Témoignage déposé le 31/03/2024
Je suis tombée enceinte une première fois sans m’y attendre, parce que je me pensais infertile puis qu’atteinte d’une malformation utérine et du syndrome des ovaires polykystiques. Au départ, je me suis plutôt réjouie de cette nouvelle, car je considérais que ce bébé était un miracle et que j’avais toujours rêvé d’être maman.
Cependant, mon état s’est très très vite dégradé, un peu avant 6 semaines d’aménorrhée, et du jour au lendemain, je me suis mise à vomir toutes les dix minutes, de jour comme de nuit. Je ne pouvais même plus boire une goutte d’eau et j’ai très vite présenté des signes de déshydratation et d’épuisement. Puis, cela a commencé à m’atteindre psychologiquement, à tel point que j’ai eu des idées noires. J’ai rencontré des médecins qui, bien que soutenants, n’ont pas pu trouver de solutions à cet état.
Or, ce début de grossesse coïncidait avec le début de ma carrière professionnelle dont j’avais toujours rêvé. J’ai pris peur. Je me suis dit que ces vomissements allaient me coûter cette nouvelle formation. À mesure que je m’affaiblissais, j’ai pris rendez-vous avec un médecin pour pratiquer une IVG, car je ne voyais aucune autre solution pour me libérer de cette souffrance. J’ai, non sans mal, commencé le protocole médicamenteux, en prenant le premier médicament. Je l’ai regretté quasiment immédiatement. Je me suis rendue aux urgences quelques heures plus tard pour voir si l’embryon était toujours en vie, ce qui était le cas. Je suis rentrée soulagée. Mais les vomissements ont continué et j’ai recommencé à broyer du noir, à me sentir seule, à ne voir aucune issue à cette situation. J’ai repris rendez-vous et j’ai recommencé le protocole deux jours après, en entier cette fois-ci. Cela a été un véritable supplice. Un regret de chaque instant d’avoir ce ventre vide. Un gouffre, un abysse. Une peine immense. Une douleur sans pareille. Un regret éternel.
Par la suite, j’ai eu des complications. J’avais des saignements hémorragiques encore un mois après l’IVG, de telle sorte que j’ai dû me résoudre à aller aux urgences. Le cœur ne battait plus, mais tout était encore là. J’ai subi un curetage en urgence. Et j’ai pleuré dans les bras de la gynécologue et de l’infirmière, qui étaient d’une douceur et d’une humanité que je ne pourrai oublier.
Un an et demi plus tard, je suis de nouveau tombée enceinte. Je me suis sentie plus rassurée sur le plan professionnel, car j’étais désormais ancrée dans la formation. Vers 6 semaines d’aménorrhée, de nouveau, et du jour au lendemain, 60 vomissements par jour. Au bout de deux jours, j’appelle le SAMU, qui me répond que c’est normal pour une femme enceinte de vomir. Je tente de voir un médecin, en vain, car j’habite dans un désert médical. Je consulte en ligne, on me prescrit de la Doxylamine + B6 qui améliore un peu mon état, en passant de 30 à 40 vomissements par jour. Puis, on me prescrit des perfusions pour m’hydrater. La situation ne s’améliore que peu. J’ai l’impression de vivre dans un cauchemar. Je continue à travailler plusieurs semaines et je ne suis que l’ombre de moi-même. Au travail, je n’arrive même plus à articuler. Je pleure en rentrant chez moi. Les idées suicidaires reviennent, et celle d’avorter pour me libérer aussi… Mon compagnon et mes proches ne comprennent pas, car j’ai tant voulu ce bébé…
Finalement, je tiens bon. Je consulte le gynécologue parisien qui me suivait avant. Au vu de ma perte de poids (je pèse alors 40kg), il m’arrête deux semaines et à 10 semaines d’aménorrhée, me prescrit de l’Ondansétron, médicament qui, dit-il, devrait me soulager. Je me rends à la pharmacie avec mon ordonnance. Je me suis fait sermonner : “mais vous vomissez vraiment Madame ?” (Alors que je vais dans cette pharmacie depuis le début de mes vomissements, qu’ils sont au courant de la situation, qu’ils m’ont délivré les perfusions, m’ont vu dépérir), “vous êtes au courant des risques ?”, “vous savez que c’est interdit de prendre ce médicament pendant la grossesse ?”, “Je vous le donne, mais je vous le fais payer”. Je me suis sentie rabaissée, nulle, et comme une enfant, je n’ai rien osé répondre… Quand j’ai dû me réapprovisionner, je suis allée dans une autre pharmacie, qui ne me connaissais pas, et dans laquelle j’ai subi un interrogatoire. J’ai menti en cachant ma grossesse pour ne pas avoir de problèmes.
Ce médicament, associé à la Doxylamine, a très bien marché sur moi. Il m’a sauvée moi et mon bébé. À l’arrêt du traitement, j’ai continué à avoir de fortes nausées jusqu’à 5 mois, mais plus de vomissements. Je revis.
Aujourd’hui, je suis enceinte de sept mois. C’est une victoire, même si je reste très marquée par l’hyperémèse gravidique.
