Témoignage déposé le 25/02/2020
« Hyperémèse gravidique (HG pour les intimes), tu ne m’auras pas, je serais une survivante
NON les toilettes n’est pas ma pièce préférée dans l’appart et pourtant j’y passe des heures !!!
Vomir jusqu’à 50 fois par jour, perdre du poids
Se traîner chez le médecin en pyjama
Se traîner à quatre pattes dans les toilettes des urgences, du médecin et un peu dans toutes les toilettes des lieux où tu vas
Etre dépendant des autres pour tout sinon tu mangerais et boirais pas
Ne supporter aucune odeur, même pas la nôtre, ni celle du conjoint, ni des chiens, ni du shampoing, ni du gel douche, ni de la lessive, ni du déo, ni de la nourriture, ni de la cigarette, ni du café, ni de la terre ou des plantes, ni des bougies, ni d’une odeur dont on ne sait pas d’où elle vient
Ne plus avoir la force de se lever pour aller chercher de l’eau et crever de soif pendant 3 heures
Ne plus avoir l’énergie de s’habiller, se brosser les dents, se coiffer, s’épiler
Avoir la peau qui gratte et pèle à cause de la déshydratation et les cheveux secs
Prendre une douche est une épreuve du combattant du coup bah on se lave au lavabo comme on peut
Se vomir dessus
Finir à l’hôpital, perfusée, pas écouté,
T’entendre dire qu’on ne peut rien faire pour toi et que c’est psychologique, te demander si tu veux garder ton bébé
Avoir mal partout et souffrir le martyr, l’utérus qui grossi, les ligaments qui s’étirent, les abdos à force de vomir et l’estomac qui on dirait se tord dans tous les sens
Se retourner pendant des heures et des heures pour trouver une position où on à le moins mal possible
Avoir des prises de sang tous les jours, des perfusions, ne plus supporter d’être touchée
Avoir l’estomac vide pendant plusieurs jours et avoir super faim mais l’impossibilité de manger
Avoir faim mais être dégoûtée de tout et ne pas savoir quoi manger
Regarder le plafond pendant des heures sans rien faire
Avoir les gens de ton entourage qui te soûlent avec d’une part ceux qui ne peuvent pas se mettre à ta place car ils n’ont jamais été enceinte et les femmes qui elles ont été enceintes mais qui ont eu une grossesse sans pathologie.
Oui effectivement c’est pas grave de gerber une fois de temps en temps, sauf que dans mon cas c’est une maladie et c’est pas des conneries si je dis que je ne peux rien avaler et il y a une réelle différence entre avoir la nausée et vomir des dizaines de fois.
Quelle personne se laisserait mourir de faim volontairement. Cela ne me fait vraiment pas plaisir de vomir comme un vieux qui agonise.
Moi qui suis une grosse mangeuse, n’ait pas peur des kilos en trop, moi qui ne sait pas ce que c’est qu’une balance et qui ne vas pas au restaurant pour commander une salade. Moi qui adore la bonne bouffe je ne me reconnais plus… Même avec une gastro je mange comme quatre, je vais vomir après l’apéro mais retourne m’asseoir pour manger du foie gras.
Avoir des vertiges à force d’avoir perdu du poids et des forces
Travailler n’est même plus envisageable et pourtant mon travail me manque.
Avoir l’impression d’être incompris par tout le monde, même de son conjoint
« Manges » « Va te promener » « Vas en ville » « Lis un peu » Si je le pouvais je le ferais
Ne plus pouvoir sortir seule par peur de vomir comme une merde ou de s’éclater la gueule par terre à cause d’un vertige
Avoir peur de se retrouver seule
Aimer son bébé plus fort que tout mais détester être enceinte
Gober, gober, gober des médicaments plus dégueulasses les uns que les autres qui la moitié du temps finissent dans les toilettes
Se souvenir que la première fois qu’on a vomi on était contente parce que c’est un « vrai » symptôme de grossesse
Avoir la tête dans le brouillard à cause des médicaments et plus se souvenir de ce qu’on vient de dire
Avoir l’impression que son corps est possédé, ne plus en être le propriétaire. Avoir l’impression que l’âme et le corps sont séparés.
Avoir l’impression d’être comme Jésus qui s’est sacrifié pour sauver les hommes, moi je fais don de mon corps pour donner la vie
Sentir qu’on se rapproche de la mort petit à petit
Ne plus être considérée comme une personne mais comme une poule pondeuse. Le bébé va bien à l’intérieur, le fait que sa mère se meurt n’est pas grave de toute évidence.
Avoir envie d’avorter pour supprimer toutes ses souffrances, avoir envie de supprimer ce qui nous rend pourtant si heureuse et si fière. Avoir envie de partir au Paradis.
Se cacher pour pleurer pendant que son conjoint mange une nourriture dont on ne supporte pas l’odeur, haïr le bruit du couteau et de la fourchette dans l’assiette et les bruits de mastication. Prier pour qu’il mange vite.
Avec tout ça même pas réaliser qu’on est vraiment enceinte et que notre vie va changer
En vouloir au monde entier mais surtout au personnel médical français qui ne fait aucun effort pour comprendre et soigner cette maladie. Si des hommes étaient touchés leurs souffrances ne seraient pas considérées comme psychologiques. On n’oserait pas leur dire qu’ils ne veulent pas être enceints et vomissent leurs bébés.
On n’oserait pas non plus les mettre dans le noir, sans visites, ni téléphones, télévisions ou livres.
Dire que les femmes souffrant de cette maladie finissent souvent en psychiatrie car on n’écoute pas leurs souffrances et qu’on ne sait pas les soigner
Beaucoup de femmes sont OBLIGEES d’avorter car leur douleur n’est pas prise en charge. Parce qu’on les ridiculise et qu’on les humilie. Parce qu’on les laisse pleine de vomi dans le noir et qu’on les appelle « les vomisseuses » .Certaines sont tellement humiliées et pas respectées par le personnel soignant qu’elles ravalent leur propre vomi pour faire croire qu’elles vont mieux et pouvoir se barrer vite fait de cet enfer.
Médecins? Infirmières? Aides-soignantes? N’avez-vous pas honte d’oser vous faire appeler comme telles? A quoi vous ont servi vos années d’études? Si des vies sont brisées c’est de votre faute. Aucune femme ayant cette maladie n’avorte par plaisir et toutes le Regrette.
Non je ne me laisserais plus dire que mes vomissements sont psychologiques. Non on ne me dira plus que je ne veux pas de mon bébé. Non on ne me dira plus que je me laisse aller. Non je ne fermerais pas ma gueule et je défendrais toutes les femmes qui ont cette maladie et je me ferais un devoir d’aider à ce qu’elle soit reconnue et mieux prise en charge en France. Je n’ai pas honte d’être malade, j’ai honte d’être mal soignée.
Si je survie j’en serais Fière et j’aimerais mon enfant plus que tout mais jamais je ne pourrais survivre à une deuxième grossesse comme ça.
Les médecins n’ont absolument rien compris, il faut beaucoup, beaucoup d’Amour pour son bébé , l’Amour que ce bébé représente entre nous et notre conjoint , pour pouvoir se donner soit même et supporter ça .
Bébé & A
« On peut trouver le bonheur même dans les moments les plus sombres, il suffit de se souvenir d’allumer la lumière » «
