Avancées thérapeutiques et perspectives de traitement curatif
Présenté à l’ICHG 2026
Pr Rebecca Reynolds
Rebecca Reynolds, professeure de médecine métabolique à l’University of Edinburgh, a présenté les avancées médicamenteuses et les perspectives vers un traitement curatif. Grâce à la découverte de l’hormone GDF15 en 2020, une étape majeure a été franchie dans la compréhension et la recherche d’un traitement de l’hyperémèse gravidique (HG). Le taux de GDF15 augmente jusqu’à 20 fois au cours du premier trimestre de grossesse et est responsable des nausées et vomissements.
La sensibilité à la GDF15 et/ou la différence entre les taux présents avant la grossesse et ceux observés pendant la grossesse constituent des indicateurs de risque d’hyperémèse gravidique (HG), c’est-à-dire les formes sévères de nausées et vomissements de la grossesse.
Lorsque la metformine est administrée avant la grossesse, les taux de GDF15 dans l’organisme augmentent progressivement et atteignent un pic après environ six mois de traitement. Plusieurs études suggèrent qu’une augmentation préalable de la GDF15 pourrait diminuer la sensibilité à cette hormone et réduire l’écart entre les taux avant et pendant la grossesse. Cela pourrait entraîner une diminution de la fréquence ou de la sévérité de l’hyperémèse gravidique.
La metformine est un médicament utilisé dans le traitement du diabète de type 2. Elle est prise par environ 200 millions de personnes dans le monde, y compris pendant la grossesse, notamment en cas de diabète gestationnel. Elle est également utilisée dans le traitement du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ainsi que chez certaines femmes souffrant d’obésité pendant la grossesse (IMC supérieur à 40). À court terme, elle présente plusieurs effets bénéfiques, comme une réduction du poids de naissance chez les femmes diabétiques, et elle est généralement considérée comme sûre.
Cependant, lorsqu’elle est prise pendant la grossesse, la metformine traverse le placenta et ses effets à long terme sur le fœtus restent encore mal connus. Dans le cadre de la prévention ou de la réduction de l’hyperémèse gravidique, elle serait toutefois administrée avant la conception et non pendant la grossesse.
Une étude menée au Royaume-Uni auprès de femmes ayant souffert d’hyperémèse gravidique lors d’une première grossesse et souhaitant avoir un nouvel enfant a montré un fort intérêt pour participer à des recherches sur l’utilisation de la metformine avant la grossesse. Certaines femmes qui avaient auparavant renoncé à l’idée d’une seconde grossesse se sont même déclarées prêtes à reconsidérer ce projet afin de participer à ces études.
National Institute for Health and Care Research financera une étude portant sur plus de 300 femmes. La metformine sera administrée pendant les six mois précédant la conception. Les chercheurs espèrent observer une réduction significative des vomissements après la conception et au-delà des 12 premières semaines de grossesse. Cette étude porte le nom symbolique de « HOPE » (« espoir »).
Il est important de souligner que les recherches sur la metformine dans ce contexte en sont encore à un stade précoce (dit observationnel). De nombreux travaux restent nécessaires avant de pouvoir affirmer avec certitude que la prise de metformine avant la grossesse permet de réduire l’hyperémèse gravidique pendant la grossesse.
Conclusion :
La compréhension de l’hyperémèse gravidique (HG) a été profondément transformée grâce aux recherches sur GDF15.
Il est probable que la metformine réduise le risque d’hyperémèse gravidique en « pré conditionnant » la réponse biologique à GDF15 avant la grossesse.
Les données actuellement disponibles restent observationnelles et insuffisantes pour recommander une utilisation systématique en pratique clinique.
Fait particulièrement important : pour la première fois, nous disposons potentiellement d’:
– un mécanisme biologique cohérent expliquant la maladie ;
– un biomarqueur mesurable (la GDF15) ;
– une voie biologique potentiellement modifiable permettant de prévenir l’hyperémèse gravidique.
En d’autres termes, les chercheurs ont désormais une explication biologique crédible de l’hyperémèse gravidique, un moyen d’identifier les femmes à risque et une piste thérapeutique concrète pour tenter de prévenir la maladie avant même le début de la grossesse. C’est ce qui rend ces travaux particulièrement prometteurs, même s’ils doivent encore être confirmés par des essais cliniques.
