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Témoignage de Clara

Témoignage déposé le 28/08/2022

 

J’ai 33 ans et ma fille aura 3 ans fin octobre 2022.

Tout commence en février 2019, je suis enceinte. Ce bébé qui s’est logé rapidement dans mon ventre est une immense joie pour mon conjoint et moi.

Rapidement, très rapidement, les nausées puis les vomissements apparaissent. Le rythme s’accentue. Je perds 6 kilos en 48h et me retrouve en mode zombie à l’hôpital pour être perfusée. On met un mot sur mes maux : « madame vous souffrez d’hyperémèse gravidique, vous savez la maladie de Kate Middleton. Ça va être dur mais en général ça passe au bout de 3 mois ».

Ok je suis à 8 semaines il m’en reste donc 4… en théorie.

La réalité voudra que je sois malade jusqu’à la veille de mon accouchement. Je dois être arrêtée au travail du jour au lendemain, alitée, isolée chez moi. Plusieurs personnes de ma famille et pseudo amies (oui car après coup ces personnes ne méritaient pas mon amitié) m’ont jugé, en me toisant, en jugeant ma souffrance. Sans savoir à aucun moment de quoi elles parlaient et ce que je vivais au quotidien.

J’attendais l’accouchement comme une vraie délivrance. Ma fille est arrivée, si belle, si douce. Pendant quelques heures j’ai hésité à manger, à boire de peur d’être malade. Alors j’ai grignoté et en fait, ça passait. Bonheur intense. Il m’a fallu en revanche plusieurs mois avant d’être capable de refaire un repas complet car mon estomac ne pouvait pas accepter des volumes de nourriture normaux ayant été privé pendant des mois.

En sortant de la maternité je pesais 2 kilos de moins qu’avant ma grossesse.

6 mois après j’en avais repris 8. J’étais du coup plus lourde qu’à la fin de ma grossesse. Pour autant, aucune envie de faire un quelconque régime après ces mois tortures. C’est toujours mon état d’esprit actuel. Je suis incapable de m’imposer une quelconque règle alimentaire après ce que j’ai vécu.

Les premières semaines de ma fille se sont bien passées, j’étais fatiguée mais comme tout jeune parent. Et puis j’ai repris le travail, professionnelle de santé au tout premier confinement. Alors retour à l’isolement, à la privation de voir ses proches et en plus la peur de ce virus. Et je crois que c’est à ce moment que la dépression s’est installée progressivement.

Je pleurais beaucoup, j’étais triste de cette fatigue permanente, de ce corps meurtri par la maladie. Peu à peu j’ai commencé à penser que j’étais une mauvaise maman, que ma fille et mon conjoint méritaient mieux que moi.

Alors j’ai été voir quelqu’un pour faire de l’hypnose qui m’a dit que je souffrais d’un syndrome post-traumatique.

A ça se sont ajoutées depuis mon accouchement des douleurs gynécologiques de plus en plus présentes et un diagnostic. Adenomyose. Forme d’endométriose touchant l’intérieur de l’utérus. Souvent asymptomatique mais pouvant causer de fortes douleurs pelviennes chroniques… C’est mon cas. Encore un souci avec ce corps…

A cela bien sûr il faut ajouter les difficultés dans le couple. L’HG met déjà le couple à dure épreuve même si on est resté soudé mais la dépression en ajoute une couche. Ici l’amour restera le plus fort mais nous sommes passés par de sales périodes de remise en question à cause de mon état psychologique lié au post HG.

Je n’aurai jamais pensé être confrontée à ça un jour. Ça a traîné pendant une petite année avant de me sentir mieux moralement. Une année d’errance psychologique à me sentir vraiment mal mais à toujours essayer de donner le meilleur à ma fille.

Aujourd’hui j’avance, je me sens mieux. Je suis suivie pour mon adénomyose avec un traitement qui semble me soulager pour le moment. Ma fille est mon rayon de soleil, ma raison de vivre. Notre relation est ultra fusionnelle et je pense que c’est en lien avec l’HG que nous avons vécu ensemble. Nous avons vraiment un lien ultra fort comme il est rare de voir.

Ma fille restera fille unique, j’ai dû faire le deuil de ce 2e enfant que j’ai toujours voulu mais je suis vraiment incapable de revivre cette horreur, de la faire revivre à mon conjoint et surtout de l’imposer à ma fille. Il nous aura fallu plus de 2 ans pour trouver un équilibre suite à cette épreuve je ne veux pas prendre le risque de déstabiliser tout cela à nouveau. Mais ça reste un deuil que nous avons dû faire car c’était notre projet de vie.

L’HG nous prend beaucoup, on pense que cela s’arrête après la grossesse mais c’est faux. J’ai eu des soucis digestifs, perdu mes cheveux plus que de raison et j’ai une fatigue chronique qui ne part pas. Alors non l’HG ce n’est pas rien. Ni pendant la grossesse ni après. Il faut une meilleure prise en charge de cette pathologie pendant et après la grossesse. Il faudrait systématiquement proposer une prise en charge psychologique.

Merci pour ce travail formidable que vous faites à l’association.