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Témoignage de Samantha

Témoignage déposé le 15/09/2023

 

Janvier.

Mon mari et moi aspirons fortement à avoir un 2nd enfant. Ma première grossesse a été idyllique et dynamique. Je fais un test de grossesse : négatif. Nous sommes tristes que ça ne fonctionne pas aussi rapidement que la 1ère fois, mais tant pis ! En revanche, je suis exténuée, j’ai de fortes nausées et je me sens globalement très mal. Je crois le test et pense donc avoir attrapé un mauvais virus.

Une semaine plus tard, les nausées et ce mal-être indescriptible qui clouent au lit sont toujours présents. Je fais un nouveau test, positif cette fois. Bonheur absolu ! Dans notre campagne touchée par le désert médical, impossible d’avoir un médecin traitant malgré 15 appels. Je consulte une médecin en visio, qui me dit que j’ai peut-être le Covid ou la grippe.

Les semaines passent. Malgré le bonheur de la nouvelle, le mal-être ne disparaît pas : des nausées, puis des vomissements, en particulier la nuit. Je n’arrive plus à travailler normalement. Donner le petit-déjeuner à mon fils de 2 ans et demi devient un effort surhumain. Ma vie devient un aller-retour entre mon lit et la salle de bain.

Consultation gynécologique et échographie. Je dis être étonnée d’être malade par rapport à ma 1ère grossesse. On me répond que toutes les grossesses sont différentes, et que c’est typique du 1er trimestre. Ça passera. Il faut fragmenter les repas. Sauf qu’à 2 mois de grossesse, j’ai déjà perdu 4 kg, je n’arrive bientôt plus à boire ni à manger en dépit de toutes les astuces possibles.

Je fonds en larmes devant ma manager : c’est bien simple, je n’arrive plus à travailler. Elle me confie alors avoir été victime de vomissements insoutenables durant ses 2 grossesses, et avoir dû prendre un médicament peu prescrit en France, du Donormyl, grâce à un médecin traitant qui connaissait ces symptômes. Très compréhensive, elle me dit qu’il faut absolument que je me fasse arrêter.

Mon gynéco ne peut me recevoir avant le prochain rdv dans 3 semaines. Ma médecin en visio refuse de me prescrire un arrêt, et me dit qu’il faut composer avec les symptômes du 1er trimestre. Mais jamais je n’ai été dans un tel état dans ma vie. Je pars aux urgences gynécologiques les plus proches, soit 45min de route.

Aux urgences, une interne très gentille me rassure sur l’état de santé de mon bébé. Elle confirme que j’ai perdu beaucoup de poids, et que si je suis dans le même état encore demain, il faudra revenir pour une hospitalisation. Mon état ne s’améliore pas, sans surprise.

De retour aux urgences, je tombe sur une autre interne. Celle-ci me dit que je vis ce que vivent beaucoup de femmes au 1er trimestre et me donne des « astuces ». J’insiste en expliquant que j’ai besoin de soins. Ayant des antécédents graves au niveau des reins et ayant du mal à boire, je lui demande de faire un ECBU en complément. Elle accepte d’un air peu convaincu.

Le soir-même, l’hôpital me rappelle pour me dire que les résultats d’examens sont tombés : la déshydratation a conduit à une infection à traiter d’urgence par des antibiotiques. Ils me demandent de refaire 1h30 de voiture aller-retour pour venir chercher physiquement l’ordonnance, car un problème informatique les empêche de me l’envoyer. Je leur explique que je ne peux même plus marcher, alors conduire… Ils refusent de m’envoyer l’ordonnance. Je fonds en larmes.

C’est un médecin généraliste de 70 ans qui me recevra en urgence à 22h30 dans son cabinet, grâce à une voisine inquiète. Enfin, je suis crue et arrêtée, mais parce que la déshydratation conduit encore à d’autres dangers. Sur Internet, je tombe sur des articles sur l’Hyperémèse Gravidique. Ma décision est prise : je prends un rdv à Paris pour consulter une gynécologue en laquelle j’ai confiance.

Libération : j’ai enfin un mot sur ce qui me poursuit. Hyperémèse Gravidique. Je me sens comprise, je me sens crue. On me prescrit du Cariban, et même si la nausée reste persistante, je revis. Je me repose et je peux de nouveau faire des choses de la vie très simple. Je sors de mon lit, et c’est déjà la plus grande des victoires. Le mal-être est encore là, latent, difficile, mais rien que marcher, manger et boire représente une avancée incroyable !

Je suis aujourd’hui enceinte de 8 mois, et les symptômes sont restés tout le long de ma grossesse. Le moindre arrêt du traitement conduit à un retour à la case départ. Il y a encore des épisodes de rechute. Mais ma santé mentale, elle, a été sauvée par cette gynécologue et par la conscience que si être enceinte n’est pas une maladie, certaines grossesses sont pathologiques. Et que c’est le cas de celle-ci.

Il me tarde aujourd’hui d’accoucher et de rencontrer mon petit bébé !