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Témoignage de Estelle

Témoignage déposé le 13/03/2021

 

Grossesse et Hyperémèse Gravidique : quand le rêve devient cauchemar.

Toutes femmes heureuses en ménage rêvent un jour de créer la vie avec l’homme qu’elles aiment, abriter le fruit de leur amour en elles.

Seins qui grossissent, odorat et goût perturbés, irritabilité… C’est l’heure du test de grossesse ! Quand le jour de la petite croix bleue ou des deux barres sur le test fait son apparition après plus au moins de temps d’essaie bébé cela constitue un des plus beaux jours de la vie d’une femme !

C’est une nouvelle vie, une nouvelle aventure qui nous attend. Dans 9 mois on sait qu’on va devenir maman et donner la vie. C’est à la fois excitant et angoissant et plein de questions débarquent dans notre tête mais c’est que du bonheur ! On fait alors les premières analyses sanguines pour surveiller que tout aille bien puis c’est partie pour cette merveilleuse aventure qu’est la grossesse.

On s’attend donc a nager dans le bonheur pendant ces mois de gestation, voir son ventre s’arrondir au fil des mois et les mouvements du bébé s’intensifier avec le temps qui passe, voir son enfant à l’échographie, etc… autant de moment précieux et magiques qui devraient rendre cette période encore plus magnifique.

Mais hélas, il arrive que la vie sème des obstacles sur notre route. Et c’est cette histoire, mon histoire que je vais vous raconter. Je rêvais comme nous toutes de la grossesse parfaite, quelle désillusion… Si on m’avait dis que cela pouvait se passer comme ça je ne l’aurais pas cru, même un super scénariste n’aurait pas pu inventer une chose aussi horrible que l’Hyperémèse Gravique pour créer un film dramatique.

L’hyperémèse gravidique qu’est ce que c’est ?

Ce sont des vomissements dit incoercibles autrement dit vomissements violents (10, 20, 30 par jours…).

Paraît-il que cela touche environ 3% des femmes (personnellement je pense que nous sommes d’avantage à être victime de cette maladie). Oui c’est une pathologie de la grossesse une maladie bien réelle qui est prise à la légère par le personnel médical… Elle entraine déshydratation, anémie, carences vitaminiques. Elle entraine aussi une grosse perte de poids, des troubles alimen- taires et olfactifs assez violents. Et tout ceci évidemment entraîne un épuisement du corps et de l’esprit. On parle du pic de l’HG quand l’hormone de grossesse HcG ,qui déclenche l’hyperémèse gravidique, est à son plus haut taux. Mais pour beaucoup d’entre nous le cauchemar dure durant les 9 mois de grossesse malgré la chute de l’hormone HcG après le premier trimestre de gros- sesse.

Oui, dit comme ça cela paraît pas trop difficile à vivre et pourtant vous n’imaginez pas à quel point c’est une épreuve pour le corps et aussi pour l’esprit…

Voici mon histoire.

Mon premier mois de grossesse s’est passé sans problème. La joie d’annoncer la nouvelle à mes proches de me dire que ça y est j’allais devenir maman, qu’un petit être était entrain de se former en moi, m’a rendu totalement aveugle alors que les premiers signes de ce cauchemar étaient sous mes yeux : odorat déformé de plus en plus développé, des goûts totalement déformés mais en mal, un mal d’estomac comme si on était entrain de le creuser, un besoin de manger tout et n’importe quoi, le début des nau- sées et une grosse fatigue.

Je devais manger pour ne pas ressentir les nausées. Du coup j’achetais plein d’aliment quand j’allais faire les courses que je n’ai jamais mangé d’ailleurs… Plus le temps passé plus le fait d’être dans un supermarché me donnait envie de vomir et de grosses nausées… Je commençais peu à peu à ressentir un dégoût pour la nourriture. Je me souviens d’avoir mangé du chou fleur cru pour apéro et avoir souffert de brûlure d’estomac (mes premières brûlures d’estomac), tellement j’avais mal que j’étais allongée sur le sol de ma salle de bain en larme ne comprenant pas que c’était ça… Avec le début des brûlures d’estomac, les premiers vomissements sont apparus.

Ce fût le début de ma descente aux enfers mais je ne le savais pas encore.

Très vite, je commençais à souffrir de brûlures d’estomac et de remontées oesophagiennes causées notamment par les nombreux vomissements qui se multipliaient de jour en jour et les nausées constantes H24… J’ai été obligée d’arrêter le travail. Je devais donc me rendre chez mon généraliste pour me faire marquer un arrêt et un traitement pour me soulager. Ne pouvant plus conduire à cause de la fatigue extrême et la déshydratation à force de vomir, ma mère est venue à ma rescousse pour m’amener chez la doctoresse. Moi qui pensais trouver une oreille attentive, c’était le début de ma souffrance psychologique. En effet, je lui ai donc exposé mon problème elle m’a dit « mais madame vous êtes une future maman angoissée je vous donne le numéro d’une sage femme pour discuter ». Puis elle m’a prescrit une infime dose de Primperan (ce médicament m’est interdit car je suis épilep- tique). Ma mère donc qui dit au médecin que ce n’est pas compatible avec mon épilepsie. Alors elle regarde sur son ordinateur les dires de ma mère et elle lui répond que si je peux le prendre sans risque…et elle ne m’a rien prescrit pour mon estomac et mon oesophage cramés par les vomissements et les nausées…

Je suis sortie du rendez-vous salie et jugée, comment peut-on penser que c’est dans ma tête alors que mon corps souffre de plus en plus ?

Plus les jours passent, plus les symptômes empirent. Je ne pouvais plus manger ou boire car tout ce que je mangeais ou buvais je le vomissais. Je ne pouvais plus dormir à cause de mes brûlures d’estomac et de mes nausées H24. La peur de vomir s’installa alors. Le pire était que je ne pouvais ni prendre le primperan, ni mon traitement anti-épileptique…

Mon conjoint avait fait venir SOS Médecin qui m’a prescrit Primperan mais en suppositoire et si jamais du Donormyl. Les jours passèrent et la situation s’empirait. J’étais morte d’épuisement, sentir toutes ses odeurs même celles qu’on ne sent pas en tant normal qui vous dégoute à vous envoyer vomir, voir le frigo s’ouvrir avec plein de nourriture était un supplice et une torture.

Devant mon état qui allait en se dégradant mon conjoint m’a donc amené aux urgences. On m’a réhydrater par perfusion, et passait une échographie. Le coeur de bébé bien battait c’était un instant magique, une petite lueur dans cet enfer que je vivais depuis quelques semaines (mon HG s’est déclarée autour de la 6-7SA). L’équipe médicale pris la décision de m’hospitaliser mais parce que je n’arrivais plus à prendre mon traitement anti-épileptique puis que je le vomissais. Sans mon épilepsie on m’aurait renvoyer chez moi…

L’hospitalisation a duré 3 jours. On me donna au départ du primperan en perfusion malgré que cela me soit interdit, puis du donormyl, et de l’omeprazole. J’ai pu recommencé à m’alimenter et à boire et les vomissements se sont nettement réduis. Moi qui vomissait 15-20 fois par jours, je ne vomissais plus mais les nausées étaient toujours bien présentes H24.

Je suis sortie de l’hôpital très très fatiguée. J’ai pris la décision pour soulager mon conjoint de partir quelques temps chez mes parents car je ne voulais pas rester seule la journée j’avais besoin qu’on s’occupe de moi H24 et d’être surveiller. Je ne pouvais pas rester seule.

Je suis restée chez mes parents de ma 7SA à ma 11SA. J’avais des nausées H24, je dormais beaucoup mais je vomis- sais que deux-trois fois par semaine. La grosse fatigue étaient toujours là. Je me lavais les dents une fois chaque deux jours

et la douche pareil tellement mon corps était épuisée. Je ne pouvais pas sortir car l’odeur du dehors me donné envie de vomir. L’odeur de la cheminée et de la lessive de ma mère m’envoyé directement vomir ! Niveau alimentaire certains aliments passaient d’autres non et me faisait aller vomir direct. J’arrivais certains jours à aller sur le canapé regarder un peu la TV mais autrement

je restais toutes mes journées au lit comme si j’étais dans une salle de torture à subir mon sort et ma souffrance autant physique que psychologique. Moralement parlant ça n’allait pas du tout j’étais en dépression, en larme souvent en me demandant pourquoi moi ? Pourquoi une telle souffrance alors que j’étais entrain de créer la vie ? Ma mère qui me disais « tu devrais être heureuse d’être enceinte ! Tout le monde n’a pas cette chance ». Discours culpabilisant qui fait mal au coeur… Mon beau père aussi m’a fait du mal en me disant « si tu es malade c’est parce que tu n’acceptes pas ta grossesse comme quand tu as tes règles et que tu n’acceptes pas ta féminité qui te donne donc des mauxde ventre ». Comment on peut me dire de telles horreurs alors que je créais ton petit fils ? Étais-je donc folle ?

Visite des 11SA : le matin c’était le jour de l’échographie du 1er trimestre. Juste avant de partir au rendez-vous je senti une odeur de vanille (odeur qui me faisais aussi partir vomir), ce qui fait que je suis allée vomir avant l’échographie ! RAS pour bébé il allait très bien ! Ouf me voilà rassurée !

Le midi j’ai eu du mal a mangé puis nous sommes partis au rendez-vous gynécologique et là j’ai vomi 4 fois sur un trajet de 1h20… Une fois au rendez-vous j’en informe le gynécologue qui n’en a pas tenu compte… Il m’a prolongé mon arrêt de travail (oui j’ai été en arrêt de travail pour des raisons évidentes) que pour 15 jours alors que je ne pouvais pas reprendre même 15 jours après au vu de mon état. Sur la route du retour vomi sur vomi… On rentre je ne pouvais rien avaler pour manger ni boire. Vomi toutes les dix minutes. Mes parents remplis de désespoir. Mon conjoint a téléphoné au SAMU qui nous a dit de nous rendez aux urgences de la maternité. Par pitié j’ai supplié mon conjoint de ne pas refaire 1h20 de route mais je n’avais pas le choix.. Sur la route je vomissais tout les quart d’heure. Arrivée là bas hop perfusion de réhydratation, on m’a re hospitalisé pour 3 jours. Cette fois-ci je vomissais malgré tout, je ne mangeais presque pas mais à cause du Coronavirus on m’a presque mise à la porte sans me donner un nouveau traitement…

Je suis revenue vivre chez moi à cause du confinement. Mon conjoint s’est donc occupé de moi et à compris le travail que ça demandé (en effet pour lui jusqu’à présent il ne réalisait pas a quel point j’étais mal même s’il venait chaque week-end. Mon état était catastrophique… Vomi, impossibilité de manger sauf des patates au sel. Je suppliais mon conjoint de ne pas me donner à manger c’était devenu une torture. Bien sur comme d’habitude je vivais dans mon lit…

Cela a durée jusqu’à la 13SA où mon conjoint un jour décida de téléphoner au service de la maternité où j’avais été hospitalisé car je vomissais beaucoup de nouveau… On m’a fait une prescription pour le Zophren. C’était mon dernier espoir… Mon conjoint

me rapporta donc le PRÉCIEUX. Il s’est produit un miracle ce jour là… Pour la première fois depuis le début du cauchemar, mes nausées s’étaient calmés et mes vomissements ont cessé.

Je repris enfin espoir d’aller mieux un jour !! Car oui j’étais prête à penser que ma grossesse allait se passer dans mon lit et la tête dans la cuvette…

Petit à petit j’ai pu reprendre une vie normale, à remanger normalement mais en évitant les aliments acidifiants. Les odeurs violentes se sont calmés petit à petit. Au même moment, je me suis renseignée sur internet ce que j’avais vécu et j’ai pu mettre un mot sur cette maladie : l’Hyperémèse Gravidique. J’ai découvert le groupe Facebook « 9 mois avec ma bassine ». C’est un groupe où des femmes enceintes vivent ou on vécu ce cauchemar et cette page est destinée à s’entraider. Quand j’ai lu les témoignages je me suis vu dans leur écrit quel soulagement de me dire que je n’étais plus seule et surtout QUE JE N’ÉTAIS PAS FOLLE !!!

Les médecins se sont aperçu que pendant mes mois de souffrance ma thyroïde travaillaient beaucoup trop par rapport à la normal et que ça pouvait expliquer mes nombreux vomissements.

Depuis ma grossesse se passe pour le mieux. J’ai stoppé le donormyl.

Aujourd’hui à 36 SA, je continue toujours le Zophren mon petit miracle et l’omeprazole. Récemment on m’a diagnostiqué une grosse anémie et de grosses carences en vitamine. Cela a été causé par l’HG quand il m’était impossible ou difficile de m’ali- menter ou boire. Même des mois, après le corps en a gardé des séquelles… Du coup j’ai un gros traitement pour me remettre d’aplomb !

Si cette maladie était vraiment psychologique est ce que nous les femmes ont s’amuserait à s’infliger une souffrance pareil ?

Mentalement je suis traumatisée par cette maladie :

– traumatismes alimentaires, par exemple rien que le mot chou fleur me donne envie de vomir violemment,

– traumatisme psychologique. Pendant toute ma grossesse j’ai supporté beaucoup de réflexion par rapport à l’HG comme

quoi c’est psychologique, comme quoi vomir à outrance comme ça c’est rien que c’est normal, que la grossesse n’est pas une maladie. Se prendre ce genre de réflexion de la part de nos proches ça ressemble à de la trahison, on perd confiance en l’autre aux gens qu’on aime. C’est une torture de tout les jours. Je reste aujourd’hui sur mes gardes. Je n’ai plus confiance aux gens ou très difficilement, leurs réflexions résonnent encore dans ma tête. Je consulte une psychologue spécialisée dans l’HG car je sens bien que je suis devenue extrêmement fragile.

J’arrive enfin à profiter de ma grossesse même si je reste fragile par rapport à l’HG.

Je ne souhaite à personne de vivre une expérience pareil.

Je vais être l’heureuse maman d’un petit garçon et malgré ce cauchemar je suis heureuse d’avoir réussi a mener cette guerre pour créer la vie, pour créer mon fils. J’ai tellement hâte de le rencontrer.

Mon fils en bonne santé sera ma plus belle récompense pour avoir vécu et vaincu l’HG.

J’avais besoin de vous raconter mon histoire et de témoigner pour que cette maladie soit reconnue comme vraie patholo- gie de grossesse. Je sais que certaines femmes vivent des grossesses dite HG pire que la mienne. Dans mon malheur je me sens chanceuse que cela soit largement maîtrisable et que je puisse vivre une vie normale.