Témoignage déposé le 05/03/2025
Mai 2024, j’apprends que je suis enceinte. Cela fait 17 ans que je suis avec mon conjoint, nous désirons cette grossesse et nous sommes si heureux.
Malheureusement, contre toute attente, cette merveilleuse nouvelle se transforme en cauchemar.
A 5SA, j’ai de très fortes nausées, 24 heures sur 24. Je ne mange plus et je perds 3 kg en 1 semaine.
Très rapidement, je commence à vomir et mes nausées sont si fortes qu’il m’est impossible de sortir du lit. Je vomis du matin au soir. On me met en arrêt maladie et je commence un traitement, le métoclopramide.
3 jours plus tard, mon état empire, je ne peux plus manger, ni boire. L’idée même de devoir boire une gorgée me fait vomir et j’ai pourtant si soif. Nous sommes en plein été, il fait très chaud, je me sens complètement déshydratée. Le médecin me prescrit du doxylamine + pyridoxine. Cependant, il n’y a toujours pas d’évolution, alors, á 6 SA, je me rends à l’hôpital. Je suis en détresse, complètement déshydratée, je n’ai plus de force. Je peine à marcher, je n’ai plus de muscles, plus d’énergie. Je fais un malaise. On me garde 2 jours pour m’hydrater avant de me demander de rentrer chez moi. Je vomis toujours. Sur le compte rendu d’hospitalisation, il y est mentionné que je suis atteinte “d’hyperémèse gravidique”.
Je suis de nouveau hospitalisée 1 mois plus tard, car je suis passée de 57 kg à 51 kg et, de nouveau, je ne peux plus rien avaler. En me présentant aux urgences, je ne peux m’arrêter de pleurer. Je suis en détresse, anxieuse et très fatiguée. On m’hospitalise à nouveau pendant 6 jours. Je vomis énormément durant le séjour, je souffre de dépression de me retrouver en dehors de chez moi, loin de mon conjoint. Je lui fais promettre de m’empêcher à tout prix de refaire un enfant. Je ne veux plus revivre cette souffrance. J’ai des idées noires.
Je rentre chez moi, je vomis tout au long du chemin du retour.
Je me tourne vers des alternatives à la médecine, voulant à tout prix trouver un miracle qui me délivrerait de ce mal-être. S’en suivent, 2 séances d’acupunctures, 4 séances d’ostéopathie, 3 séances de magnétisme. Chaque mois, je vois une psychologue du service maternité de l’hôpital. Cela m’aide à déculpabiliser et à mettre des mots sur mes maux. J’ai trouvé une personne qui comprend ma douleur.
Les jours passent… Je vomis une dizaine de fois par jour. Chaque geste de la vie quotidienne est un défi. Se forcer à boire une gorgée d’eau, de liquide quelconque, vomir. Avaler ma salive, vomir. Vomir, ne pas se sentir mieux. Se laver, vomir. Se brosser les dents, vomir. Aller voir son bébé en échographie, vomir. Se sentir déprimée, se sentir moche. Dormir beaucoup. Passer ses journées à regarder le plafond. Se réveiller en panique, la gorge ultra sèche avec la peur de mourir durant son sommeil. Avoir la sensation permanente qu’une balle de tennis est coincée dans sa gorge. Bouche pâteuse. Goût horrible. Hypersensibilité aux odeurs, odeurs de cuisine, de salle de bain, du lave-vaisselle, du savon, de l’eau… Attendre l’accouchement, cocher les cases du calendrier. Dépenser 900 euros dans le traitement. Impossibilité de sortir durant des mois. Pas de restaurant, pas de vacances, pas de concerts, pas de visites chez des amis, dans la famille. Ne pas faire de piscine, de yoga, de magasins. Ne pas pouvoir travailler. Ne voir personne. Simplement rester allongée à regarder le plafond.
Je n’ai jamais été aussi mal de toute ma vie. Imaginez-vous avec un cumul d’un terrible mal de mer, de votre plus grosse gueule de bois, de votre dernière intoxication alimentaire ainsi qu’une belle gastro. Le tout 24h sur 24, durant 9 mois. C’est une épreuve terriblement difficile, que l’on souhaite qu’elle s’arrête à chaque minute.
L’HG me vole les bons moments de grossesse avec mon compagnon. La joie et le bonheur partagés n’existent pas, il existe seulement la souffrance et la peur. Je regrette de ne pas pouvoir l’embrasser, le câliner, faire des sorties en amoureux, lui sourire. Il fait les courses, à manger, m’encourage à boire, il me lave, me change mes bassines. Je le remercie d’avoir été chaque jour à mes côtés. Il m’a permis de garder cet enfant.
De cette grossesse, je n’en garde aucun bon souvenir, mais j’en tire des leçons de vie : le fait de prendre davantage conscience de ce si précieux cadeau que d’avoir un enfant. L’envie de le chérir à chaque moment après sa naissance. Après l’accouchement, de profiter de ma vie en étant en bonne santé.
Le 2 février mon fils né, le 2 février, je revis, enfin, après avoir passé 9 mois complètement éteinte, allongée, à vomir. Je pleure maintenant chaque jour le bonheur de vivre. Savourer de boire, manger, se laver les dents, sortir, retrouver les câlins de mon compagnon, revoir mes amis. Toutes ces petites choses pourtant élémentaires, simples de la vie, ma grossesse ne me l’autorisait pas. Aujourd’hui, je redécouvre mon état normal, je redécouvre la joie de vivre. Quel bonheur d’avoir mon petit garçon contre moi après cette longue épreuve à subir l’hyperémèse gravidique. Je suis maintenant soulagée et rattrape le lien que je n’ai pas pu tisser avec lui durant la grossesse. Je nage dans le bonheur. Mais malgré cela, je ne me sens pas la force de recommencer tant que des solutions n’existent pas pour nous soulager davantage, au niveau des traitements, de la prise en compte de notre légitimité à nous plaindre et sur le besoin de renfort dans les tâches de la vie quotidienne. Ne laissons pas les femmes vivre cet enfer plus longtemps. Merci à l’association et au groupe Facebook, vous avez été mon refuge de réconfort. J’ai tenu en grande partie grâce à vous. Mille mercis pour votre soutien et votre combat.
