Témoignage déposé le 15/05/2024
Je m’appelle Khadija et j’ai 33 ans. Je voulais témoigner sur ce calvaire qu’est l’hyperémèse gravidique.
Tout a commencé en janvier 2023. Je venais d’apprendre que j’étais enceinte, c’était ma première grossesse. Quand je l’ai su, j’étais à 6 semaines.
Durant ces premières semaines, je n’avais eu aucun symptôme mis à part des envies de nourritures étranges. Puis au fil des jours j ai commencé à ne pas être dans mon assiette : j’avais des nausées, ce qui est tout à fait normal dans mon état, mais de jour en jour les nausées ont été de plus en plus fréquentes jusqu’à me clouer au lit avec une bassine et jusqu’à vomir du sang. Je me disais est ce normal? Est-ce à ce point difficile une grossesse ?
Chaque jour était un calvaire. Je vomissais énormément nuit et jour. J’avais même du sang qui coulait du nez. J’étais seule car mon mari travaillait en déplacement.
Heureusement que ma soeur était présente. Elle ne comprenait pas non plus mon état, personne ne le comprenait d’ ailleurs… On a été jusqu’à me dire « ça va tu n’as pas non plus le cancer » ou même de la part d’un professionnel de santé « vous êtes sûre que vous le vouliez ce bébé ?». Bref, en gros, on me prenait soit pour une chochotte soit une personne instable.
Les jours défilaient et je me sentais seule au monde, malade comme jamais. Je suis allée plusieurs fois à l’ hôpital, mais on m’a renvoyé chez moi sans explication.
Mon entourage ne me comprenait pas je ne voyais plus personne à part ma sœur qui me ramenait de quoi manger même si le peu que je parvenais à manger, je le vomissais immédiatement.
Je maigrissais à vue d’ œil et j’ai perdu 12 kg en 1 mois.
J’avais des vertiges, et juste le fait d’aller aux toilettes était un calvaire. Je ne prenais plus de douche car j’étais extrêmement faible physiquement et mentalement.
Je m’enfermais constamment dans le noir, à tel point que mon voisinage pensait que j’avais déménagé. Mon état était vraiment effroyable.
J’avais tellement soif mais je vomissais dès que je buvais.
Je pleurais en me disant que je préférais mourir, que je ne voulais plus de ce bébé. Je devenais folle. J’ai passé des mois dans cet état, enfermée, sans aucune vie sociale. Je ne sortais plus et je ne comprenais pas ce qui était en train de m’arriver jusqu’à ce que je fasse moi même des recherches : je suis alors tombée sur une vidéo d’une femme qui racontait exactement ce que je vivais : j’avais enfin une réponse, je n’étais pas folle et je mettais enfin un nom sur mon calvaire : hyperémèse gravidique ! Deux mots qui m’étaient complètement inconnus. Je n’avais jamais entendu parler de ça.
Suite à cette découverte, j’ai pu faire mes recherches. J’ai trouvé une page Facebook dédiée à cette maladie, qui regroupe énormément de témoignages. Je n’avais jamais entendu parler de cette pathologie mais je tombe sur des femmes qui parlent de médicaments qui aident à ne plus vomir (doxylamine et vitamine B6). Je demande donc à mon médecin de m’en prescrire.
Quand j’ai commencé à le prendre, je m’endormais d’un sommeil profond, il me mettait dans le même état qu’un somnifère. J’ai beaucoup réfléchi avant de le pendre car j’avais peur que cela ait des répercussions sur le bébé mais d’un autre côté, je me disais que les nombreux vomissements pouvaient eux aussi altérer ma santé. J’étais rassurée par les témoignages disant qu’il n’y avait jamais eu d’effet sur les bébés. Ce médicament était très coûteux mais je n’avais pas le choix: c’était là la seule chose qui pouvait calmer mes nausées.
Lors de mon premier rendez-vous avec la gynécologue, mon mari a dû être présent car j’étais extrêmement faible. Je ne m’alimentais plus et j’avais extrêmement soif. Une fois arrivée à l’hôpital, mon mari m’a installée sur une chaise roulante pour m’emmener à ce rendez-vous. Je voyais des femmes enceintes et en pleine forme, le sourire au lèvres… alors que moi, je ressemblais à un zombie. J’étais si pâle et si amaigrie, qu’une fille que je connaissais enceinte de 5 mois qui attendait son tour dans la salle d’attente ne m’a même pas reconnue.
C’est alors mon tour. La gynécologue me demande comment ça va… Je m’effondre alors et lui explique mes symptômes. Elle diagnostique alors mon hyperémèse gravidique. J’étais contente de savoir que je ne m’étais pas trompée: c’est bien ce dont je souffrais. Au vu de mon état et de mon niveau de déshydratation, elle a demandé mon hospitalisation. J’étais tellement soulagée qu’on me prenne au sérieux. J’allais enfin être prise en charge.
Je suis restée 2 jours pendant lesquels on m’a perfusé. Cela m’a aidé à aller mieux. Après ma sortie, les vomissements ont persisté.
J’ai essayé de trouver des solutions, de boire et de manger ce qui passait comme les pommes, l’orange sanguine, le kiwi… au moins, cela me permettait de rester hydratée. J’aimais aussi bien l’eau pétillante alors que je déteste ça en temps normal.
Bref, j’ai lutté toute la grossesse. J’ai fait des photos et des vidéos au moment où j’étais au plus bas pour me souvenir de ce que j’ai traversé. Comme si j’avais peur d’oublier.
Les mois passants, j’ai appris que j’attendais un garçon : tout commençait alors à devenir concret. Avant ça, je ne me rendais même pas compte que j’étais enceinte car je me sentais juste malade….
Ma grossesse a été un long combat mais ce qui m’a permis de tenir, c’est de savoir qu’on se bat pour avoir le plus beau des cadeaux.
Cette grossesse restera néanmoins un traumatisme et aujourd’hui je ne sais toujours pas si je veux un deuxième enfant. J’ai tellement peur de traverser de nouveau cette épreuve qui restera gravée à jamais.
Aujourd’hui je souhaite témoigner pour faire connaître cette pathologie et qu’on prenne au sérieux les femmes dans cette situation. Subir cette maladie lorsqu’en plus l’entourage ne comprend pas est très dur à vivre.
