Témoignage déposé le 08/10/2025
Première grossesse en 2021 à 34 ans
Même si elle était désirée, j’appréhendais l’idée d’avoir un enfant et de perdre ma liberté.
Les nausées ont commencé à la fin du premier mois de grossesse. J’ai très vite été arrêtée car elles étaient paralysantes. Je suis mise sous doxylamine et pyridoxine.
Assez peu de vomissements, 2-3 par jour, mais impossible d’avoir la moindre activité, même intellectuelle comme lire un livre, ou même dire plus que quelques mots.
Je fais également de l’hyper salivation. Mon sac à crachat me suit partout.
Autour de moi, les professionnels de santé me répètent sans cesse que c’est normal, que cela passera après le premier trimestre et que l’essentiel est que le bébé aille bien.
J’angoisse à chaque rendez-vous que mes symptômes soient sous-estimés et qu’on ne prolonge pas mon arrêt maladie.
J’ai de la chance d’être très entourée mais face à la nouveauté de ces symptômes puissants et au manque de diagnostic, mes proches me font beaucoup m’interroger.
Est-ce parce que c’est une grossesse sur le tard ? (mes deux sœurs n’en ont pas souffert et ont eu leurs enfants dans la vingtaine) Ton corps a accumulé beaucoup d’hormones toutes ces années, il doit être en train de les libérer d’un coup. Est-ce parce que je fabrique un super bébé qui me demande plus d’hormones que la moyenne ? Est-ce parce que j’appréhende de devenir mère ? Est-ce que je voulais vraiment cet enfant ? Est-ce que je ne suis pas juste plus faible que les autres femmes ?
Le premier trimestre passe et pas d’amélioration.
J’entends parler de la HG sur internet mais je ne suis pas sûre d’en être atteinte, ou peut-être que je m’y refuse.
Je ne fais qu’un avec mon canapé, je ne me lève que pour faire mes besoins et ma toilette les jours où je me sens assez forte. Je suis seule toute la journée car mon mari travaille, quand il rentre je n’arrive pas à parler sans vomir mais j’ai un cruel besoin d’avoir du lien.
Il s’occupe de moi du mieux qu’il peut mais ma détresse psychologique est forte. Je me pose régulièrement cette question « voudrais-tu mourir ou préfères-tu continuer cette grossesse? » Tant que la réponse est « je ne veux pas mourir » je me dis qu’il me reste de la force. Je vois un psy quelques semaines, pour savoir si je ne risque pas de faire un rejet de mon enfant à sa naissance car je commence à avoir peur de cela, j’arrêterai ensuite de le voir car parler sans vomir m’est vraiment trop difficile.
De toutes manières, le psy est malheureusement impuissant face au mal qui me ronge.
Les rendez-vous médicaux se font accompagnés de mon mari mais sont source d’angoisse car le moindre effort physique s’ensuit de vomissements puissants.
« Marche ça te fera du bien » me disent mes proches. Non, la dernière fois que j’ai marché 300m j’ai vomi 2 fois, me suis effondrée en pleurs sur le trottoir et des passants m’ont ramassée.
J’ai le sentiment d’avoir une balle de golf coincée au fond de la gorge et qui me fait vomir. Je passerai plusieurs examens jusqu’à ce que l’on détermine que c’est psychologique. « Vous voyez madame tout ce dont est capable l’esprit ».
Pleurer m’aiderait à évacuer mais cela me fait vomir, donc à l’inverse je profite des vomissements pour fondre en larmes.
Je vomirai jusqu’à dans la salle d’accouchement.
Mais une fois mon bébé sorti de mon ventre, les nausées se stoppent net.
Malgré les désagréments physiques du post partum, j’ai le sentiment de retrouver ma santé, ma joie de vivre, mon extravagance, ce qui fait celle que je suis.
Mon post partum s’en est trouvé bien facilité. Je reprenais vie, et, soulagement, j’ai aimé mon enfant à la première étreinte.
Juin 2025, Je me laisse tenter par une seconde grossesse car « toutes les grossesses sont différentes » et je suis quasi certaine que cela ne se reproduira pas car les conditions de la première ne sont pas réunies, notamment le fait que ce deuxième je suis sûre de le vouloir! Et sûre de l’aimer!
Mais les nausées démarrent lentement au bout de seulement 2 semaines de grossesse. Je sens que cela recommence. Que ça monte crescendo. Le premier matin je fond en larmes dans les bras de mon mari « chéri je ne veux pas que ça recommence ». J’avertis mon employeur que je risque de m’absenter 1 an (je n’ai que 10 mois d’ancienneté), et je suis toute disposée cette fois à me faire aider. Hors de question de sombrer à nouveau dans une détresse psychologique.
Comme pour la première grossesse, peu de vomissements grâce au combo doxylamine et pyridoxine mais des nausées permanentes paralysantes tout de même.
Je trouve le contact du professeur sur internet, qui en 24h me diagnostique une HG sévère et me fait livrer des traitements pour un protocole en plusieurs étapes. Malheureusement, aucun de ces traitements n’aura l’effet désiré.
Il ne me reste que la patience. Je compte les jours jusqu’à être délivrée.
Mais cette fois, je sais ce que j’ai, ce n’est pas psychologique, je n’y suis pour rien, mon bébé non plus et je ne suis pas la seule à en souffrir.
Lire les témoignages et me retrouver dans les doutes, incertitudes et symptômes m’aident à ne pas déprimer.
Le plus dur pour moi est d’être un zombie pour mon fils de 3 ans, ne pas pouvoir m’en occuper lui qui, si petit, a besoin de sa maman. J’ai la chance qu’il soit tout aussi proche de son père.
J’ai hâte de redevenir moi-même.
Je liste les choses que je ferai quand j’irai mieux.
Ce sera ma dernière grossesse (nous voulions 3 enfants) car je ne peux pas revivre ces mois interminables de souffrance.
Courage à toutes les femmes qui souffrent d’HG, avec souvent des difficultés bien pire que les miennes.
Le chemin est long et ce n’est pas dans votre tête.
