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Témoignage de Anna

Témoignage déposé le 07/07/2025 

Je m’appelle Anna et je suis suisse. Je souhaite partager mon expérience de l’hyperémèse, une maladie qui m’a profondément marquée. Lors de ma première grossesse en octobre 2021, j’ai été confrontée à des nausées et des vomissements extrêmes, qui allaient jusqu’à plus de 50 fois par jour. Je tombais régulièrement dans les pommes et j’ai développé des problèmes de santé graves en raison de la déshydratation et de la malnutrition. Les conséquences de cette maladie ont été dévastatrices pour ma santé physique et mentale. Après avoir essayé tous les traitements possibles sans succès, j’ai finalement décidé de mettre fin à ma grossesse pour protéger ma santé.

 

En janvier 2025, mon nouveau conjoint et moi avons décidé de tenter à nouveau d’avoir un enfant. Quelques mois plus tard, en mai 2025, je suis tombée enceinte. Malheureusement, les symptômes de l’hyperémèse sont revenus, mais cette fois-ci, ils étaient encore pires que lors de ma première grossesse. Les nausées et les vomissements étaient intolérables, et j’ai été hospitalisée à plusieurs reprises. J’ai eu l’impression que mon corps était en train de s’effondrer, et j’ai senti que je perdais le contrôle de ma vie.

 

Lorsque j’ai consulté le premier gynécologue, j’ai senti qu’il ne me prenait pas au sérieux. Il m’a regardée avec un mélange de dédain et de pitié, comme si j’étais une petite nature, faible et incapable de supporter les difficultés de la grossesse. Lorsque je lui ai annoncé mon désir d’avorter, il m’a dit de me calmer, que c’était psychologique et que je devais apprendre à gérer mes émotions. Il a ajouté que je ne pouvais pas avorter juste parce que je vomissais beaucoup, que c’était exagéré de ma part de dire que je vomissais plus de 50 fois par jour. J’ai vu dans son regard un jugement sévère, et il avait même un léger sourire au coin des lèvres, comme s’il se moquait de moi. J’ai senti que je devais me justifier, que je devais prouver que j’étais vraiment malade. Mais je lui ai dit que je voulais mettre fin à mes jours si je ne pouvais pas avorter, et il m’a simplement répondu que je devais me ressaisir. J’ai eu l’impression qu’il se vengeait, qu’il voulait me torturer. Je l’ai supplié en pleurant de m’opérer de suite, sinon je sauterais par la fenêtre. Mais il est resté impassible, sans aucune compassion.

 

Finalement, j’ai décidé d’aller à l’hôpital tous les jours, espérant que quelqu’un finirait par m’écouter. Les médecins ont finalement décidé de me garder à l’hôpital et j’ai vu une psychiatre qui m’a écoutée et a compris ma situation. Je l’ai supplié de dire au médecin et au gynécologue que j’étais vraiment en danger, que je voulais me suicider si je ne pouvais pas avorter. Elle a accepté de faire un rapport et, grâce à son intervention, le médecin a finalement décidé de prendre des mesures. Le gynécologue a accepté de pratiquer l’avortement, mais m’a avertie que c’était probablement la dernière fois que je devais tomber enceinte.

 

Aujourd’hui, je vais mieux physiquement, mais je suis encore traumatisée par mon expérience. Je suis en train de me faire à l’idée que je ne pourrai probablement pas avoir d’enfant, ce qui me détruit. L’idée de ne jamais pouvoir être mère me semble insupportable. Je suis tellement traumatisée que, de temps en temps, des nausées reviennent, me rappelant tout ce que j’ai vécu. Je ne me sens plus comme avant, je suis épuisée mentalement et je me sens perdue.

 

Je souhaite que les professionnels de la santé prennent davantage en compte la maladie de l’hyperémèse et qu’ils écoutent les femmes qui en souffrent. Je veux qu’ils comprennent que ce n’est pas juste une question de « nausées matinales » ou de « femmes qui ne veulent pas d’enfants ». C’est une maladie réelle qui peut avoir des conséquences graves sur la santé physique et mentale des femmes.

 

Je suis dévastée par la perte de mes espoirs de maternité et je me sens coupable de ne pas pouvoir être la femme que je voulais être. Mais je sais que je ne suis pas seule et que je dois parler pour que les choses avancent. Merci de m’avoir lu.