faire part de mon témoignage en tant que mari d’une épouse atteinte d’hyperémèse gravidique.
Notre parcours est semé de difficultés. Après le diagnostic d’une infertilité inexpliquée (qui représente environ 25 % des infertilités féminines diagnostiquées), nous décidons d’entamer un parcours de PMA afin de concrétiser notre désir de fonder une famille. Ce parcours est long, épuisant physiquement et moralement, et douloureux. Puis vient enfin l’annonce d’une grossesse gémellaire.
Nous sommes aux anges. Nous y étions enfin.
Mais dès les premières semaines de grossesse, les nausées deviennent très importantes, les vomissements également, ainsi que l’incontinence qui peut malheureusement les accompagner. Et là, on se pose la question que tout conjoint ou toute conjointe devrait se poser à ce moment-là : que peut-on faire ? Nous ne sommes pas médecins, nous ne pouvons pas expliquer ce qu’il se passe. Voir notre conjointe vomir la moindre chose qu’elle ingère entraîne des peurs et des doutes quant à sa santé et à celle de ses futurs enfants.
Dans notre malchance, nous avons heureusement la chance de vivre dans l’une des régions de France les plus adaptées à ce genre de situation. Lors d’un rendez-vous gynécologique de datation, mon épouse exprime ses symptômes, qui sont immédiatement pris au sérieux. Elle est redirigée vers un professeur dont c’est le domaine d’expertise. C’est un médecin qui répond rapidement : il l’appelle sous 48 heures afin d’évaluer la situation et prescrit un premier traitement pour tenter d’atténuer les symptômes.
C’est là que notre rôle commence : celui du soutien, physique comme moral. J’ai pris conscience qu’il fallait que je fasse tout pour la soulager. Je vais chercher les médicaments, je fais les courses, je pense à tout. Absolument tout. Je gère l’agenda des rendez-vous, je surveille au quotidien ce qu’elle parvient à manger ou non. Je cuisine, je m’assure qu’elle ait toujours de quoi se nourrir et boire. Surtout, je veille à ce qu’elle puisse se reposer pendant que j’assure le reste, afin qu’elle n’ait à se concentrer sur rien d’autre.
Dans un premier temps, le traitement fait un peu effet, mais les vomissements persistent, les nausées restent très violentes et un début de déshydratation s’installe. Elle doit recevoir la visite biquotidienne d’infirmières à domicile afin de mettre en place une hydratation par voie intraveineuse. C’est contraignant. Notre vie est rythmée par mon travail, les soins, les rendez-vous, et tout ce qu’il faut mettre en place pour qu’elle n’ait qu’à se reposer, tant les nausées et les douleurs abdominales sont importantes. Mais nous savons qu’au bout du chemin nous attend une merveille.
Pour atténuer au maximum les nausées, le médecin prescrit un dernier antiémétique, très efficace. Je vais donc chercher le traitement, mais je me heurte à des pharmaciens qui refusent de le délivrer au vu de certaines études évoquant un risque de fente labiale chez le fœtus lorsqu’il est utilisé au cours du premier trimestre de grossesse. Le médecin nous rassure : au regard des données les plus récentes, il n’y a aucun risque démontré. Selon lui, les pharmaciens disposent très certainement de données anciennes, désormais obsolètes.
Une première pharmacie refuse catégoriquement de nous délivrer le traitement, alors même qu’il s’agit d’une ordonnance médicale, que nous sommes informés des risques supposés et que nous acceptons malgré tout de suivre la prescription. Ce refus nous met en colère, car nous avons confiance dans l’expertise du professeur qui suit ma femme pour sa grossesse et son hyperémèse.
Nous sommes alors contraints de nous rendre dans une seconde pharmacie, qui refuse également dans un premier temps après avoir consulté les informations dont elle dispose. Je suis alors obligé d’argumenter, d’expliquer que nous sommes pleinement informés et que le professeur prescripteur est prêt à échanger avec eux si nécessaire. J’explique également que nous n’engagerons aucune poursuite si une malformation devait malgré tout survenir. Je fais cela uniquement pour qu’ils acceptent enfin de délivrer le traitement et de soulager ma compagne.
Nous finissons par récupérer le traitement, qui s’avère extrêmement efficace. Il ne rend malheureusement pas à ma femme une grossesse normale. Au point qu’elle a failli craquer psychologiquement. Elle s’est même imaginée se jeter dans les escaliers pour que toute cette souffrance cesse. Je ne l’ai appris que bien plus tard.
Malgré cette épreuve, nous avons décidé de tenter une seconde grossesse. Avant cela, je me suis assuré qu’elle était pleinement consciente des risques de récidive de l’hyperémèse et de tout ce que cela impliquait. Nous avons eu la chance que cette grossesse soit spontanée, mais l’hyperémèse est revenue. Nous savions que les probabilités étaient très élevées. Cette fois-ci, il n’y avait qu’un seul fœtus et le traitement a pu être instauré beaucoup plus rapidement. Ma femme a donc pu vivre une grossesse bien plus supportable que la précédente. Elle a pu continuer à travailler, vivre et réaliser davantage d’activités au quotidien.
En conclusion, le plus important, messieurs, est d’écouter votre conjointe. Si elle se plaint de douleurs ou de nausées inhabituelles, prenez le temps d’en parler avec elle, puis avec le gynécologue qui la suit. Oui, les nausées du premier trimestre existent. Mais pas au point de perdre du poids, de ne plus pouvoir s’alimenter ou de boire, et d’être épuisée en permanence.
Les plaintes de votre compagne ne sont pas là pour vous ennuyer. Elles sont des signaux d’alerte. Une hyperémèse gravidique met en danger votre conjointe ainsi que votre enfant à naître. Prenez-les au sérieux. Et si un professionnel de santé refuse de prendre ces symptômes au sérieux, n’hésitez pas à demander un second avis. Ne la laissez jamais affronter cette épreuve seule.
