Témoignage déposé le 30/01/2020
J’aimerais apporter mon témoignage, parler non seulement de ma souffrance mais aussi de la violence de l’incompréhension du corps médical et de la culpabilité qu’on a essayé de me faire porter. Ça va être un peu long, excusez-moi d’avance, mais ce témoignage me sert aussi de catharsis.
Mon compagnon et moi-même avons décidé d’avoir un enfant. Nous l’avons voulu, désiré, rêvé : je le précise pour la suite.
En mars 2019, après près d’un an d’essais, je me trouve nauséeuse devant mon assiette et réalise que j’ai 4 jours de retard de règles. Je me lève de table et file faire un test : je suis enceinte ! Nous baignons dans le bonheur, et je me surprends à sourire quand pour la première fois je me retrouve la tête dans la cuvette, parce que ça rend la chose un peu plus réelle.
Deux semaines plus tard, je suis si malade que je ne peux me rendre à mon travail. Mon médecin m’arrête, me prescrit de l’homéopathie et m’assure que ça ira mieux dans quelques semaines.
Les jours passent et rien ne va : je ne supporte plus d’être autrement qu’allongée, ne tolère aucune odeur, aucun contact physique, le bruit, parler, lire, tout cela me fait vomir. J’essaye de m’alimenter mais rien ne passe, et lorsque je bois une gorgée d’eau je vomis des quantités sorties de nulle part. Mon entourage est plein de conseils inutiles, et mon compagnon me regarde dépérir sans pouvoir rien y faire. Un soir, après avoir vomi une dizaine de fois dans l’heure, je me retrouve avec du sang dans la bouche. Mon compagnon appelle SOS médecins, qui lui disent d’appeler le samu, ce qu’il fait. Réponse : c’est normal de vomir en début de grossesse. Après qu’il ait raccroché, je fais une sorte de malaise : je n’arrive plus à ouvrir les yeux et mon discours est décousu. Il m’emmène aux urgences, et l’infirmière qui m’examine dans un premier temps me dira, agacée, que « vomir 12 fois c’est pas la grossesse, ça s’appelle une gastro hein » et que « toutes les femmes vomissent ». Un médecin m’examine ensuite et m’annonce pas très rassuré que je souffre d’une grande déshydratation, que je dois rester à l’hôpital.
Pendant ce séjour, je me suis sentie comme la « chochotte » de service, qui en fait des tonnes à repousser les plateaux repas (merci pour la saumonette, le veau aux olives, le gratin de choux fleurs, tous les plats en sauce et odorants à souhait) et à rester dans le noir. Des infirmières qui n’ont pas fait cas de la porte de ma chambre laissée ouverte m’ont appelé « la vomisseuse ». Une sage-femme est venue m’expliquer que si je vomissais autant, c’était psychologique parce que je n’acceptais sans doute pas ma grossesse, que mon corps me signifiait le REJET de mon enfant, que je n’étais peut-être pas prête pour la maternité, que des problèmes dans mon couple y étaient sans doute pour quelque chose (il n’y avait AUCUN problème). Elle m’a parlé de mon enfance qui était peut-être problématique (non). J’étais au bout du rouleau, j’avais espoir que la solution à mes vomissements se trouve dans sa longue liste, alors j’ai accepté de voir une psychologue. Parce que peut-être que sans m’en rendre compte, je ne voulais pas cet enfant…
Et puis on m’a fait une échographie, ma première échographie (je devais normalement voir mon gynéco pour la première écho quelques jours plus tard). J’ai vu mon minuscule, mon microscopique bébé-embryon, et j’ai compris que non je n’avais pas de problème, oui je voulais cet enfant, oui je l’aimais déjà de toutes mes forces. J’ai demandé à rentrer chez moi, parce qu’il était hors de question que je reste dans cet endroit où je ne me sentais pas respectée. Les sages-femmes ont essayé de m’en dissuader, me racontant qu’il me fallait encore leur soutien (quel soutien?), mais le gynécologue de garde (qui s’est avéré être mon gynécologue de ville) à qui revenait la décision a accepté ma sortie. On m’a retiré ma perfusion (primperan), et je me suis remise à beaucoup vomir : une sage-femme a osé me dire que « comme par hasard » je recommençais à vomir alors que j’allais rentrer chez moi : c’était « sûr » que c’était psychologique! Elle m’a dit qu’il fallait que je pense à être suivie et que j’accepte mon bébé.
Je suis rentrée chez moi, je me suis allongée seule, dans le noir, et j’ai parlé à mon bébé. Je lui ai dit que je l’aimais, que les vomissements et la nausée n’était pas de sa faute, pas de la mienne non plus. Je lui ai demandé de bien grandir, de prendre tout ce dont il avait besoin de moi. Je lui ai dit que si mon état était le prix à payer pour qu’il aille bien, alors je l’acceptais, qu’il n’avait qu’à s’occuper de grandir et que moi je gérais le reste. J’étais enceinte de huit semaines, et j’ai pu tenir jusqu’à 38 SA en lui répétant ses mots quasiment tous les jours. J’ai continué à voir des médecins qui m’ont assuré que le premier trimestre passé, ça irait. Puis quand arriva le seconde trimestre, on m’a prescrit du Donormyl, et on m’a dit que parfois ça débordait un peu mais que le dernier trimestre, ça irait. Pendant le troisième trimestre, on m’a dit que c’était pas de chance, que c’était bientôt fini de toute façon. La veille de la naissance de ma fille, je n’ai pas vomi, je n’ai pas eu la nausée.
Mon accouchement a été idéal, mon bébé a presque trois mois, est une merveille et je l’aime de tout mon être. J’ai clairement été traumatisée par ma grossesse, j’ai peur de reprendre les rapports avec mon conjoint, même protégés car je redoute une nouvelle grossesse. On n’a pas été accompagné comme il le fallait. « On », car mon amoureux, qui a été une ressource inépuisable d’amour, de tendresse et de secours, a souffert lui aussi de me voir vomir mes tripes, hurler de nerfs, pleurer à n’en plus pouvoir. On a minimisé mon état, on a voulu m’en rendre coupable et même si j’ai su passer au-dessus, j’ai mal qu’on ait pu penser que je n’aimais pas mon enfant.
A toutes celles et ceux (on n’oublie pas les papas qui souffrent avec nous) qui passent par-là, je ne peux que vous souhaitez du courage, beaucoup de courage. Ne laissez personne vous faire croire que ceci est de votre faute. Ne laissez personne vous faire douter de vous et de votre amour pour votre enfant. Courage.
