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Témoignage de Morgane

Témoignage déposé le 19/06/2019

 

Mon enfer nommé HG.

Maman de 31 ans de deux petites filles de 28 mois et 2 mois. Ma première grossesse a été un calvaire jusqu’à 30 vomissements par jour jusqu’à un mois après l’accouchement, une perte de 18kg en 9 mois. Je ne pouvais manger que du kiri et de la compote les meilleurs jours. À la fin de cette grossesse, j’avais dit plus jamais car psychologiquement je ne pouvais plus revivre cet état léthargique et culpabilisant. J’ai donc fait le deuil de mon envie de famille nombreuse.

Et puis 18 mois plus tard, je suis tombée enceinte sous pilule. Avant même le test de grossesse je savais que j’étais enceinte puisque dès le début j’ai commencé à vomir une dizaine de fois par jour. Le premier mois j’ai perdu 10kg. Petit à petit plus aucun aliment ne restait dans mon corps plus de deux minutes. Je vomissais 20-30 fois par jour. Ma gynécologue privée qui m’avait suivi sur la première grossesse m’a de suite prescrit primpéran vogalene puis zophren et donormyl mais aucun traitement ne fonctionnait. Alors j’ai su que la grossesse serait longue et difficile, je me préparais à supporter la baisse de régime et les vomissements mais j’étais bien loin d’imaginer le cauchemar qui m’attendait.

Au cours du deuxième mois, j’ai été hospitalisée deux fois pour déshydratation sévère. Mon premier séjour a été inhumain : « je n’étais pas malade et je prenais la place de vrais malades, c’est psychologique il faut arrêter de vomir, dans 1 mois et demi c’est fini… être enceinte n’est pas une maladie mais si vous ne le supportez pas vous pouvez avorter» voici le florilège des paroles de soignants du service.

J’en suis ressortie abattue psychologiquement mais je tenais physiquement debout avec une perfusion de glucose quotidienne pendant 15 jours. Mais cela n’a pas suffi. Quand j’ai revu ma gynécologue 15 jours plus tard, elle était atterrée que je ne puisse plus m’alimenter ni boire et que je n’avais que 500 ml de PG5 pour survivre. Le bilan sanguin commençait à montrer une dénutrition. Elle a elle-même appelée la maternité pour mettre en place un protocole pour m’aider à survivre à cette grossesse. Elle nous a sauvés.

J’ai donc été hospitalisée de nouveau. Après une réhydratation, on met en place l’hospitalisation à domicile avec quotidiennement 1l de PG5 pour pallier à mon manque d’alimentation et bilan de sang et rdv avec une gynécologue hospitalière tous les 15 jours. À partir du 1 novembre et jusqu’au 20 avril j’ai vécu perfusée tous les jours pour vivre. Mais n’ayant pas beaucoup de veines, les perfusions ont eu lieu en sous-cutanée. J’ai découvert les douleurs liées à l’amas d’eau sous la peau. D’énormes œdèmes se formaient sur 12h et diffusaient les 12h suivantes. J’ai dû temporairement renoncer à jouer mon rôle de mère ne pouvant plus me lever sans malaise, plus manger sans vomir, ne supportant quasiment aucune odeur. Mais pour elle il fallait supporter en silence et avec le sourire, les douleurs des piqures, des perfusions, des vomissements, le goût de sang puis de métal dans la bouche.

Je remercie les sages-femmes de l HAD et le docteur C. qui ont été d’une bienveillance extrême, qui se sont adaptés chaque jour à mon état autant physiologique que psychologique, qui m’ont aidé à accepter cette grossesse, à réguler mon corps qui a sombré sans force, sans énergie.

J’ai perdu 25kg. Ma première fille n’a pas vu sa mère pendant ces 9 mois mais une zombie qui dormait ou vomissait. Je n’étais plus capable de la porter, de la bercer ni même de lui donner à manger : lever une cuillère c’était comme faire une séance d haltères pour vous dire. J’ai cru devenir folle tellement la sensation de soif a été présente. La sensation de faim m a quitté dès le deuxième mois mais la soif jamais à tel point que j’en rêvais la nuit. Je rêvais que je me noyais dans de l’eau fraîche. La première chose que je voulais après l’accouchement, c’était boire un grand verre d’eau fraîche qui s’est finalement transformé en quelques gorgées mais quel bonheur intense se fût. Je crois que sans la bienveillance des soignants qui se sont occupés de nous, ma jolie petite Alix ne serait pas parmi nous.

Aujourd’hui, le traumatisme est toujours là 2 mois après l’accouchement. Je ne mange actuellement que l’équivalent de 100g de nourriture par jour avec des douleurs atroces aux intestins après 9 mois sans rien dur dur la reprise. Je ne peux m’empêcher de boire beaucoup de peur que la soif revienne. J’ai peur de trop manger et de vomir et surtout j’ai peur de retomber enceinte.

Je suis heureuse d’être mère mais je suis loin d’être remise émotionnellement en tant qu‘ individu et femme.