Témoignage déposé le 02/02/2024
Je vous partage mon retour d’expérience. Je tombe enceinte en 2019. Je décris à ma gynécologue obstétricienne que j’ai de très fortes nausées jour et nuit et que je vomis plusieurs fois par jour. En réponse, elle me dit “c’est normal vous êtes enceinte”. Je perds 8 kilos en 3 semaines, et lorsque je consulte de nouveau, on me propose d’aller voir un psychologue car “c’est dans ma tête”.
Je me retrouve hospitalisée aux urgences pour saignements (hôpital avec maternité niveau 3). Résultat: décollement dû à mes vomissements constants. Je tente d’ouvrir le dialogue sur mon état et en réponse j’obtiens de nouveau un “c’est normal vous êtes enceinte”.
Perdue, à bout, je trouve un médecin généraliste qui « veuille bien » m’arrêter.
Les termes d’HG n’ont jamais été utilisés. Pire, c’était normal. Entre mon état et l’inexistence d’un quelconque soutien, c’est dur.
En 2023, je tombe de nouveau enceinte. Cette fois, je ne sais pas trop ce que c’est. J’ai de puissantes nausées sans vomir. Honnêtement c’était pire. Alors j’ai posé des mots pour faire comprendre. Ce ne sont pas de “simples nausées”. Je voudrais parler de ces maux qui parfois perdurent à la même intensité, jour et nuit. Pas de pause, aucune respiration. La sensation?
Vous voyez cette envie forte de vomir juste avant de dégobiller?
La même sensation après un manège qui nous a bien remués trop longtemps, cette envie après des routes de montagnes trop sinueuses?
Gardons le point culminant de cet état. État où l’on ne peut plus parler, plus sentir aucune odeur « bonne » ou « mauvaise », où la simple chaleur d’une main posée sur notre épaule nous fait basculer et nous dégoûte. Et parfois aucun “traitement” ne nous soulage.
Le seul moment où je vais bien, je n’ai pas le plaisir de le savourer car c’est quand je dors.
Enfin jusqu’à ce qu’une envie terrible de vomir revienne me réveiller.
Mais bon dormir est plus facile à dire qu’à faire…Vaste sujet.
Avez-vous déjà essayé de vous endormir en ayant très envie de vomir?
Tout geste basique devient un enfer.
On perd la notion du temps.
Tout devient lent.
Avaler ma salive, passer la main dans mes cheveux, tourner la tête…
On s’abandonne dans les méandres d’un corps qui ne nous appartient plus, que l’on ne maitrise et ne comprend plus.
A cette charge s’ajoute notre entourage.
Les paroles volontairement blessantes (je ne m’attarderai pas sur ce sujet).
Et les paroles voulues bienveillantes mais qui sont parfois dures à recevoir, voire cinglantes.
« Tu devrais aller faire un tour ça te ferait du bien »
« Ça va passer c’est pas une maladie »
« C’est dans ta tête pense à autre chose »
« Moi aussi j’ai eu des nausées mange un truc sucré le matin avant de te lever ça ira »
« Tant que tu ne vomis pas»
Je pense que l’erreur pour nous et les personnes qui ne sont jamais passées par là c’est simplement le mot “nausée”.
La nausée que tout le monde connaît dure quelques heures ou quelques jours mais pas en continu.
On est loin d’une nausée de gastro.
On est loin d’un haut le cœur passager.
On n’a pas des « nausées ». On souffre d’un corps comprimé dans un étau.
Où sous nos poumons et le long de notre trachée, nous semblons encombrées d’un résidu couvrant qui se colle à toutes parois qu’il trouve pour condamner notre corps à subir ces maux.
Et tout ça sans compter notre mental.
Qui trouve le temps long, qui ne voit pas d’issue, qui a très envie de faire ses valises pour dire « je reviendrai quand ça ira mieux ».
Alors oui on se sent seule dans ce combat.
Alors oui on se dit qu’il y a bien pire.
Et c’est vrai.
Alors oui on se dit qu’au pire dans 8 mois c’est fini.
Alors oui on se dit un jour à la fois.
Alors avant de juger je vous en supplie,
Essayez de comprendre ou ne dites rien.
Car minimiser, ignorer ou nier ce qu’il nous arrive ne nous aide pas.
